PRÉFACE
appelait, de céder leur marchandise à qui leur en olfrait un bon prix. Mais comment l'autorité supérieure a-t-elle souffert une pareille confusion? Elle seule mérite des reproches. 11 faut bien le dire, le gouvernement n'attache aucune importance aux théâtres et a la littérature dramatique ; il semble qu'il ne comprenne pas la haute influence qu'ils exercent, et qu'il s'applique à leur donner une mauvaise direction pour les dégrader et les détruire. On disait à un Ministre de la restauration que les rigueurs ridicules de la censure tendaient à la ruine de l'art dramatique, et que bientôt on n'aurait plus que des théâtres de mélodrame; et où serait le grand mal? répondit Son Excellence. Je ne sais pas si les Ministres de notre époque disent aussi : où serait le grand mal? mais ils agissent comme s'ils le pensaient; à cela près cependant que leur censure n'est pas, assure-t-on , aussi absurde que celle d'autrefois.
Je le demande, que fait-on pour l'art dramatique, quels encouragements lui sont donnes? On accorde, il est vrai , une subvention de 200 000 francs au Théâtre-Français; et c'est sans doute (car une telle faveur ne peut avoir d'autre prétexte) pour dédommager les comédiens du sacrifice qu'ils fontsouvent de leurs intérêts pécuniaires, aumnintien du bon goût et de la bonne littérature. Je n'examinerai point ici, si ces messieurs et ces dames
remplisftent bien iidclement les intentions du donateur; ce n*e8t plus de cela qu*il s*n(;it. Grâce à ce grand privilège d'une subvention , 1rs comédiens français arrangent leurs petites niFaires, et leur part s'arrondit , bon an, mal an; rien de mieux, et s'ils sont contents je suis content. Mais les auteurs restes fidèles à la tragédie, h la hante comédie n'ont-ils pas, autant que les comédiens qui les jouent , des droits a la bienveillance du gouvernement? Si les comédiens, en raison du genre qu'ils exploitent, ont besoin des secours de l'État, les poètes sérieux, et pour la même cause, ne méritent-ils pas aussi quelques encouragements? Cependant que fait-on pour eux? rien , absolument rien. Aussi, combien déjeunes gens de talent, mais qui ont besoin de vivre de leur plume, après avoir consacré une année à composer un ouvrage, dont le succès même ne les aurait pas misa l'abri de la misère , ont abandoimé le Théâtre-Français pour des théâtres secondaires, où des triomphes plus faciles sont pour eux la source de l'indépendance et de la fortune! Après quoi , si quelques-uns reviennent de temps en temps, et par caprice, à la Comédie-Française, c'est après avoir contracta? des habitudes, après avoir pris des formes qui ne sauraient convenir h la scène illustre sur laquelle ils se produisent- — trop tard.
Tout cela est déplorable ; ce n'est ps ainsi que
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remperenr Napoléon encourageait la littérature dramatique.
Je n'aurais pas osé m'expllquer aussi franchement autrefois; en ce temps- là peut-être si j'avais parlé comme je parle aujourd'hui , on n'aurait \u en moi qu'un écrivain cupide, un malheureux qui demande l'aumône : aujourd'hui je suis hors de cause, et la réponse de Sganarelle à M. Josse ne saurait m'ètre appliquée, hélas! il y a longtemps que je ne suis plus oi^évre.
Beaucoup de personnes, qui n'attribuent mon éloignement de la scène fiançaise qu'au genre des pièces que Ton y accueille aujourd'hui et au peu de talent d'une partie des comédiens, m'ont souvent pressé de reprendre la plume , afin d'avoir des ouvrages tout prêts pour le moment (qui ne peut tarder, disent-elles depuis quinze ans) où il y aura amendement et chez le public et chez les acteurs.
Admettons que je puisse croire à l'accomplissement de cette prophétie, et que ma retraite n'eut pas d'autres causes que celle qu'on lui assigne , il ne m'en serait pas moins impossible de déférer à de pareilles invitations.
En effet, est-il un seul auteur qui soit capable de composer une pièce de théâtre lorsqu'il ne peut prévoir l'époque où elle sera représentée, lorsqu'il ne sait même pas si elle le sera jamais? Un tel doute flétrirait, glacerait l'imagination la plus vive
PU^.FACE liij
et la plus nrdeiUe. Pour écrire avec vcnre , pour travailler avec (|uelques chances de succès, il faut avoir TaHstirance cfune mise en scène iinin<kiiat«, il faut rêver une gloire prochaine, il faut entendre en quelque sorte le bruit des applaudissements.
