JUSTINE, AGATHE
AGATHE
Non, ne m'en parle plus.
JUSTIN K
Quel étrange caprice î Vous voulez fuir Belval?
AGATHE
El je lui rends justice.
JUSTINE
Bon!
AGATHE
Ne te moque pas; c*est bien certain.
JUSTINE
Ainsi , Vous ne Taimez donc plus?
AGATHE
Non vraiment. Dieu merci!
JUSTINE
A la bonne heure. Mais quand monsieur votre père Vous a fait ce matin la défense sévère De songer à Belval , de jamais le revoir. Pourquoi donc ces regrets, ces pleurs, ce désespoir?
Ik
De votre oncle pourquoi réclamer l'assistance? Sont-ce là des effets de votre indifférence?
AGATHE
Que veux-tu? dans mon trouble, il faut en convenir, Oui, j'avais de ses torts perdu le souvenir; Mais ils se sont bientôt offerts à ma pensée: Leur image à présent n'en peut être effacée.
JUSTINE
Il est donc bien coupable?
AGATHE
Ab ! Justine !... tiens, voi ; Je te fais notre juge, et m'en rapporte à toi. Chez mon oncle Dormeuil nous passions la soirée ; Au plaisir le plus doux mon âme était livrée; J'avais tout oublié, mes peines, mon ennui; J'étais heureuse, enfin!... j'étais auprès de lui. Il m'exprimait ses vœux et l'espoir qui l'enflamme , Lorsque dans le salon entre une grande dame , Peu jolie, il est vrai, mais coquette !.... oh ! beaucoup. Elle aperçoit Belval; voilà que tout d'un coup, Et sans autre façon, Justine, elle l'appelle, Et l'engage à venir se placer auprès d'elle. Il y va !
JUSTINE
Se peut-il? c'est une indignité!
AGATHE
Ah ! je n'invente rien , je dis la vérité ;
Il y va : mais, bien plus, avec elle il demeure;
Entre eux, sans voirpersonne, ils jasent plus d'une heure;
ACTB III , SCÈNR I. 390
Et moi , le coeur gonfle, toute seule en un coin , De leurs discours secrets je reste le témoin.
JUSTINK.
Quelle horreur!
AGATHE
Tu le vois ; je t*avais avertie.
Heureusement enfin cette dame est sortie; Belval sVst rapproché; mais alors à mon tour Je Tai laissé.
JUSTINE
Fort bien. Après?
AGATHE
Depuis ce jour Je ne Fai pas revu.
JUSTINE
Vraiment la chose est claire :
Une femme tout bas parler à son notaire ! Cela n*a pas d*exemple ! Oui , vous avez raison , Un pareil entretien cache une trahison : La fourbe, après cela, n*est que trop confirmée, £t de Belval jamais vous ne fûtes aimée.
AGATHE
Jamais !... Ah ! peux-tu donc oublier aujourdliui Tous ces gages d*amour que je reçus de lui ? Tu le sais, de son cœur Tingénieuse adresse M'environnait partout de marques de tendresse : Dans le mçbde, au milieu des plus froids entretiens, Je sentais ses regards solliciter les miens; Aux intérêts publics sachant mêler les nôtres. C'est à moi qu'il parlait en répondant aux autres.
Aisément sur mon cœur il acquérait des droits ; J'étais persuadée au seul son de sa voix. Le mensonge n'a pas cet ascendant extrême : Pour inspirer l'amour il faut aimer soi-même.
JUSTINE
Oui , peut-être autrefois ses vœux irrésolus.... Mais il est bien certain qu'il ne vous aime plus.
AGATFIE.
Justine, tu le crois?
\ JUSTINE
Ma foi, mademoiselle....
AGATHE
Il m'avait tant juré d'êlre toujours fidèle! Est-ce qu'on peut ainsi changer de sentiments, Oublier son amie, et trahir ses serments? Non , Justine , crois-moi , s'il m'afflige , il l'ignore ; Et quelque chose là me dit qu'il m'aime encore.
JLiSTINK.
Enfin voilà parler! Mon Dieu , que de façons! Que vous êtes enfant avec tous vos soupçons !
AGATHE
Oh ! toi, tu ris de tout.
JUSTIWE.
Et j'ai raison de rire.
AGATHE
Mais à quoi cet amour pourra-t-il me conduire ? Les volontés d'un père ont sur moi tout pouvoir.
JUSTINE
Sans doute , et lui complaire est pour vous un devoir.
ACTIf; 111, SCÈNE 11. 331
Imitez donc ses goûts y laissez là vos sornettes; Fréquentez comme lui des faiseurs de gazettes.
▲GATHfc.
£s-tu folle?
JDSTINli.
Et d'abord pour changer votre cœur , Je vais vous présenter un certain rédacteur....
AGATHE
Quel discours ?
JUSTINE
il saura vous plaire, je m'en flatte.
Vous allez voir.... Ou vient.... c'est lui.