X AVERTISSEMENT
aux austérités cléricales, ne sortirent pas d'un cercle intime , et ne provoquèrent jamais de scandaleux éclats.
Ce que l'on a publié jusqu'à ce jour des œuvres de Maucroix ne l'a point été dans l'ordre et avec l'économie qu'il eût fallu pour aider au biographe. Ce n'est pas une tâche sans difficulté que d'écrire la vie d'un homme de lettres, quand, à part ses productions, les matériaux font à peu près défaut. Nous en serions là avec Maucroix, sans ce (lue les Historiettes nous apprennent de sa jeunesse. Mais Maucroix a vécu bien au delà du temps où écrivoit Tallemant, au delà même des limites ordinaires, et nous n'avons plus pour nous guider que les notices de l'abbé d'Olivet , de Riclielet, Nicéron, dom Grenier, et les articles des Dictionnaires biographiques, qui, tous copiés l'un sur l'autre, n'ont d'autre but que de réclamer pour Maucroix un rang parmi les traducteurs du xvn* siècle. Force est donc de puiser dans les œuvres de l'auteur les éléments de son histoire; mais c'est là qu'est la difficulté, si l'on vent bien voir que dans les éditions qu'on en a données, et mi'me dans le ms. de Reims, les poésies de Maucroix, la plupart sans date, sont rangées, comme c'est l'invariable usage chez nous, jjar ordre de genre. Cette classilkatiou peut être convenable dans une table des matières, mais c'est une classification désastreuse pour le biographe et qui ne laisse en rien deviner les diverses phases de la vie de l'écrivain. Les hommes de lettres ne sont pas tout d'une pièce, comme les présentent les éditeurs, et quand on lit une œuvre, il n'est pas sans intérêt de coimoître à quelle époque de sa vie et dans quel miUeu
AVERTISSEilEKT. XI
d'idées et d'opinions l'auteur l'a conçue. Est-ce que Boileau, par exemple, a débuté par ses douze satires sans solution de continuité? Est-ce que, ensuite, il a composé de la même façon ses douze épîtres, puis ses deux grands poëmes , qu'il aura surchargés de ses deux odes et de ce que l'on appelle ses poésies légères ? Classées comme sont ces œuvres, j'avoue ne trouver qu'infiniment peu de sel à la chanson faite à Baville, à l'énigme sur la puce, au couplet à Climène, à la romance : Voici tes lieux cliarmans... Pourquoi mettre invariablement ces choses de sa jeunesse après les œuvres de son âge mùr ? Pourquoi ne pas publier chaque pièce à son rang , c'est-à-dire dans l'ordre où toutes ont été conçues ? — Mais, dira-ton , la régularité ! la symétrie ! Puis , siéroit-il bien d'ouvrir l'œuvre d'un écrivain célèbre par ce qu'il a composé de moindre ou de plus futile ? — Oui , sans doute ! n'est-ce donc pas là la marche de l'esprit humain ".' et faut-il, pour une symétrie de convention, inspirer l'ennui et jeter le désordre dans les idées du lecteur? Prenons un autre écrivain , Voltaire , si l'on veut. Je connois dans la bibliothèque de nos hommes de la Restauration un certain nombre d'exemplaires des œuvres du grand philosophe dont les feuillets ne sont pas encore coupés. C'est qu'avec l'admiration qu'ils ont puisée pour cet immortel-écrivain dans les tendances et les dispositions de leur époque, ces candides adeptes n'ont pas trouvé le courage d'aborder une lectuie qui s'annonce par dix volumes de tragédies pour finir par vingt volumes de lettres, classées par ordre de correspondance I et ils en sont restés avec leur admiration de seconde nraiir pour ce grand génie ! Maintenant, faites une édi-