‹ Œuvres dramatiques (volume 2)Chapitre 110 sur 363 · SEMPRONIE ET OCTAVIUS · texte numérisé non relu

SEMPRONIE ET OCTAVIUS

Scigueur!...

SCIPION

Avec regret je descends dans la tombe.

Rome, après tant d'horreui*s que vas-tu devenir? Vous que j^aimais y adieu ^ gardez mon souvenir.... Venez... .c'est dans vos bras.. ..cherami....Sempronie.... Grands dieux, prenez pitié de ma triste patrie!

FIK DE SCIPIO> ÉMILIF.N

COMÉDIE HÉROÏQLE.

NOTICE

WK

r^orsquc je composai cette petite pièce, je travail* lais h la tragédie de Scipton Èmilien. Ce fut un repos, une vacance que je me donnai; et cette distraction m*ëtait vraiment nécessaire, car j'éprouvais une sorte de fatigue et d'épuisement d'esprit à ne m'occuper que de vers pompeux, de grands sentiments et de personnages austères; j'avais besoin de détendre mon imagination, de me reposer sur des pensées plus gracieuses, enfin, d'abandonner la politique pour parler un peu d'amour.

Alexandre et Apclle est une esquisse où j'ai cherché à mettre du sentiment et de la grâce, mais ce n'est point une comédie. La comédie, telle que je la comprends, est bien autre chose ; et l'âge que j'avais lorsque j'écrivis cette bagatelle mettait hors de ma portée un genre d'ouvrage qui, avant tout, exige dans l'auteur une grande connaissance des hommes, et par cela même une certaine maturité. Des tragédies de premier ordre ont été composées par de très-jeunes

gens; mais il n y a pas d'exemple qu'aucun ait fait une comédie passable. Et cela se conçoit; la tragédie exprime des sentiments et des passions que tout le monde peut ressentir ou deviner; tandis que la comédie étant la peinture des mœurs, des ridicules et des travers de la société, une telle œuvre ne peut être le fruit que de l'observation, de l'étude et de l'expérience.

J'ai cru devoir écrire cette pièce en vers libres. Ce rhythme, qui n'exclut pas la force, comporte une sorte d'abandon et de mollesse qui convenait à mon sujet. D'ailleurs, avec le costume grec et le vers alexandrin, mon petit drame eût eu nécessairement une allure tragique que je voulais éviter. J'ai été entraîné, il est vrai, dans les morceaux d'enthousiasme et de passion, à prendre un peu le ton de l'ode; mais le langage tragique eût été, je crois, un inconvénient plus grave encore.

Bien écrire en vers libres est d'une difficulté extrême, d'une difficulté beaucoup plus grande qu'on ne se l'imagine généralement. D'abord, la faculté qu'a le poëte d'entremêler à son gré les rimes masculines et féminines, ainsi que les vers de différentes mesures, est un piège continuel tendu à sa paresse, et il lui faut bien des efforts, un travail bien consciencieux pour se défendre du style lâche, flasque et prolixe. Ne dire que ce qu'il faut, et le dire comme il le faut , c'est, en vers libres surtout, le grand problème à résoudre. En second lieu, le choix des mesures et Far-

ffOTICE SUR ALEXANDRE ET APELLE. 191

rangement des rimes exigent une finesse de tact, une dëlicalessc doreille qui sont fort rares, même chez les écrivains les plus exerces, et sans lesquelles cependant il est impossible de réussir dans ce genre de versification. D'oïl vient que certains morceaux , remplis d*ailleursde pensées heureuses, exprimées m vers élégamment tournés, ne satisfont pas Tauditeur, et sans qu*il puisse même expli()uer ce qui le blesse ou lui déplaît? Cela tient souvent à bien peu de chose: en tel endroit il eût fallu deux rimes plates au lieu de deux rimes croisées; et plus loin, un vers de huit pieds au lieu d'un vers de do6ze. Toucher juste dépend uniquement de notre organisation; cette faculté ne s'acquiert pas, c'est la nature qui la donne.

Il existe fort peu de comédies écrites en vers libres. K^rhs jémpliUtyon, et en ne citant que des ouvrages restés au théâtre, je ne me rappelle guère que le Jaloux sans amour, les Trois sultanes, Dupuis et Desronais^i Y Amant bourru. Aucune de ces pièces ne me semble bien écrite. Imbert est tourmenté et prétentieux ; Favart, lâche et délayé; Collé, lourd et diffus; enfin les vers de Monvel ne sont que do la prose barbare à laquelle il a cloué de mauvaises runes. Molière seul est admirable, comme il l'est toujours et partout.

Cependant, je l'avouerai , il a posé, dans la versification d'Amphitryon, une règle que je ne saurais adopter. Je veux parler du retour fréquent de vers féminins ou masculins qui se suivent immédiatement

sans rimer ensemble. Ainsi, par exemple, on trouve dans la même page :

Ravir toute l'honnêteté.

Cette vapeur dont vous me r^alez

On ne peut pas sauver ce que de vous j'écoute . Laissons un peu cette vapeur, Alcmène.

Finissons cette raillerie.

Quoi 1 vous osez me soutenir en face.

Monsieiw, son esprit est tourné.

Alcmène, au nom de tous les dieux.

Sans doute je vais exciter l'indignation de ces gens qui n'admettent pas qu'il puisse y avoir des taches dans le soleil; sans doute ils diront de moi ce que Mercure dit de Sosie :

Comme avec irrévérence Parle des dieux ce maraud !

mais , j'ose le répéter, ces rimes ainsi accouplées me paraissent un défaut ; elles répugnent à mon goût et déplaisent à mon oreille.