D*ailleurssi , comme je le pense, la véritable comédie doit être la représentation des mœurs, des passions, des ridicules de la société, quel intérêt, quelle vérité pourront avoir de pareils tableaux, s'ils ne sont offerts au public que plusieurs années après avoir été composés? Un portrait, quelque fidèle qu il fut , ne perdrait-il pas une partie de sa ressemblance s'il n'était mis au jour que dix ans après que le modèle a posé devant le peintre? Eh bien, les usages, les habitudes, les tendances de la société s'altèrent et changent plus rapidement encore que les traits de notre visage. Les comédies doivent donc être représentées toutes vives, pour ainsi dii*e; elles ne peuvent pas attendre, elles réussissent autant par la nouveauté que par la malice et par Tesprit.
Je vais plus loin, je prétends que, même pour la comédie historique et pour la tragédie, il ne faut pas qu'il s'écoule un trop long temps entre In composition et la représentation. Sans doute il serait ridicule de donner nos moeurs et notre langage à des personnages qui vivaient deux ou trois cents ans
xiv PRÉFACE,
avant nous; mais la forme de l'ouvrage, l'agencement des scènes, un certain je ne sais quoi dans le style y doivent appartenir à l'époque où la pièce est jouée pour la première fois. J'ai assisté, au Théâtre-Français, à la première représentation de tragédies qui étaient reçues depuis quinze ou vingt ans, aucune de ces pièces n'a réussi, quel que fût d'ailleurs leur mérite; toutes exhalaient, si j'ose le dire, comme une odeur de vieux poisson et de vieille ferraille, qui répugnait aux spectateurs.
Ces explications ou ces justifications de ma conduite, comme on voudra les nommer, m'ont entraîné plus loin que je ne le pensais; cette préface devient un volume. Encore un mot cependant, et je finis.
Au moment où je trace ces lignes, j'ai la ferme intention de ne plus écrire pour le théâtre, et même de ne plus chercher de prétextes (comme dans le Libéré et VÀn 1928) pour faire encore de la comédie. Je commence à sentir le poids des années, la soixantième année me menace, et selon le précepte d'Horace : Sohe senescentem , il faut savoir dételer a propos. Aurai-je le courage de rester fidèle à cette bonne résolution? je l'espère, mais je ne saurais en répondre. L'homme est si faible contre ses penchants et ses goûts ! il est si disposé à se faire illusion sur ce qu'il peut et sur ce qu'il vaut ! Personne ne saurait dissimuler aux autres
PKf-FACK »v
et snrlotit MMlinsiiniiler n .soi-m^me, la diminiitioii de SCS forces pliy.sic|iies , mais en est-il beaucoup parmi nous cpii s'aperçoivent de raffaibliiMmicnt dcsfacultf^s vieilliss;intesde leur esprit et ipii en conviennent? Les écrivains les plus illustres n'ont ps toujours résisté à la tentation imprudente de pousser leur carrière dramati(|uc au delà des limites posées par la nature : Corneille a écrit Jgésiiasei Voltaire les Lois de Minos, Serai-je, moi chétif, plus heureux que ces grands hommes? le ciel m'accordera- t-il une sagesse qu'il leur a déniée? C'est ce que je désire bien vivement.
Mais, sij'ai le malheur de céder à la démangeaison d'écrire, si de temps vu temp je demande encore a ma plume quelques heures d'une heureuse distraction, puissé-je, du moins, conserver assez de bon sens pour ne pas maveugler sur le mérite de ces derniers ouvrages ! puissé-je ne chercher dans cette intime joie de l'homme (|ui donne à sa [leuM'e la forme et la vie, (|u'un passe-temps tout personnel !
Et sur ce, que Dieu me soit en aide — et à vous aussi, ami lecteur.
Paris, Ir l4nnv(<mi>ro 184*2.
ARTAXERCE
TRA(;ÉDIE.
