‹ Œuvres dramatiques (volume 2)Chapitre 224 sur 363 · ACTE 1, SCÊM£ II 4i · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÊM£ II 4i

De no!( divisions ranimer la furie,

Vous perdre enfin vous-même en cherchant à punir;

Et rendre superflus vos regrets à venir.

Reine, voyez l'état où la France est réduite

L4 B£lflK.

Vous êtes hien hardi de juger ma conduite ! Près du roi ma faveur daigna vous appeler; Mais c'est pour me servir, non pour me conseiller : Ne Tonhliez jamais.

CRAON

Pardonnez à mon zèle; Je remplis le devoir d'un servilcMir fidèle. £h quoi! des magistrats, tentés par vos bienfaits. Oseront au Dauphin imputer des forfaits ! Madame, songez-y, les peuples incrédules Verront....

LA REIIIF..

Il vous sied bien d affecter des scrupules ! Rappelez lattentat qui vous fut pardonné , Olivier de Clisson par vous assassiné ; Clisson, deDuGucsclin compagnon redoutable. Son digne successeur au rang de connétable^ Ce Clisson que Montfort, pour venger ses revers. Depuis quinze ans entiers fait languir dans les fers! Et c'est vous maintenant qui voulez me conduiriî ' De mes devoirs c'est vous qui prétendez m'iustniire !

CRAON

Oui, je suis criminel ; je ne peux l'oublier ;

Je chercherais en vain à me justifier.

Jeune, croyant marcher à des deslins prospères,

Je quittai vertueux le manoir de mes pères; a ^(^

J'arrivai dans Paris, je parus à la cour, 'i-o/

Et me perdis bientôt en ce fatal séjour !

Là je vis la vertu dédaignée, importune,

La fourbe et les excès menant à la fortune.

Par un avide espoir tous les cœurs ex,cités ,

La haine et la vengeance au sein des voluptés ;

Je vis qu'en se jouant on marquait ses victimes ,

Qu'on savait allier les plaisirs et les crimes....

Par l'exemple entraîné, sur un simple soupçon,

J'armai des assassins pour immoler Clisson !...

Le ciel en le sauvant signala sa justice !

Je pris la fuite alors, j'évitai le supplice;

Mais de remords bientôt mon cœur fut combattu :

Souvent un grand forfait ramène à la vertu.

Enfin, de mon exil terminant la souffrance,

Quand vous m'avez rouvert les chemins de la France,

Madame, je voulus d'abord, aux yeux de tous.

Expier l'attentat dont vous m'aviez absous;

Je voulus satisfaire à ma noble victime.

J'élevai sur la place où je commis le crime.

Aux lieux où l'échafaud pour moi fut préparé,

De la foi des chrétiens le signe révéré,

Et sur ce monument, arrosé de mes larmes.

Moi-même j'attachai l'écusson de mes armes.

Ah ! mon exil, mes maux, la honte où je me vois,

Peut-être à la pitié m'ont donné quelques droits.

LA RFINE.

J'ai souffert jusqu'au bout ce récit qui m'olTense !... A votre gré du ciel implorez la clémende,

ACTK I, SCÈNE II. 4t9

Offrez-lui vos remords, si vous eo éprouvez ; Mais n'oubliez jamais ce que vous me devez.

CRAOItr.

Madame , le respect et la reconnaissance Vous répondent assez de mon obéissance.

LA KEIIVE.

Votre intérêt, Craon , m*en répond encor mieux.

Vos expiations ont pu flécbir les cieux ;

Mais de vos ennemis vous avez tout à craindre.

Sous ma protection nui ne peut vous atteindre;

Sans mon appui contre eux vos eflbrts seraient vains,

Et votre destinée est toute entre mes mains.

Voilà de votre foi le véritable gage.

CRAOIf.

Je n*ai pas mérité ce sévèn^ langage.

' Vous reviendrez un jour de Tinjuste soupçon....

LA RKINK.

Ehbien, c'en est assez.... Écoutez-moi, Craon. Peut-^tre pourrez-vous me forcer à vous croire. Le Dauphin a quitté les rives de la Ivoire, £t, laissant ignorer quels chemins il a pris. Seul, il marche, dit-on, vers les murs de Paris.

CRAOM.

Ciel!

LA REINF.

Par (le faux avis j'ai flatté sou audace. Il croit qu'à son aspect tout va changer de facr , Qu'en ces lieux son retour, à mes desseins fatal. De la rébellion deviendra le signal; A l'espoir de ma perte il s'est laissé séduire ;

Il va dans nos remparts chercher à s'introduire.... Je l'attends! à mes fers il vient se présenter; Il se livre lui-même, et j'en dois profiter.

CRAON

Arrêter le Dauphin !

LA. RKINE.

Ses complots le commandent.

Mais s'il se dérobait aux pièges qui l'attendent , Son adresse du moins ne saurait vous tromper ; A votre vigilance il ne peut échapper.

CRAON

Quoi ! madame....

LA REINE

Oui, Graon , c'est en vous que j'espère. S'il entre dans Paris , il voudra voir son père. Ma bonté vous rendit vos biens et votre honneur, Et de l'hôtel Saint-Paul vous a fait gouverneur; Ces lieux vous sont soumis : veillez sur votre maître. Et si ce fils rebelle osait ici paraître, Qu'il soit au même instant remis en mon pouvoir.

CRAON

Reine ...

LA REINE

Vous m'entendez? Faites votre devoir.

Comblé de mes faveurs , prouvez-moi votre zèle. Près du monarque anglais un autre soin m'appelle. Je vous laisse, Craon, surveiller ce séjour. Et je me rends au Louvre, où Henri tient sa cour.

ACTK I, SCÈHB IV. 431

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