‹ Œuvres dramatiques (volume 2)Chapitre 223 sur 363 · LA REINE, CRAON · texte numérisé non relu

LA REINE, CRAON

LA RBINr.

Et VOUS, Craon, approchez.

Ah! Madame!

Se peut-il?... Pardonnez au trouble de mon aine. Le Dauphin....

LA RElIfR.

Oui, Craon, c'est trop le ménager; De mes affronts enfin je prétends me venger.

CRAON

Reine, que dites-vous? Se peut-il qu*Isnbelle, Contre un fils....

LA RBINE.

Je ne vois qu'un ingrat, qu'un rebelle. Dès sa plus tendre enfance il fut mon ennemi ; Et dans sa haine encor les ans Font affermi. A me calomnier Tannogny sut l'instruire. Son cœur est tourmenté du besoin de me nuire; Il l'a trop bien prouvé , Craon ! Souvenez-vous De quels honteux récits il troubla mon époux , Lorsqu'il osa flétrir d'un crime imaginaire I-^ majesté du trône et Thonneur de sa mère î Lui i$eul alors, lui seul servit à m'accnbler ; Seul, aux remparts de Tours il me fit exiler! Plus tard , dans ses fureurs quelle persévérance î

D'un reste de respect dépouillant l'apparence , Quand Charles Six , en proie à de sombres accès. Abandonne à mes soins le bonheur des Français, Ce fils de mon pouvoir prétend lirer vengeance. Il m'ose insolemment disputer la régence; De sujets factieux soudoyant les secours , Il en veut à ma gloire, et peut-être âmes jours!... Oui, Craon, un forfait n'a rien qui l'embarrasse; Il est couvert du sang d'un prince de sa race; Oui, le duc de Bourgogne, un héros, notre appui , Dans un piège odieux fut attiré par lui ; Sous la hache, à ses pieds, le Dauphin fit abattre Ce guerrier qu'en champ clos il n'eût osé combattre! Ah! de tels souvenirs ne s'effacent jamais! Qu'il n'attende de moi ni clémence, ni paix; Non; chassé de mon cœur, il l'est de ma famille : Je n'ai plus d'autre fils que l'époux de ma fille , Que Henri-Cinq.

CRAON

Madame !... ah 1 ce n'est pas à moi De condamner l'épouse ou le fils de mon roi. Mais craignez les conseils que la haine vous donne. Il faudra bien un jour que votre cœur pardonne ; Charles est votre fils; et, fût-il criminel, Le courroux d'une mère est-il donc éternel ! Cependant, par votre ordre, une indigne sentence Va dépouiller ce fils des droits de sa naissance ! Vous voulez, tout entière au soin de vous venger, Promettre sa couronne au front d'un étranger! ... Ah ! vous allez combler les maux de la patrie.

Page 1