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VOUS verrez un jour que ce n'est pas sans raison. Monseigneur l'archevêque de Reims a sans doute acquis beaucoup de gloire : ma foi ! le voilà à la tête du clergé sans contredit; d'autres peuvent avoir encore des partisans, mais la foule est pour nous ; nous! c'est-à-dire monseigneur notre Archevêque. 11 est habile, sans doute, homme vif, d'un esprit pénétrant et droit, et d'un grand travail ; je l'ai vu quelquefois enfermé dix à douze heures. Sa peine n'a point été perdue, il en a recueilli les fruits fort délicieux!... »
Ces laborieuses séances avoient pour Maucroix quelques heures de répit, qu'il employoit, comme vous le devinez , avec une joie d'enfant : « J'ai campo! et ne fais œuvre de mes dix doigts! Je n'ai qu'à mettre ce qu'on a dit en bataille. C'est de l'ouvrage, Monsieur! Je retournerai tout cousu de pistoles : se sera la plus grande pitié du monde ! Dieu me pardonne, je pense que je reporterai des flambeaux d'argent ! ».... « Ah! elles me plumeront, ce dites-vous ! Eh bien, voilà pourtant, dès qu'on sait qu'un pauvre homme a quatre deniers, conjurations de tous côtés contre sa bourse ! Eh bien, il est vrai , j'ai mis ensemble quelque peu de monnoie : ne l'ai-je pas bien gagné ? et ne le gagné-jepas bien tous les jours? Travailler soir et matin , toujours grifTonuer hélas ! On ne sait pas ce que l'argent coûte ! à peine l'a-l-nn, il y a de méchantes âmes qui ne pensent qu'à vous l'enlever ! Vous qui êtes de mes amis, trouvons un peu quelque tempérament à cela : n'y a-t-il pas moyen
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qu'elles se contentent de plumer mes canards, d'écailler mes brochets? Morbleu! j'apporterai une bourse à double cadenas, puis je me moquerai des traîtresses ! »
Mais la réponse de Rome à l'acte du clergé gallican n'arrivoit point ; les impatients du parti poussoient aux violences. «I,a querelle des franchises, » dit Voltaire (justifiant ici la citation du testament Colbert), fit penser enfin que le temps étoit venu d'établir en France une Église c.ilholique, apostolique, qui ne seroit pas romaine. Le procureur de Harlay et l'avocat-général Talon le firent assez entendre ! » Ecoutons maintenant Maucroix, rendant compte à sa manière de la part qu'il prend à ces délibérations passionnées :
« Hier on donna trois nouvelles commissions, trois nouveaux bureaux établis, l'un pour la religion, le deuxième pour les mœurs, le troisième pour les réguliers. La morale s'en va êlre secouée comme il faut ! Adieu la probabilité! j'ai pour ma part un moine sur l'assiette tous les jours! Dire que ce sera moi qui leur remettrai la tète dans leur capuchon!... Or ça, mettez la main à la conscience: quand vous me voyez pestant, reniflant, hélas! eussiez-vous cru que j'eusse su tant bien faire? Ma foi, si l'on ne voit les gens en face, on ne sait ce qu'ils valent ! Tenez, je n'ai jamais cru cela non plus ; mais ils me disent : vous ferez bien ceci ! vous ferez bien cola ! Je dis comme cet homme à qui on vouloit persuader qu'il avoit fait de si belles cures : Vous diles', Messieurs , pour vos raisons ,
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que je ferai cela comme un angel Peslel — Cette commission, vous vous en acquitterez à merveille. Diantre soit! serois-je bien devenu habile sans y penser ! — Voici le fin , mon ami : nous autres gens du deuxième ordre, nous n'avons pas le mot à dire; nous avons des prélats habiles, intelligents, qui dirigent tout, et nous sommes là pour opiner doctement du bonnet. Sans vanité, je tiens là ma place aussi capable qu'un autre. 11 y a pourtant parmi ce deuxième ordre des gens terriblement savants ! Mais revenons à nos cousines!... »
