CHAPITRE IV
Be tm fidélité en tes ezeroioefl et de son heureux trépas.
Comme elle vit que les médecins désespéroient de sa guérison, elle dit à vSa maîtresse qu'elle n'avoit jamais désiré de vivre plus longtemps que jusqu'au jour de sa profession, ou du moins, jusqu'à Theure en laquelle elle avoil espéré de recevoir Thabit de novice; néanmoins, ajouta-t-elle, ma chère mère, puisqu'il plaîi à Dieu de couper le fil de ma vie devant que je reçoive cet honneur, je me soumets humblement à sa sainte volonté, je l'adore et y acquiesce de tout mon cœur ; mais, je vous conjure, notre chère maîtresse, de redoubler vos soins et de veiller sur mon pauvre esprit et de vouloir m'averlir ponctuellement de tout ce que je dois faire et que Dieu exige de moi pour m'aider h bien mourir.
On ne peut exprimer dignement la fidélité de cette petite créature en ses exercices sur cette extrémité. Elle avoit accoutumé depuis deux ans d'offrir tous les jours à
MARIE-SÉRAPHIÛUE DE CHAMFLOURS. 443
la Sainte Vierge, son chapelet de pratiques de vertus, Elle continua la même dévotion jusqu'à la fin, et comme les maux excessifs qu'elle souffroit lui en fournissoient de fréquentes occasions, par-dessus son nombre ordinaire, elle s'assujettissoit à en compter tous les jours, jusqu'à soixante et dix, pour ne point manquer à sa sainti^ résolution et à sa dévote entreprise.
Voyant approcher sa fin, elle demanda avec une trèshumble et très-affective instance, la grâce de faire les vœux sacrés de la religion ; cela lui ayant été accordé, elle les prononça distinctement et avec une ardeur qui fit connoître Fembrasement de son âme : et, incontinent après, elle reçut le sacré Viatique. Elle eût dit, sans doute, ensuite, plusieurs excellentes paroles, dans l'amoureuse disposition où elle paroissoit : mais la paralysie s'étant jetée sur l'organe de la voix, trois semaines avant son décès, on avoit peine de l'ouïr, et il falloit mettre Toreille presque sur sa bouche pour entendre ses douces paroles; ce qui augmentoit son tourment, faisant connoître qu'elle avoit de belles choses à dire, mais son jugement demeura sain et entier jusqu'au dernier soupir.
L'heure de son heureux trépas approchant, elle reprit un peu de vigueur, et Dieu (à qui son cœur avoit amoureusement parlé durant tout le cours de sa vie) lui rendit libre l'usage de la parole en cette agonie. Elle prit congé de nos sœurs qui fondoient en larmes de consola-
444 MARIE-SÉRAPHIQIE DE CHAMFLOLRS.
tion et de douleur, et, les ayant remerciées très-alfectueusement de leur charité, elle leur dit adieu pour ne lesvoirplus en c^ monde, ajoutant : «J'espère, mes chères soeurs, qu'après ma mort vous exercerez la même cha" rite envers mon âme que vous avez eu la bonté de pratiqmx p^ur secourir ce pauvre et chétif corps durant ma vie. »
Ensuite de quoi, jetant doucement les yeux sur une sienne sœur qui étoit religieuse dans le même monastère, elle lui dît d'un accueil tendre et d'une voix languissante : « Adieu, adieu, ma chère sœur, ne pleurez point sur le I repas d'une sœur qui remet son esprit entre les bras delà divine Miséricorde; et ayant fait un amoureux élan, et prononcé dévotement les sacrés noms de Jésus, Maria, Joseph, elle rendit sa bénite ànie entre les mains de l'Époux céleste, qu'elle avoit uniquement aimé, laissant la communauté autant bien édifiée des exemples de sa vie que touchée du sentiment de sa mort, qui arriva le 14* d'octobre de la même année 1634.
DIEU SOIT BE?iI
VIVE JESUS 1