‹ Œuvres diverses; publiéesChapitre 60 sur 204 · SA VIE ET SES OUVRAGES. CXXXI · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. CXXXI

danls. Il assura le roi qu'Alexandre VU, bien que blessé des procédés du ministre défunt, se rapprocheroit volontiers de la France et qu'il ne s'agissoit que de lui fournir une honnête occasion de retour. « Il nous faudroit sur les lieux, disoit Fouquet, un homme intelligent et d'esprit qui sût s'insinuer dans l'esprit des cardinaux les plus influents. Cet homme devroit paroitre à Rome sans affecter aucune mission, mais avec assez de crédit près des ministres de Sa Sainteté pour qu'on pût ajouter créance à ce qu'il diroit de la France et des dispositions du roi, » Il sembloit au surintendant qu'un homme avec la qualité A'envoyé du roi ne pouvoit convenir à cette négociation. Un pareil titre, quand la courde Rome attendoit encore l'ambassadeur d'obédience, n'eût paru qu'une nouvelle injure. « On avoit la preuve de ceci, dit Fouquet, dans l'accueil peu gracieux fait à M. Colbert, quand il plut au cardinal de l'envoyer en cette qualité. D'ailleurs un envoyé ne peut parler qu'avec grande circonspection: on est naturellement en garde contre lui ; on pèse chacune de ses paroles ; le cérémonial des audiences et des entrevues s'oppose à toute familiarité; au lieu qu'un particulier qui s'est fait des habitudes personnelles se mêle aux conférences, prend sur lui de donner des conseils; il loue et blâme à volonté; il fait des propositions sans exiger des réponses précises; il passe rapidement, et comme sans dessein, sur ce qu'il veut; il avance et recule suivant les circonstances, se rétracte s'il a fait quelque faux pas , et fait des excuses sur ce que ses conseils

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émanenlde ses propres raisonnenienls: en immot,. il réussit d'autant mieux qu'on se méfie moins de lui. » Le roi, persuadé, ai'prouva l'idée du surintendant et le cliargea du soin de trouver l'homme propre à l'allaire. de l'instruire des choses qu'on en souhailoit, afin qu'il travaillât sur les lieux dans le sens convenu.

Pellisson, consulté par Fouquet, proposa Maucroix : c'éloil l'homme d'une telle mission cl qui réunissoit toutes les qualités de l'emploi. Pellisson, ami de Maucroix, se rendit garant de son caractère et de ses capacités. Il assuroit le surintendant qu'aimable, insinuant, délié, versé dans les littératures anciennes et parlant l'italien, Maucroix avoit depuis longtemps le désir de faire le voyage de Rome, et qu'étant homme d'Eglise, son séjour en cette ville y seroit moins suspect que celui de tout autre. Fouquet donna ordre qu'on fit venir Maucroix, qu'on s'assurât de son consentement, et que sur sa réponse, on dressât immédiatement l'instruction dont il devoil être porteur.

Pellisson écrivit à Maucroix et lui offrit, au nom du surintendant, une mission en Italie. Il ne s'agissoit quant à présent que de se mettre à la recherche et d'acquérir, pour les musées de Vaux et Saint-Mandé, des tableaux, des médailles et autres objets d'art et d'antiquité. Maucroix , dont cette oflre flalloit les penchants, prit la poste et fut en quelques lieures à Fontainebleau, à l'hôtel de la surintendance.

Je ne sais si Pellisson dit sur-le-champ à Mau-

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croix tout ce qu'on atlendoit de lui, s'il lui en déguisa une partie et s'il lui fut besoin d'insister beaucoup ponr vaincre ses répugnances. Mis en présence du surintendant, Maucroix, suffisamment apprécié, reçut , avec les instructions intimes de Fouquet, l'ordre de partir. Il ne demanda que quelques jours de répit, le temps pour lui d'aller à Paris mettre ordre à quelques affaires et pour Pellisson de dresser l'instruction.

Dans l'intervalle, un incident imprévu, quoique fort ordinaire en cour, faillit rompre toutes les mesures et renvoyer Maucroix à son Chapitre. Michel Le Tellier, quipartagcoit avec de Lyonne et Fouquet les soins du ministère, et qui souffroil impatiemment d'être moins informé que ses collègues des secrets de la diplomatie , pria le surintendant de vouloir bien ne pas s'occuper de cette mission de Rome, et de trouver bon que le sieur d'Aubeville, son parent, fût proposé au roi et en fût chargé. Fouquet, tout contrarié qu'il éloit, voyant combien Le Tellier tenoità cette désignation, y donna les mains et laissa faire. Le Tellier proposa donc en plein conseil le sieur d'Aubeville, qui partit quelques jours après muni de lettres du roi.

Cependant, si nous en croyons Fouquet, qui ne perdoit point de vue ses propres intérêts, le roi parut surpris que le surintendant eût si facilement renoncé à ses idées. Il témoigna même qu'il ne pensoitpasque le sieur d'Aubeville fût bien l'homme d'une pareille négociation ; qu'assurément il n'y

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réussiroit pas et qu'il regrettoil ce que le surintendant àvoil lui-même proposé d'abord. Fouquet répondit qu'à la vérité il ne pouvoit garantir le succès de d'Aubeville; que sans doule le minisire qui l'avoit proposé l'eslimoil capable; qu'en tout cas, si Sa Majesté l'agréoit, lui Fouquet ne laisseroit pas de faire partir M. de Maucroix, qui, tout en agissant pour des affaires personnelles , ne man- <|ueroit pas d'apprendre et de savoir les choses et d'en informer Sa Majesté. Le roi témoigna qu'il agréoit celte nouvelle combinaison.

Maucroix n'ignoroit point la part que le roi prenoit à son voyage : aussi n'hésila-t-il point , malgré la commission de d'Aubeville. L'instruction ostensible que lui remit PelUsson étoit conçue eu termes vagues et généraux. Elle conlenoil, avec un Mémoire des droits publiquement prétendus par le roi en Cour de Rome, trois recommandations expresses : la première , d'apprendre la cour de Rome; la deuxième, de s'appliquer aux moyens de servir utilement le roi ; la troisième, de voir ce qui se pourroil faire pour M. le surintendant en particulier dans les occasions qui s'en présenteroient. — Le soin de développer chacune de ses prescriptions étoit remis à une correspondance ultérieure.

Maucroix partit. Soit que ce fût une rccommandalion du surintendant ou de PelUsson, soit que Maucroix le jugeât plus honorable ponr lui , dans un pays où la gloriole des litres est si grande,

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