C'est que les jolies cousines de Reims et de Paris tiennent toujours une grande place dans la pensée de Monsieur le Secrétaire-général; mais sa participation aux attaques contre l'infaillibilité du Pape l'expose , il le sait , à (pielques brouilles avec les dévotes : « Encore, pourvu que je ne sois pas aussi noir que charbon ! Patience ! nos cousines y prendront-elles garde de si prè> ? Elles voient bien des huguenots, des juifs , des turcs ; pensez que nous ne serons pas pis que tous ces gens-là ! Pour un peu d'excommunication, les voilà bien alarmées ! »
Puis dans cette petite correspondance, tous les propos se croisent: la Régale, les femmes, la politique, les speclaclcs et la littérature. Après un bruit de guerre qui menace nos frontières et qui seroit si fâcheuse pour nos bons chanoines de Reims, « qui auroient encore le déplaisir de voir ravager leurs dixmes, » le bon secrétaire ajoute : « Le Père Mainbourg , jadis jésuite , s'appelle maintenant M. Mainbourg : il a un grand chapeau, un beau
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collet, manteau de drap de Hollande, long d'ici à demain. Il le fait perler par un laquais jusque dans la chambre de Monsieur de Paris. Il vint hier présenter son dernier ouvrage à Monsieur de Reims. En vérité, son laqnais lui prit la queue en descendant les degrés. — Voilà pour monsieur Pinguenet. »
Mais outre le regret de Reims, les ennuis de son procès et les fatigues du secrétariat, le séjour de Maucroix à Paris fut troublé par plusieurs rudes épreuves, .^u premier rang, je mettrai la mort de Patru, que depuis sa jeunesse il aimoit presque à l'égal de La Fontaine et de Tal'.emant, et avec lequel il n'avoit cessé d'entretenir de très-intimes relations. On le sait. Patru avoit été le guide des premiers pas de Maucroix dans la carrière du barreau, et il n'avoit point tenu à cet illustre maître que notre auteur ne se fil une belle renommée au Palais.
Une tache cependant obscurcit sa gloire de fin appréciateur : on sait que Patru dissuada Boileaa d'entreprendre VArt poétique , et La Fontaine de composer des fables. Malgré cette double erreur, qui auroil pu coûter à notre littérature deux de ses plus beaux monuments , Patru n'en conserva pas moins l'estime et la considération publiques. Richelet nous apprend une particularité de sa vieillesse, qui peint la simplicité , la modération des goûts de Patru, et fait infiniment d'honneur à l'auteur du Lutrin. « Quand, à l'exemple du célèbre
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Patru ;(]il Kichelet), on s'amuse aulanl aux heaulés d'une langue qu'aux choses solides de sa profession, on ne fait pas une grande fortune. Celle de Palm ne fui pas aussi fort considérable, et sans quelquesuns de ses amis «lui le secoururent généreusement, il eût eu de très-grands chagrins. L'ami qui l'obligea davantage, ce fut M. des Préaux, à qui Palm vendit son bien. M. des Préaux le lui paya et le lui laissa pour que Palm en jouit le re->te de .sa vie. » Au moyen des ressources qu'il trouva dans ce généreux procédé, Patru put achever paisiblement sa carrière. * 11 se retira, dit encore Richelet, dans le plus beau quartier du faubourg Saint-Marceau ^rue Copeau, à ([uelques pas du Jardin-des- PJantes), en une petite maison assez agréable qui avoit un jardin, une basse-cour et toutes les petites commodités des charmants réduits de la campagne. Là il vécut en vrai philosophe chrétien, et mourut le 16 janvier 1681, doyen de l'Académie françoise, âgé de soixanle-dix-sept ans. » On connoit l'épitaphe que lui fit son ami des Réaux; elle a été publiée plusieurs fois. Celle-ci de Maucroix est moins connue, et ne laisse pas que de rendre quoique peu douteuse l'assertion de Richelet, sur la fui chrétienne de Patru :
Ci-gît le cél<^bre Patni, De qui le mérite a paru Toujours au-dessus de l'envie.
lia sagement discouru, Mais peu de la seconde vie :
Heureux s'il n'a trouve que ce qu'il en a cru !