ACTE II, bC£NE V. 4l
Parle, Ârbace, réponds: quel est le meurtrier?
ARTABAH^àpiwt.
Ah ! je frémis !
ARBACK.
Le ciel connaît mon innocence :
N'en demandez pas plus; c'est toute ma défense.
AHTAXERCF.
Va, ce calme apparent ne saurait m'abuser. Peut-on d'un crime affreux se laisser accuser , En supporter l'opprobre , et n'être point coupable?
ARBACB.
Tel est mon sort , Seigneur : le destin qui m'accable
Ordonne le silence à mon cœur abattu;
Je deviendrais coupable en prouvant ma vertu.
ARTABAN,àpait.
O fils trop généreux!
ARTAXERCE
G;t obstiné silence Atteste ton orgueil et non ton innocence. Un cœur pur d'un forfait craint-il de se laver?
ARTABAN , à part.
Prévenons le soupçon : je saurai le sauver.
ARBACE.
Mon père!
AJlTABAlf.
Oses-tu bien le prononcer encore Ce nom qui fait ma honte et qui me déshonore ? Ce nom jadis si doux , tu l'invoques en vain : Va, tu n'es plus mon fils, tu n'es qu un assassin.
42 ARTAXERCE
Ah ! Seigneur, c'est trop peu que le traître périsse , Par la mort de son père augmentez son supplice.
ARTAXERCE
Calmez, cherArtaban,ce vertueux transport.
Qu'entends-je!... Vous aussi, vous demandez ma mort! Qu Artaxerce aujourd'hui , trompe par l'apparence , Abreuve de mépris l'ami de son enfance ; Que Sémire m'accuse, et que dans l'avenir Un opprobre éternel frappe mon souvenir; J'attendais, j'acceptais ce comble de misère!... Mais vous! vous, m'insulter! me poursuivre, mon père ! Demander mon trépas avec tant de fureur!,... Ce dernier coup m'accable et me glace d'horreur.
ARTABAN
Que dis-tu, misérable?
ARBACE.
OÙ suis- je ? je m'égare !
ARTAXERCE
Malheureux î malgré toi ton trouble se déclare. C'en est fait, au bonheur il me faut renoncer ! Connais-tu bien ce cœur que tu viens de percer? A tant d'ingratitude aurais-je dû m'attendre? Quoi! de Xercès pour lui j'ose outrager la cendre! A peine au trône , hélas ! je le fai's rappeler , J'attends que mon ami me vienne consoler, J'excuse son amour, je le nomme mon frère; 11 arrive.... Je vois l'assassin de mou père! Par de fausses vertus pourquoi m'as-tu trompé ? D'un voile séducteur longtemps enveloppé,