Je fais cette observation pour les jeunes auteurs, s'il en est aux mains desquels tombe un jour ce manuscrit. Qu'ils étudient, qu'ils méditent Molière; mais que l'éclat de ses beautés ne les aveugle pas sur ses rares et légères imperfections ; qu'ils reconnaissent

NOTICE SUH Af.RXANDRIC ET APEI.LE. lO.l

qu*au milieu de tant de chefs-d œuvre* qui doivent :i jamais servir de modèle, la faiblesse humaine se trahit aussi quelquefois; qu*ils étendent le manteau sur les fautes du grand homme , mais qu*ils se gardent de les imiter. Cest le maître qui Ta dit lui-même :

Quand «ur une personne on prétend «e régler, Ce«t par let beaux cAté* qu'il lui faut rrMembler.

A Tépoque où je lis jouer Alexandt-e et ApeUe^ les auteurs dramatiques ne formaient pas une association , mais ils vivaient unis entre eux, ils se consultaient sur leurs ouvrages y ils avaient les uns pour les autres des égards et des procédés. Les doyens accueillaient les débutants, les encourageaient, leur donnaient des conseils désintéressés , et se faisaient un bonheur de leur aplanir les obstacles. C'est qu'alors , en travaillant pour le Théâtre-Français, on cherchait avant tout à acquérir un peu de gloire ; et la gloire est une source intarissable où chacun peut puiser sans porter préjudice à ses rivaux. Mais il n'en va plus de même quand c'est de l'argent qu'on demande ; on se le dispute , on tâche à se l'arracher, car il n'y en a pas pour tout \v monde.

Je me rappelle avec attendrissement et reconnaissance mes premiers pas sur la scène française. Les auteurs les plus estimés alors, applaudii*cnt à mon succès et vinrent au-devant de moi. Mon nom n'avait pas encore paru sur les affiches , que déjà Haynouard , Andrieux, Picard, Duval (je ne cite que ceux qui I. 13

irexisteiit plus) me tendaient la main, m'ouvraient leurs rangs, et faisaient fête à leur jeune confrère. Ainsi, dès mon début dans la carrière, je trouvai des protecteurs et des amis dans ceux qui la parcouraient depuis longtemps; je me vis même recherché par des littérateurs qui n'ont point écrit pour le théâtre, tels que le comte Daru, Auger, etc. , etc. Voilà comment les écrivains de renom accueillaient alors les jeunes auteurs qui leur semblaient donner quelques espérances. En est-il de même aujourd'hui ? c'est possible ; mais on me permettra d'en douter.

Si les gens de lettres furent bienveillants pour moi, j*eus également à me louer des comédiens. Je me présentais chez eux avec un bagage bien léger ; ils ne m'en reçurent pas moins avec empressement , avec ces formes élégantes et polies qui distinguaient alors la Comédie-Française. Mon petit drame, amélioré par leurs conseils , fut monté avec autant de zèle que s'il se fût agi d'un ouvrage a recettes ; rien ne fut épargné pour la mise en scène ; et, dès que mon tour fut arrivé, je subis la grande épreuve des quinquets.

Je dis des que mon tour fut arrivé , parce qu'en ce temps-là, les pièces reçues avaient au Théâtre-Français ce qu'on appelait leur tour de réception. .Comme on ne comprend sans doute plus aujourd'hui ce que cela signifie, je vais l'expliquer. Tous les ouvrages admis par le comité de lecture étaient aussitôt inscrits sur un registre , à la suite des pièces du même genre et de même dimension qui avaient été reçues antérieiu'e-

NOTICE SUR ALKXAnDRIi ET APELLE. 196 ment; c'cst-à-diro que les tragédies prenaient rang après les tragédies, les (^mcdies en cinq actes après les comédies en cinq actes, etc. , etc. G;tte inscription devenait un droit pour Tauteur, et chaque ouvrage était mis à letudc et représenté suivant Tordre dans lequel il avait été inscrit, et la classe à laquelle il appartenait ; car il était indispensable de faire succéder un genre à un autre , afin de reposer les acteurs et de varier le rt^pertoire. Cependant , comme il pouvait se trouver à la suite Tune de lautre plusieurs tragédies ou comédies dont le mérite, quelque réel qu'il fût, ne suffit pas pour remplir la caisse; et que, d'un autre coté, il était convenable de laisser aux comédiens un moyen de témoigner leur gratitude aux auteurs qui avaient obtenu d'éclatants succès , le règlement portait qu'après deux tours de droit, il pourrait ^trc accordé un tour de faveur. Voilà quelles étaient les règles établies autrefois au Théâtre-Français. Ainsi, il y avait justice pour tous : les intérêts des comédiens étaient ménagés, chaque ouvrage était joué à son rang d'inscription dont rien ne pouvait le déposséder, et les auteurs plus particulièrement avoués du public jouissaient tour«i tour d'un avantage que personne ne songeait à leur contester.

On assure que ce règlement n'existe plus , ou du moins qu'il n'est plus exécuté ; on afRrme qu'il y a des auteurs qui prétendent exploiter seuls le Théâtre- Français , et qui ne permettent de jouer les pièces de leurs confrères que lorsqu'ils n'en ont pas qui soient

en ëtat d'êire mises à rétude; on dit que d'autres auteurs, ou peut-être les mêmes, exigent et se font payer de fortes primes pour la lecture seule de leurs ouvrages ; enfin on répand, sur les arrangements qui se font aujourd'hui de gré à gré entre quelques gens de lettres et les comédiens , des choses plus incroyables les unes que les autres, et auxquelles je ne saurais ajouter foi. Au reste, et grâce au ciel ! tout cela ne me regarde plus; et, de crainte d'en trop dire, je termine ici brusquement ma notice sur Alexandre et Apelle,

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