CXLII MAUCROIX
pouvois me résoudre à rompre loutes ses mesures et le renvoyer chez lui comme il éloil venu, sans lui en pouvoir dire aucune bonne raison, ne lui ayant point confié auparavant ce ([ui éloil de la parlicipalion du roi, elj'avois trop de répugnance à tenir un procédé si désobligeant avec un honnête homme. Mais étant assuré que le roi seroit bien aise d'avoir des avis secrets de toutes choses, la passion que j'avois d'être le mieux averti, et l'émulation de servir plus utilement que les autres et de faire quelque chose qui fût agréable à sa majesté, je laissai continuer un voyage que je crus qui ne seroit point inutile à son service. »
Puis Fouquet passe scrupuleusement en revue tous les points derinslruclion cl tout ce qui sert de base à l'accusation. Les personnes, les créatures que Maucroix a dû lui procurer par des présents, par des intrigues et par d'autres voies indiscrètes et illicites, ce sont précisément l'abbé Elpidio, le chevalier de Witte, le P. Duneau et autres, subventionnés par feu M. le cardinal, et que M. Colberl, en sa mission d'Italie, eut lui-même le soin et la charge de payer. Arrivé au fait du cardinal Barberin, que, disoil-on, Maucroix avoit été chargé de sonder dans l'intérêt du frère ou d'une créature de laccusé, il ajoute ces mots qui laissent à la vérité la question indécise :
« Pour ce qui regarde le traité avec M. le cardinal Antoine pour Reims, c'étoit une affaire que j'avois apprise par M. le cardinal Mazarin, lequel ne la vouloit en aucune manière poin- l'évêque qui
SA VIE ET SES OUVRAGES, CXLIll
y pensoit ; et il se rencontroit que dans le temps que cet évêque et moi nous étions fort mal ensemble, un autre de mes amis avoit eu quelque pensée du même accommodement, mais que M. le cardinal Antoine fut absolument résolu de s'en défaire. Ainsi j'eusse été bien aise de s ervir une autre personne à l'exclusion de celui avec qui j'étois mal; mais ce mémoire ne fut donné ni exécuté, pour ce que nous nous réconciliâmes tous ensemble par l'entremise de quelques amis communs, et je ne m'en mêlai pas davantage. » *
Sur la question des secrets d'Etat que PelHsson mandoit à Maucroix pour que celui-ci en trari({uât dans l'intérêt de leur commun maître, Fouquot répond :
« Mais si l'on a les pièces et les témoins, qu'an apprenne donc par les uns et par les autres tout le contraire de la calomnie de mes ennemis ! Le principal secret qui ait été mandé de deçà, c'est que le roi est venu à Vaux; c'est que le sieur Pellisson a envoyé comme une chose curieuse les vers qui furent récités en présence du roi, et trouvés si beaux par sa majesté qu'elle eu fut touchée , et qu'on parla de l'auteur en termes qui ne faisoient rien moins espérer pour lui que la rigoureuse prison qu'il a soufTerte et qu'il soutire depuis si longtemps! »
En efTet, on sait le dévouement dont fit preuve Pellisson et l'étroite captivité qu'il subit durant quatre années, en expiation de sa fidélité au malheuraux surintendent. Quant à Fouquct, on connoît