‹ Œuvres diverses; publiéesChapitre 29 sur 204 · SA VIE ET SES OUVRAGES. LXXIX · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. LXXIX

n'ai jamais vu un homme si affligé, et à cause de lui, je me suis réjoui de la morl de celte belle, parce qu'il étoit en un tel état que je ne savois ce qui en seroit arrivé. Il a élé plus de quatre ans à s'en consoler, et il n'y a eu qu'une nouvelle amour qui l'ait pu guérir. •

Les regrets de Maucroix furent de plus longue durée que ne le ditTallemant. Dans le recueil des poésies de noire auteur, nous trouvons ce huilain qu'il fit sur Henriette de Joyeuse plus de trente années après sa mort :

Depuis deux fois quinze printemps Je pleure et regrette Silvie, Que les fiers destins m oui ravie En la fleur de ses jeunes ans.

Je ne veux point vanter ses charmes, Ni son esprit ni sa douiour :

Qu'on en juge par la longueur De mes regrets et de mes larmes î

El voici ce que nous lisons dans une lettre qu'il écrit de Paris, en 1686, à l'une des jolies dames de Reims, avec lesquelles, ;i celle époque avancée de sa vie, il enlretenoitcncoreunecorrespondance badine. « Là là, voici bien de ([uoi convaincre toutes celles qui voudroient m'accuser de légèreté : par le plus grand bonheur du monde, j'ai recouvré un portrait delà personne que j'ai le mieux aimée; combiiMi y a-l-il? plus de quarante ans! cesonl bien de ans! J'en fais faire une copie; la copie est presqueaclievée, elle ressemble fort à l'original qui resserabloit

forl à la belle. J'en ai une joie ! je ne me sens pas! — El Margot donc? iMargot! Je ne donnerois pas mon portrait pour toutes les Margots du monde! Toutes mes plaies se sont rouvertes; je suis tout ronge de sang, ma pauvre chère ! Je n'en ai presque plus dans les veines. Faites-les- moi venir, tous ces prétendus fidèles, tons ces Céladons, après quarante années; anroient-ils l'efïrouterie de soutenir la comparaison! Et mademoi.sellede L... nevoudroilelle pas d'un tel Lycidas? Nous verrons un peu après quarante années si elle aura quelqu'un qui fasse mieux son devoir! Nous verrons! c'est-àdire elle verra! car pour moi j'aurai quelque petite affaire qui m'appellera ailleurs. »

Je n'ai pas pu retrouver la date précise delà mort de la marquise de Brosses; mais Tallemant nous apprend, comme on l'a vu plus haut, qu'elle suivit de près celle de madame de Joyeuse, sa mère, arrivée pareillement chezlesfrères ]VIaucroix,qui payèrent ainsi de leur pieuse hospitalité les services que leur jeunesse avoit reçus de la famille de Joyeuse. Or, nous savons par les généalogistes que Robert de Joyeuse, père de la marquise , mort en 1660, épousa en secondes noces, par contrat du 6 janvier 1650, Nicole de Yilliers, sa cousine au sixième degré, comme descendant tous deux de Jacques de (jrandpré. Si donc M. de Joyeuse se remaria dès les premiers jours de janvier 1650, on peut, sans craindre d'errer beaiicoup, assurer que la niorl de

SA VIE ET SES OUVRAGES. LXXXl

la mère et de la fille eut lieu dans les derniers six mois de l'année 1649 , c'est-à-dire environ trois années seulement après le mariage de celle-ci avec Tiercelin, marqnisde Brosses.

De ce mariage étoient nés deux fils; le premier, Jean-Baptiste de Tiercelin, le second, Henri, dont la naissance semble avoir en définitive coûté la vie à sa mère, et qui dans la suite épousa une dame de Saveuse, sa cousine. Nous ne savons rien non plus de l'époque de la mort du père, l'époux de Henriette. Seulement, sur un librelto d'une Comédie héroïque exprimée en ballet, intitulée le mars FRAiNÇois, imprimée à Reims en 1660, et jouée au collège des jésuites, à l'occasion du mariage du Roi, je vois figurer au nombre des acteurs de la pièce et comme devant y remplir à lui seul quatre rôles différents, Jean-Baptiste de Tiercelin, marquis de Brosses, titre qui semble indiquer qu'à cette date, 1660, le marquis époux de mademoiselle de Joyeuse avoit cessé de vivre. On peut encore supposer que Maucroix, continuant son rôle d'ami de la famille, étoit resté comme le tuteur du jeune de Brosses, et que ce fut par ses soins qu'il étoit entré chez les Pères jésuites, établis à Reims, au temps du séjour du prince de Condé en cette ville. Enfin les généalogistes nous apprennent en outre que ce même Tiercelin, fils de Henriette de Joyeuse, fut tué dans une rencontre près de Philisbourg, en 1667.

ARGUMEXT.- Maucioix chez «les Réaux : caractère de M"" des Réaus.— lipître à Rosaliane.— l'résomptioiis sur l'époque de la mort de la mère de Maucroix.- Epitre à Le Pailleur, notice sur ce lualliématicieii et sur dAlibray. - E\éneinents politiques.— Invasion de la rhanipHffiie.— I,'arcliidu<- aux portes de Reims.— .\rri\êe de Mazarin.— Maucroix (;agiie la Picardie. — Sou uicaioire sur la niisci-e publique. — Sacre de Louis XIV.- Eglotïre. — Mabillon à Saiut-Hénii. — Mii« de Hauibouillet abbesse de.sainl-Kilennede Reims. — Liaisons nouvelles de .Maucroix.— Lpîtrc à Arlliéu!<:e.— Hcpousc— Portrait de M"" de Saipt-l^tienrc, suivaiil i'allcuiant.

fjj^w^FS Reanx, inslrmt des rcgrels de .MasiiX<^t'n»i,x, l'avoil élé prendre à Reims, cl ;35'^l}Oii ^ré, mal gré, pour faire diversion à sa douleur, Tavoil attiré chez lui. Bien que l'auteur des hislorietKS, qui nous a fait tant de curieuses révélalioii.s sur l'intérieur et la vie intime de ceux qu'il a connus, soit d'une discrétion fort remarquable sur son propre ménage, on n'en croit pas moins (|ue les premières années de son mariage furent des l)liis lienreiises. Je sais tjue des doutes se sont élevés sur certaines phases de sa vie de mari et qu'on a pulilié dans ces derniers temps une lellre do niadame des Réanx où il est question d'une séparation

Page 1