ACTE î, SCftNE VI
Quand de vous délivrer Tespoir nemblait perdu, A nos vœux, n nos pleurs qui vous a donc rendu ^ Votre captivité, quelle main la termine ? Montfort vous retenait au chiUeau de THerniinc ; Serepcnt-il des maux que vous avez «soufferts?
Montfort n*est plus; sa veuve a fait tomber mes fers.
CRAOPr.
Ah ! qu4*l bonheur sur vous ce moment <lnt rtfpandre !
CLISSOS.
Oui,Graon, mes transports ne sauraient se comprendre! Je quitte avec ivresse un séjour odieux !... Mais, qui l'eût dit ? sitôt qu'd est loin de mes yeux , J'éprouve dans mon âme une secrète peine; Libre de mes liens, tout mVtonnc et me gène; Je ne sais plus jouir du bien que je reçois. Je me sens étranger à tout ce que je vois. Quesais-jc? après quinze ans d'affreuse solitude, J*avais de mon cachot contracté l'habitude; L'éclat du jour me cause une sorte d'effroi : La liberté d'abord est un fardeau pour moi. Cependant mon pays m'occupe et m'intéresse: Pour connaître son sort , à chacun je m'adresse ; J'écoute, j'interroge; enfin par un soldat J'apprends confusément les malheurs de l'Etat. J'apprends que, pi*ofitant des discordes des princes, Nos constants ennemis désolent nos provinces; Que , jouet de l'audace et de la trahison , I^ roi , dans les accès qui troublent sa raison. Autorise au hasard le mal qu'on lui consedie!...
A ce récit , Craon , mon âme se réveille ; Je me souviens des vœux , des serments que j'ai faits ; Je sens que je suis libre, et que je suis Français ! Je pars!... non pour combattre!. .hélas! vaincu par l'âge, Je n'ai plus même force ayant même courage ; Mon bras, jadis fameux , est débile aujourd'hui. Le glaive de Guesclin est trop pesant pour lui! Mais mon dernier soupir appartient à mon maître : Les soins du vieux Clisson le toucheront peut-être. Bon Français, mais, hélas ! inutile guerrier, A votre dévouement je viens m'associer.
Voilà le seul espoir qui près de vous m'appelle.
CRAON
De la fidélité rare et touchant modèle , Clisson, pour notre roi combien il sera doux De presser dans ses bras un ami tel que vous.
CLISSON
Mais tout ici pour moi , Craon , est un mystère. Etranger si longtemps aux choses de la terre. Quand je revois ces lieux , du fond de mon tombeau Il me semble renaître en un monde nouveau. Que s'est-il donc passé ? parlez, que dois-je croire ?
CRAON
De ces horribles jours comment tracer l'histoire ? Qu'ils coûtent à la France et de sang et de pleurs ! Vous avez vu jadis commencer nos malheurs ; Vous étiez à la cour quand le roi, jeime encore , Fut saisi tout à coup du mal qui le dévore ; Lorsqu'à l'ambition immolant leur devoir. Ses oncles et son frère , avides du pouvoir ,