‹ Œuvres diverses, Volume 5Chapitre 71 sur 94 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Bet tèmoiffiMiffet qui ont été rendus à sa vertu et principalement 4e sa dévotion an très^alnt Sacrement, à la pasrion de Votre 8ei|:neur et à la Sainte Vierge.

- Après les illustres éloges que notre grand Fondateur a donnés à la piété de cette bonne sœur, et l'estime que notre très-digne Mère en a témoignée en un si grand nombre de rencontres, et durant sa vie et après sa nwrt, il semble que toute autre louange est superflue et dimi- •jiutive. Je ne peux néanmoins supprimer ce qu'ont encore dit de sa vertu trois de nos mères, qui en avoient été les témoins.

Notre très-honorée mère Péronne- Marie de Châtel en écrivit en ces termes à nos monastères : « Je ne pour- « rois celer, sans injustice, que je suis vivement touchée « de la perte que notre cher monastère d'Annecy a faite « en la mort de notre toute vertueuse Anne-Jacqueline « Coste. Après avoir connu le fond de son intérieur, ayant « été sa directrice, je dois rendre ce témoignage devant

a Dieu et assurer que c'étoit une fille admirable pour son « rang et remplie de Tesprit de Dieu en sa conduite. »

a Elle avoit demeuré deux ans en sa probation, mais « croyez qu'elle fut de la bonne sorte. Notre vénérable « Fondateur disoit que c'étoit une fille du choix de Dieu. « Et certainement cela paroissoit avec une grande évite dence en toutes occasions, Dieu l'ayant avantagée de « toutes les qualités convenables aux fonctions auxquelles » il l'avoit destinée, et la préservant encore miraculeu- (( sèment de plusieurs dangers.

« Comme elle avoit une particulière dévotion au bon (( ange de ce vénérable Fondateur, un jour, servant aux « ouvriers qui travailloient au bâtiment de l'église, « ouvrage dont elle avoit la conduite, elle tomba sur une « planche, de la hauteur de plus de trente pieds, chargée « de mortier. Chacun accourut au bruit, croyant la « relever morte, ou le corps tout brisé entre de gros « quartiers de pierres ; mais on la trouva à genoux qui « rendoit grâce à Notre Seigneur, avec un visage doux « et riant et sans aucun mal ; et moi, étant accourue, « je lui demandai par quelle grâce elle avoit été préser- « vée? Elle répondit : Lorsque la planche m'a manqué « sous les pieds et que j'ai connu que j'allois trébucher, « j'ai invoqué l'ange de Monseigneur notre bon Père, et « ce charitable esprit, au même instant, m'a soutenue et « portée sensiblement sous les bras, et m'a déposée dou-

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<i cernent entre les pierres, comme sur un lit mortel. J'ai « connu sa présence et sa protection par un signe trèsce sensible, mais ce n'est pas l'ange du diocèse, c'est « l'ange qui étoit avec lui dans Genève, lorsqu'il me fit « la grâce de me donner la sainte Communion ; je le (( connois bien.

« Une autre fois, cette bonne sœur faisant travaillera « un moulin, la roue, dont elle étoit proche, fut lâchée « inconsidérément, et le'mouvement devoit l'entraîner « et lui briser tout le corps. Comme elle eût invoqué « son bon ange et celui de son pasteur, la roue s'arrêta « tout court, contre la rapidité de l'eau. Elle alla raconter « candidement cet effet merveilleux à Monseigneur, lui « disant : Je supplie votre charité de remercier pour moi « votre bon ange, qui me rend de si bons services ; c'est « ici le deuxième péril de la mort, dont il m'a préservée; « tous ceux qui les ont vus m'assurent que, sans une « assistance' invisible, j'aurois dû être terrassée. Mon- « seigneur lui répondit : Oui, ma fille, je le ferai très- « volontiers, mais suppliez aussi le vôtre qu'il me rende (( la pareille, et qu'il ait la charité de m'assister mainte- « nant et à l'heure de ma mort. »

« Ce vigilant pasteur, faisant la visite de son diocèse, « nous écrivit un jour sur un sujet très -important, (( ces avantageuses paroles, qui font connoitre la haute « estime en laquelle il avoit la piété de cette fille, et le

