‹ Œuvres diverses; publiéesChapitre 94 sur 204 · CXCVIII MAUCROIX · texte numérisé non relu

CXCVIII MAUCROIX

tionarium temporum, du P. Fetau. Maiicroix avoit autrefois connu l'auleur, qui, lors de l'établissement à Reims des PP. Jésuites, avoit été choisi pour premier directeur de leur collège. L'ouvrage du savant jésuite étoit resté en haute estime dans le monde littéraire ; on peut dire que ce livre est le véritable point de déptrt de la science moderne, en matière de chronologie ; Bossuet se plaisoit à reconnoître qu'il lui devoit l'idée de cette liaison d'événements dont il nous a donné, dans son immortel Discours un tableau si sublime. Dès l'année 1681, un littérateur, nommé CoUin, avoit bien publié du Rationarium une première traduction, mais outre plusieurs vices de reproduction, il avoit joint au texte de Petau, et sans les distinguer, une foule d'additions plus ou mouis suspectes, ce qui rendoit son édition peu sûre. Maucroix restitua à l'ouvrage de Petau sa primitive valeur, et sa traduction simple, exacte et fidèle, fut reçue avec applaudissements. Elle est dédiée à Jean-Jacques de Mesmes, président à mortier, et fils de ce de Mesmes, comte d'Avaux , principal auteur du traité de Weslphalie, et l'ami particulier de Conrart et de tous les gens de lettres de son époque. Ce nom d'Avaux, venoit aux de Mesmes dune terre importante des Ardennes \ où cette grande famille faisoit son séjour habituel. Sa très-grande proximité du Thour, le château de M. des Maupas, avoit établi des relations d'amitié entre les deux familles de Mesmes et de

1 A^ aux, aujourd'hui Ai-fcld, près dcRcUicl. . .

SA VIE ET SES OUVRiGES. CXCIX

Joyeuse. Maucroix avoit commencé là ses rapports avec le comte d'Avaux, qu'un goût héréditaire pour les lettres et les arts devoit porter à l'Académie. Maucroix, dans sa dédicace, fait allusion à la juste renommée des de Mesmes, autour desquels se sont groupées successivement plusieurs générations d'hommes de lettres et d'artistes, libéralement encouragés.

En cette année 1683, à Reims, eut lieu la singulière aventure de la Dame-Inconnue. On en connoit les détails qui ont été donnés ailleurs. Une dame, d'un extérieur noble et distingué, jeune et belle encore, se disant d'une des illustres maisons de France , s'éloil vue réduite à fuir son époux dont elle étoit maltraitée, sa famille qui mécounoissoit sa vertu, son pays où tout lui avoit fait faute en même temps. Persécutée, errante et mendiant de ville en ville , elle étoit arrivée aux portes de Reims, où l'avoit recueillie l'ardente charité de l'abbé Lempereur, curé de Saint-Hilaire, et promoteur de Mgr l'archevêque : homme grave, plein de droiture et de vertu. Lappui que donnoit à la belle étrangère un homme du caractère de l'abbé Lempereur, le récit qui se faisoit des malheurs et des vertus de l'inconnue, éveillèrent promptement les sympathies rémoises. En quelques mois , la protégée du promoteur, grâce aux abondantes ressources qu'il trouva dans ses relations, fut en état de se montrer et deparoilre dans le monde. Pieuse et pleine de charité, elle hantoit les églises, visi-

ce MADCROIX.

loit les prisons, assistoit les malades et se faisoil la providence des malheureux. Dans le zèle qui l'enilammoit pour des misères qui longtemps avoient été les siennes, elle vouloit étendre le bienfait de l'assistance à toutes les classes souirrantes de la société, et revoit des établissements d'utilité publique. Le moment, à Reims, cloit des plus favorables : l'air étoitaux créations de ce genre. Quelques années auparavant avoit eu lieu, par les soins d'une Colbert, la fondation de la Maison de Sainte- Marthe, dite des Magncuses. C'éloil l'époque de Marie Brisset, veuve Yarlet, fondatrice de la maison dite Notre-Dame de Pureté; de madame Maillefer, qui, de concert avec le vertueux Rolland, créoit l'hospice del'Enfanl-Jésus; de Jean-Baptiste I.asalle surtout, l'immortel fondateur des écoles chrétiennes, dites des Petits-Frères.

C'est qu'il faut rendre justice à la ville de Reims: une pensée généreuse n'est jamais éclose stérile dans ses murs; et malgré les petites rivalités de classes, l'esprit de charité y a toujours opéré des miracles, la bienfaisance y étant la vertu de tous. Qu'il y soit question d'une bonne œuvre, d'une famille dans la misère à secourir, ou d'une fondation philanthropique, il faudra de l'argent; le Rémois en trouvera : tous donneront, tous voudront contril)uer. Le riche i)rendra sur son superflu , le malaisé sur le nécessaire, l'ouvrier réduira son salaire, l'artisan sa main-d'œuvre. Une noble émulation se propage, enflamme les esprits: on rougit de ne pas faire comme tout le monde, et l'œuvre

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