CXCII MAUCROIX
Cependant la cour conlinuoit son œuvre contre leSainl-Siége, ellandisque de son côté Innocent XI, en réponse à la lettre de l'arclievêqne de Reims, préparoit le bref qui devoil casser et annuler tout ce qui avoit été fait dans l'afTaire de la Régale , l'assemblée, poussée aux violences et sans attendre le bref papal, arrêloit et formuloit (le 19 mars) la célèbre déclaration des Quatre Ariicles, toute la doctrine des libertés de l'Kglise gallicane, et qui devoit amener une rupture à peu près complète entre le Saint-Siège et le cabinet de S' ersailles.
Je ne sais trop quelle part Maucroix put prendre aux dernières séances qui précédèrent la promulgation de ce grand acte du gallicanisme. Dans la première quinzaine de mars , le secrétaire de l'assemblée étoit tom])é malade : les travaux excessifs de sa charge, joints aux fatigues de tout genre que le monde et les plaisirs entraînent , avoient occasionné cliez lui une inflammation algue à laquelle il faillit succomber.
L'approche de la mort n'ébranla point la constance de Maucroix. ISé avec des sens ardents et un pencliant indiciljle vers le monde cl ses joies, Maucroix n'avoit jamais rompu ni avec l'Église ni surtout avec la doctrine. Plus libertin de paroles et d'écrits que d'action et de pensée, il délestoit les impics et les athées à l'égal des hypocrites et des faux dévots.Lamortqu'ilcrut prochele Irouvadocilc aux sévères remontrances de la religion. L'assemblée tout entière prit part à ses soufl'ranccs, et l'archevêque de Reims, en cette occasion, lui témoigna
SA VIE ET SES OUVRAGES. CXClU
les sentiments de la plus vive affection. Mais grâce à son tempérament , vigoureusement trempé, Maucroix sortit de celte crise. La sérénité de son âme au milieu du danger et la résignation avec laquelle il avoit envisagé sa lin, n'enleva rien aux élans de sa joie, aux approches de la convalescence. Il avoit vu la mort sans effroi, il se remit avec transport à la vie. Les premières lettres qu'il écrit sont empreintes de ce double sentiment; mais la joie l'emporte, et, avec le danger, s'évanouissent ime à une les belles et saintes résolutions. « Mon cher, écrit-il le 24 mars à son ami Favarl, le bon Dieu n'a point encore voulu de moi. 11 me semble pourtant que j'étois bien résolu à faire le grand voyage. Je le prie, ce seigneur et maître de la vie et de la mort , quand ce sera tout de bon , car il faut que cela arrive, et le terme n'en sauroit être trop long, qu'il m'accorde les mêmes consolations que j'ai trouvées dans ce dernier péril. »
Puis dans une autre : « Je m'avance languissammeut auprès de mon feu. Je vous écris pour avoir de la joie. Diriez-vous que la vanilé ne m'a point quitté! en ce misérable état j'ai eu la hardiesse de me mirer! mais j'en ai été bien puni! Quel visage ! un nez effilé , les livrées de la mort sur toute la face! Hélas! mon cher, ce n'éloit pas la peine! Il faudra recommencer, et je n'avois plus besoin que d'un coup d'éperon pour être aubul!... »
Mais ce qui montre la liberté d'esprit dont jouissoit notre poète au plus fort de ses souffrances,