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A 31. CASSANDRE

Cassaiulre, j'ai lu ton épîlre ;

Car de vouloir nommer régît re

Un gentil ouvrage de vers,

C'est parler un peu de travers ;

Registre est un mot d'écritoire,

Haï des filles de mémoire.

Mais passons. Voudrois-tu .savoir

Ce que je lais malin et soir ,

Depuis la fâcheuse journée

Que la perverse destinée

M'a fait voisin de Landrecil'

Je ne manque pas de souci ;

Toujours je crains pour la Champagne

Les rouges escadrons d'Espagne ;

Et m'est avis que les Walons

Sont déjà dessus mes talons ;

Mais je jure, sainte Brigidc,

Si devers nous ils tournent hride,

i Cette pièce se trouve imprimée dans le Recueil de Sercy, t. v, p. 317.

Que les drôles ne lu'aiiront pas, Si leurs chevaux ne vonl bon pas; Quelque sol altendroit ces drilles, Plus malfaisants que des chenilles.

Tu vois, par ce vaillant discours, Que je me ressemble toujours, Et que mon habil, ciier Cassandre, Ne cache pas un Alexandre.

Chacun a son humeur, dit-on, La mieune est d'être un peu poltron; Cela sied bien aux gens d'église :

Aussi j'ai pris pour ma devise :

Courir bien et parlir à point Sauve le moule du pourpoint.

ÉPIGRAMME

Votre mari, Philis, est bien le plus sol homme

Qui soit de Paris jusqu'à Rome;

Où diable le ciel en courroux

Vous fut-il chercher cet époux?

Cependant votre cœur lui demeure fidèle, Et jamais d'autre amour ne peut être vaincu.

Faut-il que votre époux, la belle,

Soil si sot sans êlre cocu ' ?

1 Imprimée dans le recueil des Poésies choisies, t. ir, p. 7.

ÉPITRE

AROSALJANE\

A la belle Rosalianc, Un chanoine portant soutane, Qui n'est pas grande nouveauté, Écrit ces vers de gaieté ; Quoiqu'il ail souvent en pensée Sa pauvre maman trépassée.

Enfin, il faut se consoler; Mes pleurs ne veulent plus couler; El dans moi la philosophie De jour en jour se fortifie.

Rions ... Mais que dis-je, insensé!

Rire en un temps si traversé, Lorsque la petite vérole Tient Catcaii la petite folle ', Et vient, contre droit cl raisor., Vous chasser de votre maison !

Quel malheur si cette insolente Pour la nièce avoit pris la tante, Et métamorphosé vos lis En rouges et tlambants rubis !

i C'est M'ne lies R6aux.(M.s. de Ileims.) 2 Nièce de Rosaliane. {Ibid.)

!)!■: MAUCiîOIX. 71

Il esl !oul vraiqiie le chanoine De dépil s'en seroit fait moine.

Mais changeons un pen de discours.

On m'écrit que dans quelques jours Vous devez mettre en évidence Uii nouvel habitant de France, Et que cet enfant fortuné Danse même avant qu'il soit né, El fait ii,ambades à douzaines ; Marques sans doiîte très certaines Qu'il sera danseur fort dispos, Et fera la nique aux Chabots :

Tout cela, supposé qu'il vive, Et qu'à bon port sa nef arrive ; Ce ((u'on croit difficilement, Car vous le bercez diablement, Et jamais, dit-on, femme pleine Ne fit tant que vous de fredaine '.

Que le pauvre enfant, en tout cas, Se voue au bon saint Nicolas, Plusieurs lui promettant voyage Qui ne sont si près du naufrage !

l.a belle, gardez-vous un peu, Ce que vous faites n'est pas jeu, li y va, ma foi.de la vie ; l'ourlant vous n'avez pas envie

1 M'ttL- Dej Réau\, jeune femme qn.i. quoique grosse, sautoit et dansoil toujours. (ilfs. de Reims.)

De descendre silôt là-bas Voir si les morts ne dansent pas.

Marchez donc comme une épousée, Soyez aussi sage et posée Que dans l'iiôlol de Rambouillet, Ou qu'une cricuse de lait.

Si vous faites ce que j'oi donne, Nous aurons du fruit vert, l'automne; Ce sera, je crois, vers ce temi>s, . Que vous crierez: hélas , les dents!

Ainsi crioil une donzelle, Non pas fort sage, mais fort belle, Qui, par je ne sais quel hasard.

En ce pays fil un poupard, S'entend sans être mariée, Chose qui l'a fort décriée :

Car ici, non plus qu'à l\aris, Filles ne foui rien sans maris ; Comme m'apprit l'autre semaine Fille à qui je comptois ma peine, Qui nonobstant mes yeux moin'ants M'envoya bien chez mes parents, Dont je fus honteux au possible ; Mais voyant la belle insensible.

Et s'armer d'étranges dédains, Ma foi je lui baisai les mains.

Belle, à vous aussi je les baise, Car il est temps que je me taise.

MADRIGAL

Quelque douce faveur que j'ai pu souhaiter.

Lorsque je vous l'ai demaudée, Vous m'avez défendu même de l'espérer,

Puis vous me l'avez accordée;

Il resle encor le dernier point :

Philis, ordonnez-moi de ne l'espérer point.

STANCES * '

Quel bonheur est égal à mon bonheui; extrême, Quel amanl plus que moi sepourroit dire heureux? Enfin je ne vis puis en aveugle amoureux, Et grâces à mon ^ov\, j'ai vu tout ce que j'aime.

J'ai vu, Biais laisouj'noiis: ne le découvrons pas; Retenons ce plaisir dans un discret silence.

1 Mss. Conrart, t. -22, p. 189.

0 vêtements d'Iris, que vous cachez d'appas, El que vous en cachez bien plus que l'on n'en pense ! J'acciisois l)ien à lort cette jeune beauté D'avoir pour mes désirs trop de sévérité El de traiter Irop mal un amant si fidèle '.

Après ce que j'ai vu, je ne l'en puis Idâmer, 0 (lieux ! qu'elle a raison de faire la cruelle, VA que telle qu'elle est, j'ai raison de l'aimer!

MADRIGAL

Importun rival, que ta flamme Cause de trouble dans mon ame !

En vain sur la foi de Cloris Je viMix fonder (luebiue assurance; Qui possède \\n trésor sans prix Ne vit jamais (ju'en défiance.

1 Et (le poiter un cœur h mes désirs rel)elle.

(jVs. de Reims.]

ÉPIGHAMME.

C'en est fait, il me faut mourir; Uien que le désespoir ne me peut secourir : Mais puisqii'à vos bontés je ne dois pins prétendre,

Accordez dn moins à ma foi

Le souhait du grand Alexandre ; Que jamais comiuéranl n'aille si loin que moi.

AIR*

Mes vœux ne sont plus exaucés.

Si je me plains on me fait taire.

Mais quoi ! mes beaux jours sont passés. J'ai perdu le secret de plaire.

Que sert de me consumer?

Amour, sois-moi plus équitable, El puisou on ne peut plus ui'amier, Fai? que rien ne me seiuble aimable.

ÉPIGRAMME*

Ne fa!s poiii! laiil l'honimc délai , Car, Paul, à le parler sans leiiuire, Poui avoir le portrait d'ur, fat.

On u'aiiroil qu'à te faire peindre.

ÉPIGMMME*.

O mort, ô désirable morl, Viens vile terminer mon sort ; Ne fais point languir monenvie!

Iris a violé sa foi ;.

O morl. de grâce liâte-toi, Vien;i medélivrci- delà vie.

DE MAl'CROIX. 77

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