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SA VIE ET SES OUVRAGES. LXXXV

croix entend-il faire allusion à la mort récente de madame de Joyeuse ou de sa fille, à l'une desquelles en se jouant il pouvoit donner le nom de Maman? Ouexprime-t-il,en effet, un regret de la perte également récente de sa propre mère? Après bien des hésitations, je suis disposé à accepter cette dernière interprétation On ne sait rien de la vie ni de la mon des parents de Maucroix, aussi la moindre conjeclure est-elle acceptable. En compulsant les anecdotes de Tallemant, nous trouvons ce tjui suit à l'article Naïvetés el bons mots (t. ix, p. 33, édil. Delloye) :

« Un chanoine de Reims plaidoit pour le bien de sa mère contre son père. Le père lui dit un jour : Tu sais combien il m'en a coûté pour avoir ta prébende; je te donnerai cent pistoles , et vat-en au diable ! - Le chanoine rêva un peu , puis il dit : Non, je n'irai point à moins de deux cents ! » Or on sait que Tallemant éerivoit à peu de distance de l'époque qui nous occupe, et que d'ailleurs Maucroix eut dans sa vie deux procès à soutenir : l'un peut être à l'occasion de la succession de sa mère, et l'autre au sujet de son prieuré. Dans l'iiypothèse qu'il s'agisse dans ce passage de la mort de sa mère, Maucroix ne se montre que ce que nous le voyons dans les circonstances les plus solennelles de sa vie. Essentiellement léger de caractère, le chagrin a peu de prise sur son âme ; la plaie, chez lui. promplement cicatrisée, ne se rouvre que de loin en loin et comme par acquit de conscience : non pas que l'égoiisme entre pour quelque chose dans celte âme

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aimante et bonne, mais parce que sa nature molle et sensuelle se refuse aux longues éniolions, el que la joie du jour, le carpe diem du poêle laliu, semble èlre le besoin de sa vie el le bul de sou existence. Lt's revers, les coups du sort le touchent, mais pour un temps, et bieulôt sa sérénilé habituelle reprend le dessus. C'est sous l'empire de ce caraclère qu'il écrit à madame des Réaux :

Eiilin il liuil se consoler,

Mes pleurs ue veulent plus couler,

il dan^ moi la philosophie

De jour en jour se fortifie.

Rions...

Maucroix plaisante alors sur la pelile vérole qui a fait invasion dan,-, le domicile de Rosaliane, el qui, en aUa(|uanl nue nièce, eiil pu s'en prendre à la lanle el conipromeltre les lis de son visage; puis le poëlo arrive à la grossesse de madame des Réaux el raille delà façon la plus agréable sur sa rassion i)our la danse, qui pourra, si elle n'y prend garde, avoir de terribles conséquences pour cet enfant, qui

tianse même avant qu'il soit né, l.l fait gambades par liouzaines, Marques, sans doule, très-certaines, (}u'il sera danseur fort dispos, tl ferala nicpie aux Chabots, l'oiil cela, supposé qu'il vive, l.tqu'à bon port la nef arrive,

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Ce qu'on croit diflicilement, Car vous le bercez diableuienl!

Tallemanl, en effel, a pris soin de nous instruire hii-mêmede ce goûl de sa femme pour la danse. « une des plus belles et des mieux dansantes de Paris, «nous dit-il dans VHisloriellede Maucroix.

L'épiire à Le Pailleiir est du même temps <iue répitre à Rosaliane. Le Pailleur n'a guère sa notoriété que dans les Historiettes. Nous y voyons qu'il s'étoit adonné aux mathématiques dès son enfance, et qu'il les apprit tout seul. « Il n'avoit que vingt-neuf sous quand il commença à lire les livres de celte science; il échangeoil les livres à mesure qu'il les lisoil. «Tallemanl nous dit encore qu'il savoilla musique, chantoil, dausoil, faisoil des vers pour rire. « Il chanta qualre-viugt-huit chansons pour un soir de carnaval. La maréchale de Thémines le prit en amitié, car il étoit gai, il faisoil des ballelset mettoit loni le monde en train. » Il faut avouer que voilà un mathématicien comme on en voit peu de noire temps. Bref, il s'attacha à la maréchale et demeura chez elle jusqu'à sa mort, l'espace de vingt-cinq ans, sans gages ni appoinlemcnts, mais seulement comme un ancien ami de la maison. 11 est vrai, continue iallemenl, qu'il faisoil toutes ses affaires. Il avoit écrit assez de choses, mais il n'a ri.'U daigné donner. Il faisoil des épitres burlesques fort naturelles, et M. de Monmerqué, dans ses notes aux Uistorieltes, nous le rappelle, c'est à lui que le président Pascal alla confier sa

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surprise et sa douleur quand il apprit que son fils, Biaise, avoil deviné la géométrie.

11 n'a pas tenu, au surplus, au gros d'Alibray, poêle bacîiique assez oublié aujourd'hui, que son ami Le Pailleur fut plus connu de la postérité. On a de d'Alibray un nombre infini de vers à l'adresse de Le Pailleur, sans compter ses quarante sonnets sur le mouvement de la terre, que l'on fera peutêlre aussi bien de ne pas lire. Quant à ses sonnets bachiques , ils sont plus divertissants, et serviront à ceux qui seroient tentés de les lire à faire mieux connoitre le caractère de l'ami de Maucroix.

Le Pailleur étoit du cercle des viveurs auquel, appartenoient Faret, Sainctot, Hédelin, Montreuil et Saint-Amant , dont firent partie un temps Maucroix, des Réaux, et que dirigeoient, en leurs bons moments, Conrart, d'Ablancourl et Palru. On ne connoit guère de Le Pailleur qu'une épitre burlesque imprimée dans les œuvres de d'Alibray. Mais les recueils Conrart en contiennent plusieurs inédites et qui témoignent de l'heureuse humeur de cet étrange mathématicien. Tallemant nous apprend qu'il ne survécut que de deux ans à la maréchale de Thémines, qui mourut vers 1649. On ne peut donc errer beaucoup en datant l'épitre de Maucroix de l'année 1650. En efîet , après la mort de sa chère maréchale. Le Pailleur avoit pris le parti de retourner à Monllort, son pays; mais sur les sollicitations de quelques amis il .se retira à l'/sle-Ferle, où, malgré la beauté du climat , ses nombreuses infirmités, fructus belli, ne tardèrent point à l'emporter :

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