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« sacré commerce, qui étoit entre leurs bons anges,

« pour leur assistance réciproque. Je salue tout à part

(( notre chÀre fille Anne-Jacqueline; quelle se souvienne

« plusieurs fois le jour de me recommander à son bon

n ange. En un autre billet, il dit ces douces paroles :

« Que notre sœur Anne-Jacqueline ne croie pas que je

« puisse la mettre en oubli! Oh ! non vraiment, elle est

« trop ma fille et la favorite de mon bon ange,

« Lorsqu'elle entroit dans le monastère, selon les

« diverses occurrences, je la considérois comme une

« abeille qui venoit recueillir sur les bons exemples de

{( nos sœurs, et sur les fleurs de nos sacrés exercices, le

« miel de la sainte dévotion, qu'elle distribuoit après

« aux personnes séculières avec lesquelles elle étoit

« obligée de traiter.

« Elle avoit reçu de Dieu le don de larmes si parfai-

« tement, qu'il ne me souvient point d'avoir pu la trou-

« ver une seule fois en la présence du saint Sacrement,

/)) sans voir les pleurs couler abondamment sur son

i « visage ; et j'ai observé le même, lorsqu'elle disoit son

« chapelet ou qu'elle étoit en oraison devant quelque

« image de la Vierge, et lorsqu'elle voyoit le crucifix ou

« qu'elle entendoit discourir de la mort et passion de

« Notre Seigneur.

« Je sais encore qu'en une autre occasu)n, notre

(( bonne sœur ayant visité une pauvre femme vieille, et

ir

« qui étoit malade à rextrémité dans une étable, el fait « apporter le saint viatique, cette pauvre presque ago- « nisante, par un défaut d'estomac, vomit peu de mo- « ment après, la sainte hostie dans un méchant plal de « bois. Cette chère sœur, qui se trouva présente, par un « sentiment extraordinaire de révérence au très-saint « Sacrement, se mit à genoux, et surmontant toute « rhorreur et la répugnance de la nature, elle avala « courageusement tout ce que la pauvre malade avoit « vomi. »

Notre très - honorée sœur Françoise - Marguerite Favrot dit, entre plusieurs autres éloges, qu'en son humilité elle protesloit souvent qu'elle croyoit non-seulement être indigne de vivre dans le monastère, mais encore d'être foulée aux pieds des sœurs. Ayant dit une fois à notre vénécable Fondateur, par manière d'un divertissement innocent, qu'elle avoit enseigné à notre très-digne Mère et à ses deux premières compagnes, au commencement de l'Institut, la manière de laver les écuelles, et que ces dignes Mères, que Dieu avoit douées d'une si rare intelligence en toute autre chose, avoient appris d'elle cette fonction; quoiqu'elle l'eût dit sans mauvais dessein, il lui en vint un gros scrupule. Elle disoit qu'un orgueil subtil s'étoit glissé parmi ces paroles, et une secrète présomption de savoir faire cette action, quoique vile, mieux que les autres, et qu'il y avoit tou-

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jours quelque teinture de la vanité en un discours où elle avoit parlé avantageusement de soi ; et jamais l'on ne faisoit la mémoire de cet entretien, que les larmes ne lui en vinssent aux yeux. La même très-honorée mère Favrot a rapporté plusieurs fois que notre vénérable Fondateur, lui parlant de la sœur Anne-Jacqueline, disoit : « Le tour de notre monastère est gardé par une sainte. »

Je dois dire, pour conclure ce récit, que notre vénérable Fondateur se proposoit son exemple pour modèle de tranquillité intérieure et imperturbable dans la multitude des affaires. J'ajoute que notre très-digne mère De Chantai avoit conçu un sentiment si avangeux de sa fidélité à Dieu et de sa conduite charitable envers le prochain, qu'il ne se présentoit jamais occasion de parler de la piété de cette tourière, qu'elle ne lui donnât quelque nouvel éloge, assurant qu'elle ressentoit des mouvements intérieurs très-pressants pour l'invoquer. Fortement persuadée que la bonne Jacqueline étoit dans le ciel et très-puissante devant Dieu, elle avoit une sincère confiance d'être exaucée par les intercessions de cette sienne servante.

DIEU SOIT BÉNI

VIVE JÉSUS

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