NOTICE
Mon amour pour la poésie et le théâtre est oë en quelque sorte avec moi. Je n'avais pas encore seize ans lorsque je composai , sur la mort d'une sœur que je venais de perdre, une héroïde où se trouvent des vers que je n'aurais pas désavoués vingt ans plus tard. Sorti de pension , je faisais de petites comédies que je jouais avec mes amis. Mais bientôt il fallut renoncer, pour embrasser un état, à ces amusements qui étaient si fort de mon goût. Mes oncles, se flattant que j'étais destiné à soutenir l'honneur de leur nom . décidèrent que je devais entrer dans la carrière diplomatique, où mon grand-oncle avait laissé d'honorables souvenirs, et que suivait mon père lorsque la révolution nous le ravit. Une demande fut adressée à M. de Talleyrand, et peu de temps après je fus nommé élève de. première classe au Ministère des affaires étrangères.
Les élèves étaient attachés à la division des archives; en conséquence, je me présentai au directeur, M. Gaillard, qui, après avoir lu l'arrêté du ministre, me dit de ce ton brusque qui lui était ordinaire : a Des « élèves ! à quoi cela est- il bon ? Allez , apprenez les
4 NOTICE SUR ARTaXERCE.
« langues et lisez le traité de Westphalie. » Après ces paroles peu encourageantes, il me tourna le dos, et moi, le cœur gonflé, je m'acheminai vers les bureaux, où je trouvai heureusement d'anciens camarades de mon père, dont l'accueil affectueux me consola bientôt de la réception du vieux diplomate.
Me voilà donc à pâlir sur les in-quarto du père Bougeant, et à étudier l'anglais et l'italien. Mais on ne peut fuir sa destinée. Ce qui devait m'éloigner à jamais du théâtre fut précisément ce qui m'en ouvrit la route.
En lisant Métastase, qui, malgré ma qualité d'apprenti ambassadeur, me plaisait beaucoup plus que Machiavel, je fus frappé des situations dramatiques qui abondent dans VArtaserse; et, sans autre intention que celle de me distraire de travaux plus sérieux , je résolus de tenter une imitation en vers de cet ouvrage.
Je ne recevais aucun traitement, et je ne devais aucun travail au Ministère, ainsi je ne faisais tort qu'à moi-même en perdant à versifier une partie du temps que j'aurais dû employer à rn'instruire. Cependant, comme aux yeux de l'administration faire des vers fut toujours un crime énorme, je ne travaillais qu'en cachette, et après avoir bien pris mes précautions. Je m'étais fabriqué une espèce de place forte, en entassant autour de moi, sur mon bureau, toute ma bibliothèque diplomatique : Grotius, Vattel, Puffendorf, Wicquefort, Burlamaqui, et dix autres pu-
blicistes qui ont ckrlairci ou embrouille les droits des nations, me mettaient h Tabri des regards curieux, et c'est derrière ce rempart que je cberchais mes rimes et ajustais mes hémistiches.
Toutefois, comme je ne négligeais pas entièrement mes études, et que, d'un autre côté, je n'étais ps homme h renoncer aux plaisirs de mon âge, mon œuvre avançait lentement, et elle ne fut tout à fait terminée que longtemps après, à mon retour d'Allemagne, où j'avais été attaché à une légation.
J'étais presque honteux d'avoir fait une tragédie; aussi je me gardais bien d'en rien dire, tant j'avais peur qu'on ne se moquât de moi , et qu'on ne me taxât de suffisance et de présomption. Mais quand j'étais bien seul et bien enfermé dans ma chambre, je me déclamais à moi-même des tirades et des scènes de mon ^rtaxercc, et je faisais le paon tout à mon aise. Cette petite vanité était bien innocente, car je ne portais pas la complaisance pour moi-même au point de croire que mon ouvrage fût digne d'être représenté; je n'en espérais pas autre chose que le plaisir qu'il me procurait, et je pensais qu'il devait, ainsi que son auteur, demeurer toujours inconnu. Le sort en avait ordonné autrement.
