SA VIE ET SES OUVRAGES. LXIX
Pour le moins de ce côlé-ci, N'est guère loin de Landreci.
Heureux qui ne craint les saillies De Léopoid ni de Garcies, Et qui n'a de quoi s'attrister Quand on ne fait rien à Munster!
A quoi bon aussi cette guerre?
Qu'à mettre tant de gens par terre, Que l'on envoie en paradis Sans un pauvre De Profundis.
Cet Astibel n'est autre, suivant le manuscrit de Reims, que Tailemant des Réaux L'auteur des Histoiietles a pris soin de nous dire que dans sa jeunesse il étoit fou d'Amadis, et que ses frères, en riant, luidonnoientlenom de chevalier. Maucroix caressoit donc l'une des cliimères de son ami en lui donnant le nom d'Astibel, qui dans le roman est celui du sage enchanteur qui protège Amadis. D'ailleurs Tailemant a caché quelques-unes de ses productions poétiques sous cet agréable pseudonyme '.
1 M. de Monmerqué a acquis la certitude de ce fait : « Je viens de trouver, nous écrivoit dernièrement lo savant académicien , dans le fouillis des deux portefeuilles de Tailemant des Réaux, indiqués page 66 de la deuxième édition de la Notice, une petite épigramme assez libre, écrite de la main de Tailemant et par lui signée du nom û'Àstibel. Ce petit fait m'a paru avoir quelque intérêt et mérite de vous être mandé. L'épigramme me semble avoir été assez malicieusement écrite par Tailemant, après sa conversion. Il auroit mieux fait de s'en dispenser, car après avoir longtemps partagé les erreurs de ses coreligionnaires, il auroit dû les plaindre et ne pas les immoler à une plai-
LXX MAlîCROIX.
L'épilreàCassandre, écrite quelques jours après celle-ci, peint encore mieux les inijuiétuiies de Maucroix, et ne laisse aucun doute sin- l'époque et le lieu où elle fut composée. M. Walckeuaer s'est donc mépris en la datant de Reims et en la supposant de 1657.
Cassaudre, j'ai 1» ton épîlre...
Voudrois-tu savoir
Ce queje fais matin et soir,
Depuis la fameuse journi^c
Que la perverse destinée
M'a fait voisin de Landreci :
,1e ne manque pas de souci,
Toujours je crains pour la Champagne
Les rouges escadrons d'Espagne,
Et m'est avis que les \N allons
Sont déjà sur mes talons ;
Mais je jure sainte Brigide,
Si devers nous ils tournent bride,
santerie. 11 faut placer la composition de cette bluette vers l'époque de 1685, à cause de la révocation de l'édif de Nantes. La voici :
Les Ouiiles ont soin eut lait p.'isser pjii' les |)i(|uus
Bien fies femelles liérétiques, Quaiiil elles ont voulu {{iigner les Pays-Pas :
Tout leiu' est hon, soit fille, \cuve ou fe;iiine, l>u sexe ce péril n'arr(Me point les pas. l'our sauver sou Mue, Que ne fait-on pas?
Asrinti..
>. Le malin écrivain semble avoir un scrupule : il se cache sous un nom de guerre, et cela lui réussit pendant cent cinquante ans. Ce sera quelques lignes à ajouter à la Notice sur Talleniant, si jamais nous arrivons à donner une troisième édition de ses Mémoires. »