‹ Œuvres diverses; publiéesChapitre 73 sur 204 · SA VIE ET SES OUVRAGES. CXLIX · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES OUVRAGES. CXLIX

moires, je rencontrai devant le Corbeau i M. Sicard, le souschanlre , accompagné de ses deux frères (chanoines), qui m'apprit la mort de Monsieur le Cardinal. On ne s'atienduit point à cette nouvelle, car les dernières lettres de Rome porloienl que son Em. se portoit fort bien , et qu'elle faisoit état de revenir en France au printemps. Le Cardinal clant à Némi, proclic Rome, mangea à diner avec un peu d'intempérance , et puis , il fit quelque chemin à pied, et au soleil; ce qui lui causa une petite fièvre qui fflt suivie d'une apoplexie, dont il mourut le troisième jour, sans avoir parlé pendant sa maladie. »

On voit dans ce récit que tout en afTeclant le calme de l'historien, Maucroix dissimule assez mal le ressentiment du sénéchal; mais ses expressions qui, malgré leur teinte épigrammatique , ont la mesure et la retenue convenables à un récit destiné à la publicité, sont loin de traduire les véritables sentiments du Chapitre en général et de Maucroix en particulier. Les épigrammes en forme d'épitaplies, qu'entre autres décocha notre ex-sénéchai, peignent infiniment mieux la nature de ses regrets ;

Ci-gîl un fou qui porta mitre, Qui fit enrager son Chapitre El son clergé diocésain.

Dieu nous ganle d'un pareil maître!

Jaaiais homme ne fui si vain.

Et u eut moins sujet de i"èirc !

1 Enseigne d'une maison, qui a linipar donner son nom à la rue, aujourd'liui et depuis peu appelée rue de Lorraine.

Il faut poiirlanl ajouter que , soit ignorance des faits, soit besoin de justice, Antoine Barberiu trouva des apologistes chez quelques historiens de son épiscopat, el que MM. du Chapitre ne furent pas toujours loués de leur opposition systématique. Dans son histoire restée inédite, le curé Haluze, tout à fait désintéressé dans la question, écrit : «Antoine Barberin, rebute par le^ hauteurs de son Chapitre, quitta son diocèse et s'en retourna en Italie... On ne vit jamais un prélat plus honnête , plus généreux, plus obligeant.... »

Et Berlin du Rocheret, écrivain très-mordant et généralement peu favorable aux archevêques, dit à l'article de Barberin : « Ayant eu quelques désagréments avec son Chapitre, qui fut obligé de lui en faire satisfaction par ordre du roi , il demanda un coadjuteur. qui pût le mettre, et le corps de ville , à la raison. »

Maucroix fut l'un des quatre chanoines envoyés par le Chapitre pour complimenter le coadjuteur, Ciiarles-Maurice Le Tellier. Il faut lire dans ses Mémoires les circonstances de ce voyage, et la fa^jon dont le nouvel archevêque reçut les députés. Maucroix en particulier en fut le très-bien accueilli. J'extrairai seulement de son récit ce passage , qui me semble curiewc :

« M. Barrois el moi ayant vu les carrosses de sa majesté, qui étoient dans la cour de l'Ovale (Fontainebleau), nous attendimes près d'une heure , et enlin nous vîmes le roi monter dans sa calèche. Madame La Vallière placée la première , le roi

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après, et ensuite madame de Montespan, tous trois sur un même siège, car la calèche étoit fort large. Le roi éloit fort bien vêtu, d'une étoffe brune , avec beaucoup de passements d'or ; son chapeau en étoit bordé. Il avoit le visage assez rouge. La Vallière me parut fort jolie , et avec plus d'embonpoint qu'on ne me l'thoit figurée. Je trouvai madame de Montespan fort belle; surtout elle avoit le teint admirable. Tout disparut en un moment. Le roi, étant assis, dit au cocher: Marche! Ils alloient à la chasse au sanglier. »

