SA VIE ET SES OUVRAGES. XLV
foiirnissoil des détails si précis que Tallemant, en les reproduisant, semble être Champenois lui-même, tant il connoil les lieux et les êtres!
Précisément vers cette époque Louis de Bourbon, de retour de la campagne de Fribourg, fut investi du titre de gouverneur de Champagne, sur la démission du maréchal de L'Hospital. Avant de retourner à l'armée du Rhin, où commandoit Turenne, le prince voulut visiter les principales villes de son gouvernement. Reims pouvoit appréhender sa présence. La résistance que le lieutenant de ville avoit opposée au deuxième enlèvement de mademoiselle de Sallenauve, l'appui que d'Enghien avoit prêté aux projets de Saint-Elienne, et les scènes du conflit qui s'en étoient suivies faisoient redouter le ressentiment du prince. La reine-mère, sollicitée, intervint et sut rétablir la bonne harmonie.
Cette affaire réglée, l'accueil que lui fit la ville du sacre (mai 1644) fut en tout digne du héros. La conscience publique sembloit pressentir que le salut de la France et de la jeune royauté reposoit tout entier sur ce brillant prince. Les poètes, les artistes se donnèrent earrière pour célébrer la gloire du vainqueur de Rocroy, et l'on peut croire que Maucroix, qui naguère avoit vu le prince à l'hôtel Rambouillet, ne manqua point à l'honneur de chanter Thionville et Philipsbourg.
Les fêtes données à l'occasion de Louis de Bourbon avoient attiré à Reims une foule d'étrangers des environs. Parmi ceux-ci M. de Joyeuse avoit choisi pour hôte, Tierceliu, marquis de Brosses,
XLVl MAUCROIX.
dont il connaissoit de longue main e\ la famille et ta fortune. C'est à ce personnage <iiie le l>aron de Saint -l-ambert réservoil le soin défaire ouhiier Lénonconrt et iVlaucroix. M. Walckenaer nous en donne nne idée peu séduisante. « M. de .loyeuse. qui peut-être avoit soupçonné la liaison de sa jiile avec de iMaucroix , la sacrifia à Tiercelin , marquis de Brosses, l'un des compagnons de ses plaisirs, homme affreux, roux, brutal, et qui ne raclietoit ses difformités et ses vices par aucune qualité aimable. » Je ciois qu'en faveur de jios deux amoureux on a un peu forcé les couleurs du portrait , au surplus lallemant ne le ménage guère plus. ¥ai fille de bonne maison, mademoiselle de Joyeuse se soumit aux volontés paternelles, ou du moins résisia faiblement.
Ce nouveau projet de mariage devoil affecier péniblement le cœur de Maucroix.loujours sacrifie, le pauvre amant s'abandonna pendant quelques jours à sa douleur. M. Walckenaer, dont le récit sentimental a de grandes tendances au dranie, j)rélend qu'ayant vu s'évanouir à jamais ses rêves d'amour, il voulut du moins assurer son avenir, et que ce fut là le motif (|ui le jeta dans les ordres sacrés, asile et refuge des cœurs éprouvés. Je ne sais si M. Walckenaer ne s'exagère point un peu la sensibilité de notre lionjme. il me .send)le (ju'il ne faut pas prendre à la lettre tous les désespoirs amoureux : même ceux que la poésie a illustrés ont été plus ou moins sérieux, et, dans tous les cas, de moindre durée qu'on n'est communément disposé à