SA VIF. ET SE? GIVRAGES. LV
avoil élé . poétique lillérairc p( semée d'agréables pas^e-lemps.
[1 faut ilire (\u'.^ celle époque, sans faire tort à la nôIre, la ville de Reim> éloil le '>éjoiir d une société riche, iiilellij:;nite el choisie : on y iroiivoil mêlés aux honinies dr la hanle industrie locale des gens de lellres connus, de-« arlislo de Ldenl el une noblesse (|ue la proximilé de Paris sauvoil tle> ridicules dont lc> hobereaux de campagne sont généralement alUlnb. On a beaucoup écrit de nos Jours sur la vie de province; il n y a pas de pourvoyeur de cabinet de le;turc (pii n'ail jeté sou flol d'encre et de froicbs plaisanteries sur le génie étroit des provinciaux; tous sont d'accord sur le peu de ressources qu'offrent les villes de second ordre aux e^prils délicats. Il est certain qu'avec la ceulralisjtlion et l'organisation actuelle, il i.'e>t pas nécessaire d'avoir lialtilc tel clief-lieu île dcpaiicnienl pour connoitre, sinon le caractère, du moins le personnel de ses habitants. Ouelqne pari (pie vousionruit'/ vos pas, l'étal civil de la cité, comme l'almanach de M. Uottin. vous édilie en nu clin d'n'il sur tout ce que vous pouvez vous y promettre de récréatives distractions. I u dehors des rouages forcés (|ui complètent la machine dite adint. nisiratinn , il n'y a plus d'éléments sociaux tpie dans le commerce el l'industrie : non pas, je me hàle de le dire, (|ue l'industrie man(|ue d'Iiounnes intelligents, spirituels, d'un mérite réel, pourvus dinslrnclion et de belle- manières; mais ce sont
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des gens d'affaires qui , ayant à peine le temps de mettre leur correspondance an courant , ajournent volontiers, pour se montrer aimal)les, hospitaliers, comme ils le sont effectivement, au moment où leur fortune sera faite. Or, comme ce mot fortune est singulièrement élastique, pour le plus grand nombre, c'est renvoyer les gens à la vallée de Josaphat.
Ce que l'on semble ne pas vouloir comprendre, c'est que cette atonie intellectuelle de la France départementale est le fait immédiat delà réforme sociale imposée par la révolution. Oui, tout en priant le lecteur de ne pas nous accuser de tendances trop rétrogrades, nous ne pouvons nous défendre de ridée qu'il en éloit autrement sous l'ancien régime. Paris, avant 1789, n'étoit pas toute la France, et la province n'étoit pas exclusivement dévolue à ceux qu'y clouoit la nécessité. On y Irouvoil une infinité de gens de toute condition que des considérations de famille, de convenance, de caprice ou de curiosité y amenoit fortuitement, l.e personnel même de la société indigène offroil plus d'individualités, plus de caractères et moins d'officiel. Dans le cérémonial de la vie publique, chacune des nombreuses classes dont s'élageoit la société observoil la hiérarchie coutumière et gardoit le rang acquis: mais dans la vie privée la fusion s'opéroil d'ellemême : partout il y avoit accès au mérite, au talent. Les hommes , quelque lut leur titre, savoient se connoitre et s'apprécier, et dans les salons l'esprit prenoit le pas sur la morgue d'un hobereau
SA VIE ET SES OIJVnAGES. LVll
blason né, sur la sottise d'un marchand enrichi, ou la pédanterie d'un sot gradué. Encore une fois, nous ne prétendons point que les choses allassent mieux de celle façon , et que le monopole centralisateur de notre époque ne soil infiniment préférable. Nous ne louons quoi que ce soit de l'ancien régime, nous n'exprimons pas même un regret; nous nous bornons à rechercher en quoi différoit l'ancienne société de la nôtre , et notamment si dans ce temps il y avoit place à Reims pour un homme de l'esprit et du caractère de Maucroix.
Avant qu'il ne fut dans les ordres, M. de Maucroix, jurisconsulte et littérateur, attaché la grande maison de Joyeuse , et marchant sur un certain pied d'égalité avec ses hôtes, inspiroit à la bourgeoisie rémoise plus de crainte que de sympathie. On ne vouloit voir en lui, malgré ses qualités, qu'un étranger bel esprit que l'on supposoil fort dédaigneux, et quin'avoit rien de cequipouvoit aller à la façon rémoise. Mais dès qu'on le sut chanoine de la cathédrale, une révolution toute en sa faveur s'opéra dans la ville. Ce ne fut plus un avocat, un poète, un étranger, mais un homme aimable qui se faisoit enfant du pays, et qui partant, dès ce jour, fut accueilli et traité en véritable en* fant gâté.
Maucroix devint donc , à Reims , l'homme à la mode, que chaque cercle se disputa. Avocat et poète, il sembloit exclusivement voué au monde titré : homme d'église et chanoine, il apparlenoit à tout le monde. C'est un privilège que malgré les
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révolutions, messieurs les ecclésiastiques ont conservé, et ('ont, il fauHesen louer, ils usent avec une agréable discrétion. On recherchoit en Maucroix , non plus l'homme d'autrefois, mais le jeune abbé d'infiniment de grâce et d'esprit , dont la conversation enjouée, badine et sérieuse laissoit toujours paroitre l'homme bien élevé. Le commerce que , dès sa première jeunesse, il avoit eu avec des personnes de qualité, et la précaution qu'il avoit prise de ne fréquenter que des gens comme il faut, n'avoienl pas peu contribué à lui donner l'aisance et les manières de la belle compagnie. Du reste son naturel doux, son bon cœur, la bienveillance habituelle de son caractère le faisoient aimer de tous. Quoiqu'il n'eût encore rien livré de ses ouvrages à la publicité, ses petits vers couroienl le monde, et l'on s'arrachoit un billet de sa main. On étoil charmé de ses poésies, on en goiitoit le tour aisé, le style tendre et passionné, et nul cœur de femme ne se trouvoit à l'épreuve d'un madrigal ou d'une élégie du sémillant abbé: aussi n'avoit-il pour ennemis que les envieux de profession ou les maris incpiiets. double espèce de gens dont Reims n'a jamais été complètement dépeuplé.
C'est donc, comme on peut le voir, l'époque brillante de Maucroix. Le souvenir de ses déceptions amoureuses l'avoit mis en garde contre <le nouvelles et sérieuses liaisons. Complaisant, enjoué, galant, il témoignoit beaucoup d'empressement près des femmes sans que ses préférences eussent jamais l'aird'nnc inclination formée. A cette