ACTE I. SCRNK M. Ttia
Après un tel aveu faut-il vous nomuirr Laure ? Oui, je mets mon bonheur k me voir son époux. Et ma félicité ne dépend que de vous.
FRIMOIVT.
Je sais apprécier Thonneur que vous nous faites. Monsieur. Un tel aveu, dans le rang où vous êtes. Découvre en tout leur jour vos nobles sentiments. Mais, pardonnez, j'ai pris d'autres engagement».
MORA5VILLI.
Quoi!....
PRIMOXT.
J*ai choisi mon gendre au sein de ma famille; Dorlange, mon neveu, doit épouser ma fdlc.
MORANVILLR.
Ciel ! la charmante Laure....
FRIMOIVT.
.Est soumise à mc^ vœux.
MORAirVILLR.
Vous pourriez la contraindre à former de tels nœuds ?
FRIMi»NT.
Si j'ai promis sa main , c'est a celui qu'elle aime.
MOR AN VILLE
Non, elle vous abuse, et se tmmpc elle-mt^me. De cette illusion redoutez le danger.
L'amour à son cœur pur est encore étranger : Elle aime sou cousin comme l'on aime un frère. Si de cette amitié rien n a pu la distraire. Pensez-vous que jamais un plus vif sentiment Ne puisse....
FRIMONT
Je me suis explique clairement :
Ma fille aime Dorlange, et j'ai promis, vous dis-je. Laissons un entretien qui me gêne et m'afflige.
MORANVILLE.
Je vais donc imiter votre sincérité, Monsieur. Ici , demain , l'on nomme un député : Parmi les candidats je sais qu'on vous propose. D'un grand nombre de voix en ces lieux je dispose; Vous ne l'ignorez pas. Eh bien, entendons-nous: Dites un mot, un seul , et mes voix sont à vous.
FRi: OKJT.
Monsieur!
Réfléchissez.
FRIMONT
Cette offre est un outrage.
Moi ! par une bassesse acheter un suffrage ! Ah! quiconque a recours à de pareils moyens , Est indigne du choix de ses concitoyens.
MORANVILLE.
Tant de délicatesse est presque un ridicule. Soyez de notre siècle , étouffez le scrupule. J'estime autant que vous la vertu, les talents ; Mais seuls et sans soutien leurs pas sont chancelants : L'envie adroitement leur ferme la carrière , Si l'on ne s'aide un peu pour les mettre en lumière. L'intrigue est, croyez-moi, nécessaire aujourd'hui : Tout le monde l'emploie, cl s'en fait un appui.
ACTK I , SCÈNK VI. .'iW
Par elle on s« produit , et ron hâte sa course. A la ville, à Tannée, au palais, à la bourse, Partout de ses succès vous voyez des témoins; Les plus grands intért^ts sont commis à ses soins. Par sa voix bien souvent les lois sont endonnies ; Elle aplanit le seuil de nos académies; Elle règne au tbéàlre, à la cour, au barreau ; D*un commis ignorant fait un cbef de bureau : Le poète lui doit ses succès dramatiques. L'avocat ses clients, Touvrier ses pratiques; Du temple de la gloire elle ouvre les cbcmins; Le sceptre des beaux-arts est tombé dans ses mains. Divinité puissante, à vaincre accoutumée , Elle seule en son vol guide la renommée. Enfin de toutes parts on cbercbe son secourt; A sa protection tout mortel a recours.
Financiers , courtisans , magistrats , journalistes « Médecins, commerçants, diplomates , artistes , Tous vont h ses autels déposer leur tribut ; Et c'est en intriguant qu*on arrive il son but.
PRIMONT.
Cet étrange lan^kge a de quoi me confondre. A de tels arguments je n'ai rien à rt^pondre. Mais, quant à votre liymen, vous m*a%'ez entendu : Sur cet objet , monsieur, j'ai déjà répondu.
MDRANVII.I.K.
Eb bien , si de son choix votre fille est maîtrt*ss<^ , Permettez qu'à son cœur aujourd'hui je m'adress<\ Quel que soit mon destin, j'aurai moins de régnât . Si je puis de sa boucht' enlendn? mon arr^l.
FRIMONT. 0
Si VOUS Fexigez....
MORANVJLLE.
Oui, j'ai besoin de connaître.
FRIMOIVT.
On vient.