ACTE II , SCÈNE V
Dëguisant les penchants de ton âmo traîtresse , Pourquoi, barbare, as- tu captivé ma tcndretM? Pourquoi par ta valeur agrandir mes États ? Enfin , lorsqu abattu , blesse dans les combats, La lumière bientôt m*allait être ravie, Pourquoi, cruel, pourquoi m'as-tu sauve la vie? Hélas! sans ton secours je mourais trop heureux! Je te croyais alors sincère et vertueux , Je chérissais Arbace à mon henre dernière ! Que ne me laissais-tu terminer ma carrière? Tu m'aurais épargné Thorreur de te haïr.
ARBACE.
O douleur! ô secret que je ne puis trahir!
Q*uel devoir! Seigneur, ah! si le triste Arbace
Dans le cœur de son prince eut jadis une place ,
Je suis digne toujours du nom de votre ami.
Contre tant de malheurs encor mal affermi ,
Je me trouble au seul nom de perfide , d'infâme;
Mais le crime jamais n'approcha de mon âme ;
Jamais je n'ai conçu ces horribles desseins,
£t le sang de Xcrcès n'a pas souillé mes mains.
A vous convaincre, hélas! je ne saurais prétendre,
Seigneur; quoique innocent, je ne puis me défendre.
ARTAXERCE
Non , le crime à ce point ne peut se déguiser! Quand tout est contre toi, je crains de t'accuser. Tu dis qu'un tel forfait n'a point flétri ta gloire ; J'éprouve dans mon cœur le besoin de te croire. Mais ce n'est pas assez pour désarmer ton roi : Je dois te condamner : Arbace, épargne-moi î
44 ARTAXERCE
Dévoile par pitié cet horrible mystère ; Oui, parle à ton ami.
Seigneur !
ARTABAIN.
Songe à ton père !
ARBACE.
Mon père !.... je ne puis.
ARTAXERCE
Ah ! c'en est trop enfin !
Puis-je hésiter encor quand sou crime est certain ? S'il n'est le meurtrier, il en est le complice : Qu'il garde son secret, et qu'il marche au supplice. Qu'on l'entraîne à l'instant!
ARTABAN
Ah ! permettez , Seigneur, Que sans témoin ici je sonde encor son cœur. Peut-être mes efforts vaincront-ils son silence, Et pourront arracher sa triste confidence. A ma voix, à mes pleurs, pourra-t-il résister?
ARTAXERCE
Eh bien ! parlez-lui donc. Mais qu'allez-vous tenter ? Vous ne fléchirez point cet orgueil téméraire. Toutefois, essayez la puissance d'un père; Qu'il vous ouvre son cœur; mais s'il ne se rend pas, Son silence devient l'arrêt de son trépas.
(Aux gardes.) Vous, veillez sur ces lieux.
(Il sort, et les gardes se retirent derrière le théâtre.)
ACTR 11, SCÊME VI. 45