AVERTISSEMENT. VII
lon'etles devoit exciter l'étonnement , même après le travail de M. Walckenaer. Comme le scrupuleux académicien, nous hésitions à donner notre confiance aux contes pour rire de Talleraant, quand, il y a quelques années, nous vînmes à acquérir pour la bibliothèque de Reims plusieurs petits volumes d'un chanoine du nom de Faiari. Parmi ce5 recueils, dire quelle fut notre joie de trouver les œuvres inédites de Maucroix seroit chose impossible, car nous espérions y prendre Tallemant en flagrant délit d'imposture, et puiser là matière à réhabilitation pour notre aimé Maucroix. Il nous faut avouer que nous n'eûmes point cette petite satisfaction ; tout au contraire et comme a bien voulu le dire M. do Monmerqué, dans la seconde édition des Historiettes , parmi les œu\Tes de François Maucroix, inespérément recouvrées, nos yeux tombèrent précisément sur des pièces qui justifient, et au delà, les contes facétieux du moderne Lucien.
iVous n'avons point à caractériser les mœurs de l'époque à laquelle appartient Maucroix ; on trouve à ce sujet des révélations suffisantes dans les Mémoires contemporains , dans les couplets des poètes et dans les actes bien connus de certains personnages du temps. Sans vouloir remonter à la source de ce désordre moral qui, des hautes classes, étoit, aux xvii* et xviii* siècles, descendu jusqu'au sein de la bourgeoisie, nous constaterons qu'en ces derniers temps on s'est trop hâté d'imputer à la régence du duc d'Orléans le débordement qui fut la honte du règne de Louis XV. Le mal datoit de plus haut; il est constant que dès les premiers jours du xvii'siècle, la société, quoique intérieurement restaurée.
VIII AVEnilSSEMENT.
étoit restée frappoc dans sa moralité. Los luttes contre k?s Protestants, et celles que fit écloro le Jansénisme, eurent surtout pour résultat d'ébranler la croyance générale. Maucroix, en devenant homme d'église, trouva toutes prises parmi ses confrères ces habitudes relâchées, CCS inclinations voluptueuses, cette philosophie à demi païenne dont s'accommodoit si bien son naturel léger; et les brochures du temps disent assez que ce relâchement ne se rencontroit pas seulement dans le clergé intermédiaire, mais que les ])rinces de l'Eglise eux-mêmes en donnoient parfois l'exemple. Certes, au milieu de cette société , se faisoient remarquer d'éminents caractères qu'une piété solide, une vertu éprouvée plaçoient hors ligne, comme pour servir de contraste à tant d'équivoques et fragiles natures; mais en général, l'entrahiement du siècle étoit à la vie aisée, à l'épicuréisme, aux récréations folâtres, aux vanités mondaines. Maucroix n'étoit pas homme à y opposer la moindre résistance, et nous en trouverons le surabondant témoignage dans la bibliothèque manuscrite du chanoine Favart.
Toutefois ces blucttes poétiques et ces confidences épistolaires qui nous surprennent par leur naïveté et que nous ont révélées un chétif bouquin, il ne fautpeut- Ctre pas les prendre tout à fait à la lettre. Dans la plupart de ces petites compositions, on voit un badinage continuel, dicté, le plus souvent, par cette galanterie élégante qu'avoient mise â la mode Voiture et l'hôtel de Rambouillet. Rien n'y sent la licence, et c'est le i)lus souvent la charmante causerie de l'auteur à'Alcidulis pt Zélide, sans son vernis parfois assez fade. Les lettj'cs adressées au chanoine t'avart sont moins conte-