CLXXII MAUCROIX
que le travail fut enlevé en quinze ou seize moisi. » Le Dictionnaire français, contenant généralement tous les mots de la langue française , parut 10-4" à Genève, en 1680. Son apparition fil une profonde sensation. L'auteur avoit pris son titre au sérieux, et pius peut-être que les bienséances et les égards dus au public ne l'exigeoient. 11 donnoit, en effet, tous les mots de la langue et ne reculoil devant l'explication d'aucun: le tout assaisonné de citalions piquantes empruntées à tous les auteurs en vogue, et que fréquemment la malignité de l'éditeur dirigeoit contre des adversaires ou des personnages connus. Le scandale fut grand et le cri de haro général. La destinée du livre se ressentit de ce soulèvement. L'imprimeur Widerhold , éditeur et bailleur de fonds, en avoit introduit quinze cents exemplaires à ViUejuif; par une imprudence aveugle, il s'en ouvre à Simon Benard, libraire de la rue
1 « Cette lettre de Patru à Maucroix (ajoute M. Sainle- Beuve), donnée pour la première fois par l'alibc d'Olivct, jie sent pas du tout son vieillard de soixante-treize ans. Elle est pleine d'entrain, de cordialité, et elle a ce ton de camaraderie afTectueuse (jui se trouve si peu dans les lettres de Racine et de Boileau, et qui marque une date antérieure, llacine et Boileau, après des années d'intimité, se disoient encore ^/OJisieM»-. Patru, quand il écrit à d'Ablancourt, à Maucroix, dit «ion cher. C'est le ton de la familiarité d'avant Louis XIV. ; — J'ajouterai que cette dill'érence de ton provient aussi de ce que Racine et Boileau, en s'écrivant, no perdoieiit jamais de vue l'imprimeur et la postérité, tandis ((ue Maucroix et Patru y mettoient bien moins de prétentions et se préoccupoicnt fort peu du qu'en dira-t-on do leurs arriére-neveux.