‹ Œuvres diverses; publiéesChapitre 159 sur 204 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LA VESPIÈRE, LE BARON, NICOLAS, valet.

lA VESPIÈRE.

Qu'est-ce que tu tiens4à ?

IVTCOLAS.

Monsieur, c'est an papier.

LA VESFIÈBE.

Qui te l'a mis en mains ?

NICOLAS

C'est comme un cavalier.

LE BAROIV.

Si c'étoit un cartel, je suis à Ion service. ^

LA VESPIERE.

(>'esl bien pis !

LE BARON

Qu'est-ce donc?

LA VESPIÈRE

Un acte de justice!

C'est un exploit; tôt, lôtî qu'on prenne le sergent!

MOOLASi.

Vous ne le tenez pas, il court comme le vent; Aussitôt qu'il a là griffonné son grimoire, Et resserré sa plume et sa grosse écriloire,

IGO POÉSIES

Le drôle s'en est fui , mais plas vile qu'un daim : On l'a perdu de vue en moins d'un lour de main.

L\ YESPIÈRE.

Morbleu ! qu'il a l)ien fait! de mille coups de gaule J'aurois de ce maraud cliamaré les épaules ! Pour moi, je ne sais plus comme le roi l'enlend, Mais on traite bien mal la noblesse è présent : On ne regarde plus aujourd'Imi qui vous êtes! Devez-vous? nul quartier, il faut payer ses dettes' Quel désordre ? Peut-on croire ce que l'on voit? Contraindre un gentilhomme à payer ce qu'il doit!

LE BARON

Morbieu ! c'est un abus : quelle que soit la somme, Jamais on ne devroit poursuivre un gentilhomme. Cependant pour cinq sols, des faquins de sergens Nous viennent assigner ainsi que d'autres gens.

LA. VESPIÈRE

11 est vrai, tête-bleu! La semaine dernière, Ils me tirent un tour digne del'élrivière. Jenvoiois vendre àReimsdes poulets, des dindons, Des canards barboteux, des oies, des chapons; Enfin on en avoit rempli trois grandes cages. Ma femme, qui s'entend en ces petits ménages, Etoit de la partie et suivoit le canard. Se lier à ses gens, c'est se mettre au hasard î

De se garnir la main ils font peu de scrupule, El pensenl se sauver, quand ils ferrent la mule. Notre volaille arrive au marché, quand voilà Qu'un homme à qui je dois quinze francs passe !à. 11 reconnoil mes gens ; lors sans plus de langages, Le toutpour quinzefrancs, faitsaisir mes trois cages î Que dis-tu de ce tour?

LE BARON

Ce coquin, ce fripon, Doit, par la tête-bleu, mourir sous le bâton ! Non, il n'est point pour lui de mort assez cruelle.

LA VESPIÈRE

D'accord, mais gare aussi l'afTaire criminelle ! Aussitôt cent archers fondent dans ma maison : .J'en serai pour les frais et six mois de prison.

lE B\RO>.

Quand j'y pense en efTet, cela seroit à craindre.

LA VESPIÈRE

Ah ! mon cher, qu'aujourd'hui la noblesse est à plaindre î

Qu'est devenu le temps où voiant un château,

Le plus hardi sergent sentoit frémir sa peau?

Quelque sot eut alors payé des arrérages.

Tel n'a pas un valet, qui nourrissoit des pages.

Un gentilhomme alors d'un air impérieux.

Devant son créancier ne baissoit point les yeux.

162 POÊSÎES

Le regardoît en face, et, plein de conQance,

Jamais ne le prioil de prendre patience ;

Au lieu de paiement parloit de ses coHîi»als,

Et traitoit mon bmirgeois toujours du haut en bas,

Mais ce temps-là n'est plus, on a cliangé de mode :

La noblesse à présent suit une autre méthode,

Il faut bien humblement parler au créancier,

Et l'appeler « Monsieur! » ne fût il qu'un mercier!

Surtout messieurs de Reims sont fiers comme le diable.

C'est une nation du tout insupportable;

Non, dans tout le royaume, il n'est point de cité

Où l'on traite si mal les gens de qualité !

Vois-tu bien cet exploit, je l'eu dirai la cause,

Et vais naïvement te raconter la chose.

J'allai chez mon marchand, pour compter et saYoir

Quelle somme à peu près je lui pouvois de\ oii\

En comptant, par hasard, par malice peut-être,

Parlant à mon marchand Je l'appelai mon maître.

« Mon maître! tête-bleu ! reprit-il à l'inslaiit,

Mon maître, monseigneur, veut de l'argent comptant;

Et si, sans le payer, vous sortez de sa porte,

La race des sergens n'est pas encore morte.

Je vous le ferai voir, j'en jure sur ma foi,

Et que vous entendrez bientôt parler de moi î

Je vous trouve plaisant, avec votre « Mon maître ! »

Geuliliiomme à dindons, où peiisez-vous donc être? »

Il falhit doufement essuier tout cela,

J'enrageois, mais le mieux fui de partir de là,

Et sans plus de discours, trousser vite bagage,

Car j'entendois déjà braire le voisinage.

Il ne fait pas Irop bon de jouer à ces fous,

Ces marauds sans respect m'auroient roué de coups !

Je me souviens encor de la guerre civile,

Et comme on régaloit les D... en cette ville.

LE BARO?r.

Mais enfin, La Vespière, à quoi se peut monter La somme que tu dois?

LA VESPIÈRE

Il fout pour m'acquitter Cinquante bons éeiis.

LE BÀSto:v.

Oh ! oli ! la dose est forte î

LA VESMÈRE.

D'une ou d'autre façon, si faut-il que j'en sorte. Je nourris deux cochons, mais si gras et si gros, Que l'on pourroit jouer à trois dez sur leur dos; Ils ne chôment jamais, toujours leur auge est pleine. De lait clair à toute heure ils s'enflent la bedaine : Ma femme en est charmée, ils sont ses favoris. Elle les a nommés Céladon et Claris ; Car c'est mâle et femelle : or à bon marché faire, J'en aurai sans faillir vingt écus de la paire; J'ai quelque peu de blé, mais quoi ! c'est comme rien, Car l'on ne trouve pas qui demande « Combien? »

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