SA VIE ET SES OUVRAGES. LXXXIX
11 est certaine île eachantée , De peu de mortels fréquentée.
De peu de mortelles aussi.
Où n'iiabite point le souci :
Là, les jeux, les ris et la danse Sont compagnons de l'innocence.
Là, l'on espère avec raison De rajeunir le vieil Eson, Et que les bonnes destinées Fileront deux fois ses années.
Puisse ce cJier ami Pailleur, De tous les savants le meilleur.
Cent ans y démontrer encore Le moulinet de Pythagore!
vœu charitable, mais stérile , puisqii'en réalité Le .Pailleur mourut celte même année 1651.
Cependant les événemenls se succédoient avec une gravité croissante pour le pays de Reims. L'année 1630 venoit de s'ouvrir sous les auspices les plus inquiétants. Le prince de Condé , suspect à la cour, le prince de Conti, son frère, et le duc de Longueville, leur beau-frère, avoient été arrêtés et conduits à Yincennes. Le comte de Turcnne, rallié au parti des princes par son frère le duc de Bouillon, s'étoit jeté dans Stenai, et le comte de Grandpré , gouverneur de Mouzon , s'étoit joint avec tous les siens aux ennemis de la cour. Triste spectacle que présentoit alors la France !
De leur côté les Espagnols, qui n'avoient pas signé au traité de Westphalie , profitoient des troubles
JiC MAUCROIX.
du royaume. Après quelques jours d'une marche forcée à travers la Picardie, après la prise du Catelet, de la Capelle, la reddition de Chàteau-Porcien et de Mouzon , leurs troupes, ayant oi>éré leur jonction aveccelles de Turenne, étoient venues s'emparer de la ville de Rethel. Del Ponli, colonel d'infanterie napolitaine au service de l'archiduc, installé comme gouverneur de celle ville, exerçoit sur son territoire les plus insupportahles tyrannies. Les habitants des villes et des campagnes, excédés par la soldatesque, affluoient vers Reims et Châlons, où les vivres commençoient à faire défaut. Cependant l'ennemi, poursuivant sa marche dévastatrice, semoit partout la ruine et l'incendie. Ponl-Faverger, faute d'avoir satisfait, dans le délai prescrit aux réquisitions, avoit été réduit en cendres : Saint-Thierry, Cernay, Béru, Sillery,avoient été pillés ou rançonnés, et déjà, sous les murs de Reims, l'archiduc venoil de signifier aux habitants du faubourg Cérès qu'ils eussent à fournir à ses troupes leur part de vivres et de munitions. On conçoit l'effroi des Rémois, chez qui pourtant le parli de la cour étoit loin d'avoir beaucoup de partisans. La ville, épuisée, envahie de fuyards, hors d'élat de pourvoir à sa défense, alloit ouvrir ses portes , quand de Senneterre et le maréchal Praslin, à la tête de troupes fraîches et résolues, vinrent à temps pour arrêter les défections, rappeler au devoir les courages ébranlés , et arracher la ville du sacre aux menaces et aux rodomontades espagnoles.