‹ Œuvres dramatiques (volume 2)Chapitre 177 sur 363 · JUSTINE, AGATHE · texte numérisé non relu

JUSTINE, AGATHE

AGATHE

Non, ne m'en parle plus.

JUSTIN K

Quel étrange caprice î Vous voulez fuir Belval?

AGATHE

El je lui rends justice.

JUSTINE

Bon!

AGATHE

Ne te moque pas; c*est bien certain.

JUSTINE

Ainsi , Vous ne Taimez donc plus?

AGATHE

Non vraiment. Dieu merci!

JUSTINE

A la bonne heure. Mais quand monsieur votre père Vous a fait ce matin la défense sévère De songer à Belval , de jamais le revoir. Pourquoi donc ces regrets, ces pleurs, ce désespoir?

Ik

De votre oncle pourquoi réclamer l'assistance? Sont-ce là des effets de votre indifférence?

AGATHE

Que veux-tu? dans mon trouble, il faut en convenir, Oui, j'avais de ses torts perdu le souvenir; Mais ils se sont bientôt offerts à ma pensée: Leur image à présent n'en peut être effacée.

JUSTINE

Il est donc bien coupable?

AGATHE

Ab ! Justine !... tiens, voi ; Je te fais notre juge, et m'en rapporte à toi. Chez mon oncle Dormeuil nous passions la soirée ; Au plaisir le plus doux mon âme était livrée; J'avais tout oublié, mes peines, mon ennui; J'étais heureuse, enfin!... j'étais auprès de lui. Il m'exprimait ses vœux et l'espoir qui l'enflamme , Lorsque dans le salon entre une grande dame , Peu jolie, il est vrai, mais coquette !.... oh ! beaucoup. Elle aperçoit Belval; voilà que tout d'un coup, Et sans autre façon, Justine, elle l'appelle, Et l'engage à venir se placer auprès d'elle. Il y va !

JUSTINE

Se peut-il? c'est une indignité!

AGATHE

Ah ! je n'invente rien , je dis la vérité ;

Il y va : mais, bien plus, avec elle il demeure;

Entre eux, sans voirpersonne, ils jasent plus d'une heure;

ACTB III , SCÈNR I. 390

Et moi , le coeur gonfle, toute seule en un coin , De leurs discours secrets je reste le témoin.

JUSTINK.

Quelle horreur!

AGATHE

Tu le vois ; je t*avais avertie.

Heureusement enfin cette dame est sortie; Belval sVst rapproché; mais alors à mon tour Je Tai laissé.

JUSTINE

Fort bien. Après?

AGATHE

Depuis ce jour Je ne Fai pas revu.

JUSTINE

Vraiment la chose est claire :

Une femme tout bas parler à son notaire ! Cela n*a pas d*exemple ! Oui , vous avez raison , Un pareil entretien cache une trahison : La fourbe, après cela, n*est que trop confirmée, £t de Belval jamais vous ne fûtes aimée.

AGATHE

Jamais !... Ah ! peux-tu donc oublier aujourdliui Tous ces gages d*amour que je reçus de lui ? Tu le sais, de son cœur Tingénieuse adresse M'environnait partout de marques de tendresse : Dans le mçbde, au milieu des plus froids entretiens, Je sentais ses regards solliciter les miens; Aux intérêts publics sachant mêler les nôtres. C'est à moi qu'il parlait en répondant aux autres.

Aisément sur mon cœur il acquérait des droits ; J'étais persuadée au seul son de sa voix. Le mensonge n'a pas cet ascendant extrême : Pour inspirer l'amour il faut aimer soi-même.

JUSTINE

Oui , peut-être autrefois ses vœux irrésolus.... Mais il est bien certain qu'il ne vous aime plus.

AGATFIE.

Justine, tu le crois?

\ JUSTINE

Ma foi, mademoiselle....

AGATHE

Il m'avait tant juré d'êlre toujours fidèle! Est-ce qu'on peut ainsi changer de sentiments, Oublier son amie, et trahir ses serments? Non , Justine , crois-moi , s'il m'afflige , il l'ignore ; Et quelque chose là me dit qu'il m'aime encore.

JLiSTINK.

Enfin voilà parler! Mon Dieu , que de façons! Que vous êtes enfant avec tous vos soupçons !

AGATHE

Oh ! toi, tu ris de tout.

JUSTIWE.

Et j'ai raison de rire.

AGATHE

Mais à quoi cet amour pourra-t-il me conduire ? Les volontés d'un père ont sur moi tout pouvoir.

JUSTINE

Sans doute , et lui complaire est pour vous un devoir.

ACTIf; 111, SCÈNE 11. 331

Imitez donc ses goûts y laissez là vos sornettes; Fréquentez comme lui des faiseurs de gazettes.

▲GATHfc.

£s-tu folle?

JDSTINli.

Et d'abord pour changer votre cœur , Je vais vous présenter un certain rédacteur....

AGATHE

Quel discours ?

JUSTINE

il saura vous plaire, je m'en flatte.

Vous allez voir.... Ou vient.... c'est lui.

Page 1