‹ Œuvres diverses; publiéesChapitre 110 sur 204 · SA VIE ET SES OUVRAGES. CCXXIX · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. CCXXIX

moi qui n'ai de ma vie plaidé que cinq ou six fois el qui ne montai jamais en chaire. »

Puis vient cette belle citation qu'a faite M. Walckenaer, et qui prouve que Maucroix avoit les idées les plus saines et les plus nobles sur le lalent de l'orateur. Après quoi, faisant allusion à la querelle qui vient de se ranimer entre la Bourgogne el la Champagne, sur la question de qualité et de supériorité de leurs produits vinicoles, Maucroix fait l'ingénieux rapprochement que voici, et qui est comme son adieu à ce vin délicieux dont les coteaux de Reims l'ont si longtemps réjoui : « Encore ne faut-il pas vous quitter, mon cher Père, sans vous avoir déridé le front un moment : eh bien, devinez à quoi Je compare Déraosthènes etCicéron? Le premier à vos bons vins de Bourgogne, et le second aux nôtres de Champagne. Dans le vin de Bourgogne, il y a plus de force et de vigueur : il ne ménage pas tant son homme, il le renverse plus brusquement : voilà Démosthènes. Le vin de Champagne est plus fin , plus délicat , il amuse davantage et plus longtemps, mais enfin il ne fait pas moins d'effet: voilà Cicéron. Et comme tous les buveurs sont partagés sur l'excellence de ces deux vins, et qu'à une même table, où l'on sert de l'un et de l'autre, chacun se déclare pour son goût particulier, donnons aux lecteurs une semblable liberté sur ce qui regarde Cicéron et Démosthènes. Je finis sans façon, à l'antique. Portez-vous bien et m'aimez toujours. »

Nous ne savons plus guère de Maucroix que ce

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que nous en dil dom Grenier dans ses Recherches sur les hommes illustres de Picardie. « Elant, dit-il, au lil de la mort, Maucroix til remettre la traduction du Dixdogue des orateurs avec quelques autres à Fabio Bruslard de Sillery, évêque de Soissons. Déjà, trois ou quatre ans auparavant , il avoit envoyé celle de VAit poétique d'Horace à madame la comtesse de Monlmarlin, fille de M. le marquis de Puisieux, et arrière-pelite-fille de M. de Sillery. chancelier de France. Puis après la mort de j\laucroix, l'évêque de Soissons engagea Joseph Thoullier, alors jésuite, de publier ces différents morceaux. » Tâche dont s'acquitta l'abbé d'Olivet , comme nous l'avons dit dans notre averlissemenl.

Du reste, les mémoires du temps se taisent sur les circonstances de sa dernière maladie; il est vraisemblable qu'arrivé au terme de sa longue carrière, et fidèle à la religion, dont il n'avoit pas toujours suivi les préceptes, mais qu'il n'avoit jamais cessé d'aimer et d'honorer, Maucroix s'éleiguit au milieu de ce qui lui restoit d'amis, et d'une génération nouvelle qui, le voyant partir, ne comprit ni tout ce qu'elle perdoit, ni tout ce qu'emportoit avec lui de grands et glorieux souvenirs l'aimable et savant chanoine de Reims

François de Maucroix mourut le 9 avril 1708, âgé de quatre-vingt-neuf ans trois mois deux jours. Il en avoil passé à Reims soixante et un comme chanoine de Notre-Dame, et fut inhumé

SA VIE ET SES OUVRAGES. CCXXXi

dans la chapelle des Apôtres de l'église de Reims. « 11 a fait le Chapitre de ladite église légataire universel de tous ses biens, el l'on attend son épitaphc, » dit l'abréviateur de ses Mémoires.

Comme les pierres tumulaires de la cathédrale de Reims ont été brisées à l'époque de la révolution, je ne sais si Messieurs du Chapitre, sensibles au reproche qui semble leur être fait ici, ont fini par honorer la tombe de Maucroix d'une iuscription quelconque. La littérature rémoise, par l'organe de Thierry Jessonot, lui a payé sa dette par ce quatrain assez médiocre :

Maucroix vient de passer rAchéron et le Slyx, Mais ces fleuves d'oubli ne lui font point outrages:

11 est des savants le phénix, Puisqu'il renaît enfin par tous ses beaux ouvrages.

J'aime mieux les quelques mots d'éloge que la reconnoissance a dictés au jeune abbé d'Olivet dans la préface qui sert d'introduction aux OEuvres posthumes de M. de Maucroix :

«Vivacité, enjouement, délicatesse, naïveté, tout cela ensemble se trouvoit dans sa conversation, et tout cela ensemble ne forme qu'une légère idée de l'art qu'il avoit de plaire aux personnes spirituelles et polies .... Sans être de l'Académie, dit le père Bouhours , il avoit tout le mérite d'un excellent académicien... Plus recommandable encore par sa droiture, par sa candeur et sa générosité, il ne laissoil pas, quoique son revenu fût moilique, d'en

r.GXXXn MAUCROIX.

l'aire part à ceux de ses amis qui éloient plus favorisés des muses que de la fortmie. J'ajoute., et c'est ce qui paroitra le plus singulier, qu'il conserva toute sa belle humeur dans une extrême vieillesse, et toute sa fermeté d'esprit jusqu'au dernier soupir. »

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