ACTE I, SCËfŒ VI
CRAOll.
Après bien (J<*f traverses , Après avoir subi des fortunes diverses, Le duc vit les destins seconder ses travaux; Il sembla remporter enfin sur ses rivaux , Qui, lorsque le Daupbin fut sorti de Tenfance, Avaient tons de s<*s droits embrassé la défense. Mais faut-il vous apprendre , bêlas! par quels excès Jean-Sans-Peur dans Paris orbeta ses succès! Des derniers citoyens caressant les caprices. Tolérant les forfaits, encourageant les vices, Il obtint cet amour que portrnt les mécliants A celui qui sabaisse à Ûattcr leurs pencbants. Poursuivant à tout prix la faveur populaire, H devint leur esclave en cbercbant h leur plaire; £t les ayant lui-même instruits à tout oser. Il se vit bors d'étal de leur rien refus*?r. Après Tor des Français qu'ils venaient de proscrire, Ils voulurent du sang; il fallut y souscrire! Il fallut contenter un Legoix, un Tbibert, Sainctyon, Pavilly, Jacqueville, I^mbert.... Bien plus!....( un pareil nom doit-il souiller ma boucbe)' Dt»s arrêts de la loi l'exécuteur faroucbe, Caplucbe, digne cbef de ces vils assassins. Vint lui-même au conseil annonct*r leurs desseins; Il osa déclarer d'une voix insolente.
Et dans la main du duc plaçant sa main sanglante. Que le peuple, sans cesse en butte aux trabisons. Voulait qu'à sa justice on livrât les prisons!.... Il l'obtint !.... et bientôt le Cliâtelot , Vincennes,
Servirent de théâtre à ces horribles scènes. Que vous dirai-je enfin ? là furent massacrés D'augustes magistrats, des prélats vénérés; Nul captif n'échappa de cet affreux carnage ; Rien ne fut épargné, ni les vertus, ni l'âge. Mais d'Armagnac, objet de haine et de terreur, Des meurtriers surtout exerça la fureur. Ses bourreaux, l'accablant des plus lâches injures. Le firent expirer au milieu des tortures, Et son corps tout sanglant au peuple fut jeté Pour amuser sa rage et sa férocité.
CLISSON
Dieu! quel amas d'horreurs! quels forfaits exécrables!
CRAON
Tels étaient de l'État les destins déplorables, Lorque le duc enfin périt à Montereau.
Ah! dites-moi, Craon, de ce crime nouveau Se peut-il qu'en effet le Dauphin soit coupable? On prétend....
eu AON.
Lui, seigneur! il en est incapable.
Croyez qu'à son insu ce coup fut préparé. Tanneguy Duchâtel, par son zèle égaré.
Pour servir le Dauphin qu'il honore et qu'il aime, A tout sacrifié jusqu'à sa vertu même; Et dans l'emportement de sa fidélité A se charger d'un crime il n'a point hésité. Oui, seigneur, ce forfait est Tœuvre d'un seul homme. Mais la reine.... (il faut bien enfin que je la nomme)