‹ Œuvres diverses; publiéesChapitre 131 sur 204 · SUR LA TRAHISON DE · texte numérisé non relu

SUR LA TRAHISON DE

Assez souvent sur le miiiuil Certain quidam sort de chez elle, Mais sans suite, mais sans chandelle,, Mais surtout sans faire de bruit ; La dame, dil-on, n'esl pas froide; On le dit, mais je n'eu cois rien.

Car, après tout, elle est trop laide Pour n'être pas femme de bien.

ÉPIGRAMME

Ta femme en lient pour ses neuf mois Tu n'as pas raison toutefois De te faire honneur de sa bosse :

Carchacnn sait bien, dieu merci, Lorsque ta femme devint ^l'osse, Que Licidas éloit ici.

78 poÉsi r s

STANCES*

Heureux qui sans souci d'augmenter son domaine Erre, sans y penser, où son désir le mène,

Loin des lieux fréquentés; Il marche par les champs, par les vertes prairies. Et de si doux pcnsers nourrit ses rêveries, Que pour lui les soleils sont toujours trop hâlés.

Et couché mollement sous son feuillage sombre, Quelquefois sons un arbre il se repose à l'ombre,

L'esprit libre de soin ; Il jouit des beautés dont la terre est parée ; Il admire des cieux !a campagne azurée, Et son bonheur secret n'a que lui de témoin.

11 se remet aux grands des soins du ministère, Et laisse an parlement à se plaindre ou se lairc

De nos malheurs divers.

Son cœur eslà l'abri des tempêtes civiles Et ne s'alarme point, quand pour piller nos villes. D'escadrons ennemis il voit ses champs couverts,

Il rit de ces prudents, (iiii par trop de sagesse S'en vont dans l'avenir chercher de la tristesse

Et des soucis cuisants :

Le futur incertain jamais ne l'inquiète, Et son esprit content, toujours en même assiette, Ne peut être ébranlé, même des maux présents.

Cependant vers leur fin s'envolent ses années, Mais il attend sans peur des ficres destinées

Le funeste décret ; Et quand l'heure est venue et que la mort l'appelle. Sans vouloir reculer et sans se plaindre d'elle. Dans la niiit éternelle il entre sans resret.

EPITRE A DAMONS

Que fais-tu, cher Damon, maintenant que ta ville Est en proie aux fureurs de la guerre civile? Que fait la belle veuve, et ta jeune moitié? Que votre triste sort est digne de pitié!

l Uamon, c'est Des Réaux [ms. de Reims). — C'est sur la cotnmutiication que nous lui en avons faite que M. do Monmerqué a publié cette pièce. Voy. 2e édit. de Tallem., t. 10, p. 272.

80 POÉSIF.S

Encor si je savois en quel élal vous êtes ! Si lu n'es point blesse? quelle chère \ous faites? Si quelquefois le pain ne manque pas ciiez loi, Et si ta cuisinière a toujours de l'emploi!

Pour nous la renommée est stérile en nouvelles, Et je crois, vers Paris, ([uon a rofi;néses ailes, De peur que jusqu'à nous elle ne put voler, Et de ses bruits divers nos peuples ébranler. Ici nous maudissons l'auteur de votre guerre, Et prêts à voir tomber la foudre en noire terre, De vœux conliiiuels nous fatiguons ies cieux, Mais inulilcmeul et sans espoir de mieux ; Car qui peut se iîatter de touclier le rivage, Quand il voit son vaisseau si proche du naufrage?

Un perfide étranger se baigne en notre sang, La France de ses mains se décliirc le flanc; Elle-même, ô malheur! hâte ses funérailles Et de son propre fer fouille daiis ses entrailles. France, de quoi te sert que tes fameux guerriers Marchent pompeusement le front ceint de lauriers, Et que par leur valeur, l'orgueilleux sang d'Espagne Tant de fois des Flamands ail rougi la campagne, Si tu n'as triomphé que pour un étranger Qu'on voit insolemment les pays ravager? Un homme que le sort a tiré de la boue, Que son propre pays lui même désavoue!

DE MAUCROIS. 81

El sons ce joug infâme, il se faiil abaisser ! 0 honte(|iiele lemps ne .«anroit cfTacer, El dont le souvenir, qnoi qne la France fasse, Fera rougir encor notre dernière race !

Je m'écliaufTe, Damon, el plus que je ne dois. Ami, c'est mon défaut je suis trop bon François; La colère m'emporte, en voyant ma patrie D'un opprobre éternel honteusenicnl flétrie. Mais c'eiil trop t'ennnyer de propos supertins, F^aissons là l'étranger, je ne t'en park plus. Pourvu que de bon vin ta cave soit fournie, Que de blé largement ta maison soit garnie, Et qu'au fond de ton pol ne logent les souris Aille comme il pourra le siège de Paris.

Surtout, qunnd il faudra meilre lamain au\ armes, Ne sois pas des premiers h courir aiix alarmc> ; Car lu n'ignores pas qu'on dit communément (Hie les hommes d'esprit se hâtent lentemenl ; El puis de tel que toi, c'est chose bien certaine Qu'on n'en rencontre pas quatorze à la douzaine, Maisquand tu vaudrois moins, pourquoi se hasarder? Puisqu'on n'a qu'une vie, il la faut bien garder.

Approuve mon avis, etlàclie de le suivre,

li n'est rien de si bon à qui veut longlemps vivre.

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