SA VIE ET SES OUVRAGES. CCI
puise des ressources jusque dans la vanité. Bref, l'argent arrive à flots, il est trouvé! — Mais voici venir les obstacles : l'administration n'a point été consultée; or rien ne peut se faire à son insu, sans son avis et son concours. Dès lors commencent les formalités puériles, les enquêtes tracassières, les insinuations malveillantes, les procédés injurieux, les persécutions, les déboires de tout genre qui refroidissent le zèle, découragent le dévouement et font avorter les plus sublimes conceptions de la bienfaisance.
L'administration, a dit un écrivain moderne, est la chausse-trappe du progrès.
Je suppose que l'auteur de cet apophtegme mal sonnant entendoit parler de l'administration d'autrefois; car au .wii": siècle, tels furent les obstacles qui arrêtèrent durant longues années l'établissement des Magneuses, qui ruinèrent la courageuse Brisset, qui contraignirent madame Maillefer à quitter Reims, et qui procurèrent àla ville de Rouen l'honneur insigne d'être, au refus de Reiras, le berceau des écoles chrétiennes.
Suivant ses traditions séculaires, l'administration voulut intervenir dans les projets de la Dame- Inconnue. Le haut patronage et le concours puissant de toutes les ])onnes âmes et de tous les gens riches de la ville, ne purent l'arrêter dans ses investigations : elle voulut voir clair dans l'affaire que proposoit l'abbé Lempereur. De méchants bruits couroient à la vérité sur la noble étrangère : sa dévotion excessive, quelques relations équivoques,
CCII MALCROIX.
ses prodigalités inexplicables, son ardente passion pour les malheureux, mais plus que tout cela, des dettes criardes et des commérages de quartier, commençoient à éveiller tous les soupçons. Maucroix, le premier, se rendillinlerprète des inquiétudes croissantes, par cette épigramme qui courut tout Reims:
A la Dame-Inconnue ».
A quoi bon taul de charités,
Tanlcourhà l'iglise?
Sait-on pas que vous vous frottez
A gens de loulc guise !
Cessez donc de tremper vos doigts Deux fois dans l'eau bénite :
C est trop d'être tout à la fois Câlin et hypocrite!
Le trait étoitvif : il brouilla un instant Maucroix
1 La première manière de l'Art déplumer la poule sans
mer (pamphlet principalement dirigé contre les traitants), Cologne, KiOO, in-lf!, commence par un récit assez ample de cette singulière mystification, et ce récit a pour titre : Sous prétexte d'une extrême dévotion, une femme d'esprit plume extraordinairement le poulie, dans la ville de Reims en Champagne. J'ai publié en 1838, dans le Journal de Reims, une sorte de roman des intrigues et des dupes que fit cette insigne voleuse. Depuis, j'ai retrouvé une comédie inédite, en cinq actes et en vers, du temps et sans nom d'auteur, intitulée : Le véritable historien ou la Dame-inconnue. M. Brissart Binet, libraire à Reims, vient de réimprimer l'historiette de V.irt de plumer la poule dans sa charmante collection intitulée: Bibliothèque de l'amateur rémois, in-2i, format cazin.