Ce qui donne à celte citation quelque intérêt, c'est le spectacle qu'elle offre de Louis XIV entre deux femmes qu'il veut garder unies, et que tant de dissentiments séparent. Dépossédée de la première place, nous voyous La Vallière servir de chaperon à un amour qui fait son désespoir, et accepter l'insupportable affront de paroilreeu public avec son orgueilleuse rivale , dont le triomphe n'est déjà plus un mystère pour personne. A l'époque où Maucroix eut le hasard de saisir au vol cette scène muette des volages amours du grand roi, La Vallière, déjà deux fois fugitive, venoit d'être arrachée aux filles de Sainte-Marie, de Chaillot, et réessayoit le rôle de victime; résignée à toutes les humiliations, jusqu'au joiu'où, vaincue par la douleur et le repentir, elle de\ oit achever son sacrifice et prendre l'habit de carmélite.

Charles -Maurice Le Tellier fit son entrée dans Reims, en qualité d'archevêque, le 11 octobre 1671.

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Maiicroix raconte la réception que lui fit le Chapitre et son installation sur le siège de saint Renii, L'un des premiers soins du nouveau prélat fut de célébrer un service pour l'àme de son prédécesseur, auquel assistèrent l'évêque de Soissons, l'évêque de Senlis et l'évêque de Béziers, Monseigneur Biscara, qui s'y trouva en qualilé d'ami de l'archevêque. M. l'abbé Fromanlières y prononça l'oraison funèbre, qui fut en tout digne de la réputation du célèbre prédicateur.

Vers cette époque, 1672, le comte de Brienne eut l'idée de publier un recueil de Poésies chrétiennes. Celte compilation devoit être dédiée au jeune prince de Couti, à l'éducation duquel l'cxminislre secrétaire d'Etat, devenu Père de l'Oratoire, éloit jaloux de contribuer. Ce qui paroilra singulier, c'est que pensant assurer le succès de son livre, il pria l'auteur de Joconde de diriger cette publication et d'y attacher son nom. La Fontaine, qui faisoit aussi volontiers (mais non point aussi bien) des vers pieux qu'autre chose, se mil à l'œuvre : aux poésies recueillies par Brienne, il ajouta, avec quelque^ fables, une longue paraphrase du psaume IV, et orna le tout d'une épitre dédicatoire. Ce fut là sa part dans cette publication si en dehors de ses habitudes. Mauoroix, de son côté, n'avoit pu refuser son concours à l'œuvre pie. Le difficile éloit de choisir dans le bagage du poêle rémois. L'ode à Conrart et V Eglcgue sur le sacre prirent place à côlé de l'élégie pour Fouquet, cl de celle

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façon parut, sous le nom deLa Fontaine, le Recueil des poésies chrétiennes et diverses, en 3 vol. in-12, que l'on trouve assez difficilement aujourd'hui, et que par cela même peu de personnes connoissent.

Mais un travail plus important alloitêtre imposé à Maucroix par le nouvel archevêque. Fils et frère de ministres du roi Louis XIV, Charles-Maurice Le Telller, qui devoit occuper le siège de Reims l'espace de quarante ans, n'étoit encore, en 1671, qu'à sa vingt-neuvième année. Avec une figure ouverte, un teint fleuri, des traits joufflus et quelque peu sensuels, une taille qui, malgré la jeunesse, commençoit à s'épaissir, ce prélat possédoil un esprit vif, pénétrant et narquois. Quelques pamphlets du temps l'ont peint comme un gros épicurien sans lettres et sans distinction. Les passions contemporaines sont sujettes à s'égarer dans l'appréciation des hommes revêtus de fonctions élevées. Le nouvel archevêque de Reims, à des connoissances variées, à une ardeur peu commune pour le travail, joignoil un goût très-prononcé pour les sciences et les arts. Avec un penchant irrésistihie pour le faste et la représentation, un amour immodéré de la gloire, une tendance à la courtisanerie, il se montroit cependant rigoureux et zélé pour les choses de son église, et surtout fort attentif aux affaires de son diocèse. Nul prélat ne poussa plusloin la connoissance des hommes et des lieux soumis à son autorité. Charitable, il prodiguoil son bien, ménageoit celui des pauvres, et se montroit accès-

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