SA VIE ET SES OUVRAGES. LXXI
Que les drôles ne lu'auroni pas, ■Si leurs chevaux ne vont bon pas.
Quelijue sol altendroit ces drilles.
Plus malfaisants que des chenilles.
Tu vois parce vaillant discours Que je me ressemble toujours, Et que mon habit, cher Cassandre, Ne cache point un Alexandre.
Chacun a son humeur, dil-oii, La mienne est d'être un peu poltron, Cela sied bien aux gens d'église, .\ussi j'ai pris pour ma devise :
Courir bien et partir à point Sauve le moule du pourpoint! *
Dans Icj. moments d'expansion que le têle-à-lêle amenoil, Heiirielle couloil à l'abbé toutes les folies de SCS rivaux, il y en eut, lui lilsoit-elle, qui lui présentèrent un poignard pour avoir l'honneur de mourir de sa main ; d'autres tirent de plus grandes extravagances. «lintin, un jour qu'elle avoua à Maucroix qu'elle l'aimoit plus (|ue sa vie , elle se mil à chanter ces paroles qu'on chautoil alors :
Tircis, que dois-je faire?
Tout m'est contraire...
Pour te guérir, Je voudrois bien le secourir, Mais quand mon cœur le veut, L'honneur me dil que cela ne se peut, Et qu'il vaut mieur mourir.
« Les confesseurs l'inlimidoienl... et quand elle
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avoil été à confesse elle disoit à son amant : Ils m'ont dit que c'étoit un sacrilège. »
Ces détails que nous donne Tailemant, (|ui les le noit de Maucroix lui-même, viennent certainement à la décharge de la marquise, et prouvent que dans son amour pour Maucroix , comme dans toutes les galanteries que lui imputent les Historiettes, il y eut plus de légèreté que de véritables atteintes à la foi conjugale ; et ce qui le lait mieux croire encore, c'est que le marquis n'en fit jamaisle prétexte de ses brutalités. « Cependant, dit Tailemant , son mari la maltraita fort, sans la soupçonner pourtant d'aucune galanterie : mais il étoil mal satisfait du père qui ne lui donnoit point ce qu'il lui avoit promis. »
La liaison de la marquise et de Maucroix avoil toutefois une certaine notoriété; mais quel qu'en fut le caractère, le mari, comme il est assez d'usage , fut le dernier à la soupçonner , tant Maucroix s'étoit insinué dans son esprit. Tailemant raconte delà crédulité de De Brosses une preuve assez plaisante : « Le père (M. de Joyeuse), s'élanl aperçu de l'attachement du chanoine, en écrit à sa fille, et il lui représenloit qu'après avoir résisté au favori d un Roi, c'étoit M. Le Grand iCinq-Mars), qui en avoit été un peu épris en un voyage de Champagne, il lui scroit honteux, etc. Elle en avertit Maucroix, et lui dit : « Mon père enverra tout dire à mon mari. » Le chanoine prend les devants et déclare au marquis que )>our ne pas les brouiller davantage , M. de Joyeuse et lui, il se vouloit retirer et
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ne plus le voir qu'en un lieu tiers. Comment, dit le mari, M. de Joyeuse prétend me tyranniser ! Il lui écrivit en colère, et depuis, le bonhomme n'eut plus lieu déparier contre le chanoine. »
Mais à force de concessions, la situation devenoil de plus en plus périlleuse pour l'époux. Madame de Brosses qui « n'étoil que coquette et qui voyoit bien le péril , » se sentit tout à coup comme prise de remords : etaumomenloùMaucroix avoit quelques raisons de se croire sûr de son avenir, elle se fil enlever par sa cousine, la marcpiise de Mirepoix, (|ui sut ainsi la soustraire aux violences de son époux et aux trop grandes douceurs de son amant.
On se figure, à cette nouvelle, la surprise et la déconvenue du pauvre abbé. Celte épigramrae exprime assez bien le dépit qu'il en ressentit :
Je suis de tous les amoureux, Sans doute, le plus malheureux.
Parce qu'un point manque à ma .joie ; Cruel caprice de mon sort, Hélas î en celle mer faut-il que je me noie, Après avoir louché le port !
Maucroix ne fut pas longtemps sans acquérir la triste certitude qu'il étoit sacrifié. Henriette, conduite à Paris par madame de Mirepoix, se vit recherchée par tout ce que la ville avoit de plus brillant. Celte fois-ci sa fragile vertu courut le risque de plus d'un naufrage. Sa beauté, sa coquetterie, la livrèrent à des séductions auxquelles elle résista
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fort peu. Maueroix se consola de sa déconvenue en véritable porte , par des élégies et surtout par des épigranimes auxquelles nous renvoyons le lecteur.
Cependant la guerre avec l'Espagne el dont les marches de Champagne contiuuoient à être le théâtre, n'enipcchoit i»as les troubles intérieurs. Voici maintenant venir la Fronde. Une noblesse de robe humiliée sous Richelieu, une noblesse d'épée menacée du désœuvrement par la paix de Westphalie, se prètoient un mutuel appui contre un ministre dont l'origine étrangère faisoil surtout le crime. î>e Mazarin étoil l'objet de l'exécration publique. Paris se trouvoil en étal de siège , comme nous disons si volontiers aujourd'hui. Si celle guerre civile a le singulier privilège d'amuser la postérité, ce n'est pas à dire qu'elle n'ait fait un grand nombre de dupes el de victimes. Elle en hl à Paris , elle en fil en province, el la Champagne en compta dans l'un el l'autre parli. — Pour mieux oublier l'infidèle, Maucroix se jeta dans la politique, comme les circonstances y convioienl tous les hommes de quelque valeur. Lié par ses antécédents avec ce (|ue Paris avoit d'avocats célèbres qui tous étoienl parlemenlaires, il n'avoil garde d'être à Reims autre chose que frondeur. Son épilre à Tallemanl, écrite durant les scènes du siège de Paris, peinl assez bien le trouble général el l'anarchie du moment, comme aussi l'espril qui Iravailloit les provinces. Nous y voyons que Maucroix , bientôt dans les bonnes grâces du surintendant Fouquel, créaliire