ACTE 111, SCf^NE VII. S
Tous dëbaU entre nous seraient donc superflus ; Je vous accorde tout, ainsi n*en parlons plus.
VALCOUR
Avec tant d*amcrtumc alors que Ton s^expliquc....
DORMP.UIL.
Vous voyez le danger de parler politique : On interprète à mal les plus simples discours , Et sans s'être compris on se brouille toujours. Bornons-nous, s'il vous plaît, à la littérature.
VAI.COUR
Non, monsieur, c'est assez.
DUBUISSON
Ah ! je vous en conjure.
Puisque mon cher beau-frère ici fait le plaisant , Rabattez son caquet et son air suffisant. Ce sera gai, ma foi.
VALCOUR
Comment se faire entendre Par des gens résolus à ne vous point comprendre? Que leur dire? A l'aspect du soleil qui nous luit. Monsieur ferme les yeux , et prétend qu'il fait nuit. Voudra-t-il avouer que la littérature Reconnut de tout temps notre magistrature ? Héritiers de Champfort, la Harpe, Marmontel , Du dieu du goût comme eux nous desservons Fautel ; Nous opposons le frein d'une saine critique A récH>le tudesque , au style romantique , Et du Pinde français prévoyant les dangers. Nous en fermons l'approche à tous dieux étrangers. Des jeunes écrivams nous dirigeons l'audace ;
Nous éclairons pour eux. les écueils du Parnasse ; Nous soutenons leurs pas, nous échauffons leurs cœurs, Et tressons des lauriers pour le front des vainqueurs. D'après nos jugements la gloire se dispense; Le mérite modeste obtient sa récompense; Et le plat écrivain , sous nos traits accablé. Aux fouets du ridicule est par nous signalé.
DUBUISSON
Voilà parler! ce sont des faits qu'il vous présente. Que répondre à cela ?
DORMfeUIL.
Mais, que monsieur plaisante.
11 parie de justice et de sincérité !
C'est qu'il veut éprouver notre crédulité. Qu'en province du goût on vous nomme interprètes, Passe ; on y croit encore aux arrêts de gazettes. IVIais ici nous savons à quoi nous en tenir; A nous en faire accroire on ne peut parvenir. On sait par quels moyens les éloges s'obtiennent ; Que messieurs tels entr'eux se vantent, se soutiennent ; Que vous ne jugez plus l'auteur sur son talent ; Qu'il est loué selon qu'il pense ou noir ou blanc. On dit même tout haut, excusez ma franchise, Qu'un mauvais écrivain, que PI utus favorise, Des journaux , quand il veut, peut respirer l'encens.
VALCOUH.
De tels discours....
DORME UIL.
Pour vous ne sont point offensants.
Votre délicatesse en rien n'est insultée;
ACTR m, SCÈNE VII. 351
lia personne présente est tonjourn («xceplét* ; Cest Tusage.
VALCOUR
Vraiment, ceci devient trop gai.
DiiBi'i.NSorr.
Moi, ()c pareils propos je suis très-fatiguë.
VALCOOR.
Oui , oui, nous sommes tous des gens abominables. Sans talents, sans honneur, enfin des misérables.
DORMBIML.
Non y monsieur, ji: suis juste : il en est , j'en convien,
Qui sont tout à la fois savants et gens de bien ;
Qui forment notre goût, nousplaisent, nous instruisent,
Jugent en conscience , et pensent ce qu'ils disent.
Ceux-là je les distingue , et , comme tout Paris ,
J'estime leur personne et prise leurs écrits.
Mais un tas de censeurs ignorants et frivoles.
Qui n*ont jamais paru sur le banc des écoles;
Qui jugent un auteur sans en sentir le prix;
Qui lui veulent montrer ce qu'ils n'ont point appris ;
Qui, cherchant des succès h force de scandales.
Ramassent leur esprit sous les piliers des halles.
Sont sans frein , sans scrupule , et n'ont d'autre métier
Que d'user une plume à salir du papier;
Morbleu!...
DU BUISSON
Là, là tout doux, pas tant d'impatience. Vous n'êtes pas ici, mon frère , à l'audience.
VALCOITR.
laissez ; on voit d'où vient ce mépris des journaux .
Ils rendent quelquefois compte des tribunaux : Peut-être sur monsieur et sur ses plaidoiries Ils se seront permis quelques plaisanteries.
DUBUISSON
Bien!
DORMEUIL
Cela pourrait être, et j'en ferais l'aveu ; Car il est tel journal qu'on estime si peu , Que, loin de redouter ses insultes obscures , On se tient honoré d'essuyer ses injures.
DUBUISSON
Ah! je ne puis souffrir les personnalités! Mon ami, pardonnez ses incivilités.
De votre politesse à sa honte il abuse ; Mais je le désavoue, et vous demande excuse.
VALCOTJR.
Rassurez-vous, monsieur ne saurait m 'offenser.
DUBUISSON
Vous ne m'en voulez pas ?
Pouvez-vous le penser?
DUBUISSON
(A Dormeuil. )
Digne ami !... Serviteur.
DORMEUIL
Un mot.
DUBUISSON
Adieu, mon frère.
DOHMEUII..
Au sujet de Bel val que prétendez-vous faire?