C'était en l'année 1810. Je me trouvais alors à Bordeaux, où l'on attendait Joanny, qui devait y donner quelques représentations. Dînant un jour avec deux de mes amis, qui depuis sont tous deux montés au pouvoir (l'un, il est vrai, n'est devenu que Minis-
tre, mais Tautre a été journaliste), la conversation tomba sur le théâtre, et nous passions en revue les pièces qui devaient composer le répertoire de Joanny, lorsque l'occasion, le vin de Champagne, et quelque diable aussi me poussant, il m'échappa de dire que moi aussi j'avais fait une tragédie. A peine ces mots étaient-ils sortis de ma bouche, qu'un rire éclatant, redoublé, intarissable, un de ces rires inextinguibles dont parle Homère, fit retentir la salle où nous dînions, et dut s'étendre bien au delà. Cette crise de gaieté, à laquelle mon air stupéfait fournissait encore de nouveaux aliments, se calma enfin jusqu'à permettre aux rieurs de parler. « Comment, mon cher, me dit alors Martignac, eu essuyant ses yeux et en se tenant les côtés, vous avez fait une tragédie? parbleu! cela doit être drôle; il faut que vous nous la lisiez, ça nous amusera. » Et les rires de recommencer. « Eh bien , oui , messieurs, m'écriai-je quand je pus placer une parole, j'ai composé une tragédie; et, puisque vous le prenez sur ce ton-là, vous l'entendrez, et vous l'entendrez jusqu'au bout; je ne vous ferai pas grâce d'un seul vers.» Un jour fut pris, une réunion fut convoquée, et je fis bravement ma lecture.
Cette fois les rieurs furent de mon côté, ou plutôt il n'y eut pas de rieurs; ma tragédie parut d'autant meilleure qu'on avait jugé d'avance qu'elle devait être détestable. Alors les têtes s'échauffèrent, et, se jetant d'une exagération dans une autre, passant tout à coup d'un dédain prématuré à un enthousiasme aveugle.
auditeurs décidèrent, séance tenante, que j*ëtais un homme de talent, et qu'ils feraient '}oucrjé rtaxerce sur le thëAtre de Bordeaux. Étourdi de tant de compliments, incapable de réunir deux idées, je consentis À tout ce qu*on voulut. Bientôt, et sans que je me mélasse de rien, les rôles furent distribués, celui de Joanny lui fut envoyé, on représenta Touvrage, et il obtint un brillant succès. Que dirai-je de plus? les applaudissements du public, les éloges et les critiques des journaux, une parodie de ma pièce, enfin un article bienveillant du célèbre abbé Geoffroy, rien ne manqua à mon triompbe.
C'est ainsi que, sans y penser, sans le vouloir, je fus poussé dans la carrière dramatique.
Je me suis demandé souvent s'il n'eût pas été plus heureux pour moi, au lieu de remporter cette victoire qui m'a engagé dans une voie nouvelle, d'essuyer un revers qui bien certainement m'eût empêché de tenter une seconde épreuve. En effet , si je n'avais pas cultivé les lettres, si je n'avais travaillé qu'à ma fortune, enfin si je n'avais eu d'autres insomnies que celles de l'ambition, peut-être, comme tant d'autres, serais-je aujourd'hui un grand personnage. £h bien, je le dis sincèrement et sans arrière-pensée, je ne regrette rien, je me félicite de la direction que j'ai suivie, et j'aime mieux être ce que je suis que ce que j'aurais pu devenir.
Sans doute la littérature m'a occasionné d'amers chagrins , mais c'est elle aussi à qui je dois mes plus
vives jouissances, ces jouissances que la fortune et le pouvoir ne sauraient donner. Est-il rien d'enivrant comme un succès au théâtre , quand les suffrages d'un véritable public sont sanctionnés par les gens de goût? Un succès au théâtre!... c'est une félicité pleine, entière, sans mélange; c'est un bien-être qui n'a pas de nom! Dans un pareil moment, on se sait bon gré d'être au monde, on foule sous ses pas toutes les misères de la vie, on se sent grand, on a dix pieds, et il n'est pas une destinée contre laquelle on voulût changer la sienne !
Je dirai plus, il n'est pas jusqu'au travail de la composition, travail souvent douloureux et accompagné de souffrances physiques , qui ne soit encore la source d'une foule de plaisirs qu'on ne peut comprendre sans les avoir éprouvés. Rencontrer une situation dramatique, un trait de caractère, un vers heureux, trouver l'épithète convenable, le mot vrai que l'on cherchait en vain depuis longtemps, ce sont là des joies qui ne sauraient se décrire. Non, l'avare devant son trésor, l'ambitieux atteignant le pouvoir, j'allais presque dire l'amant qui obtient un tendre aveu, ne peuvent goûter un bonheur aussi complet que le poëte lorsqu'il compose et qu'il est content de son ouvrage. Il est vrai que le sang- froid et la sévérité du lendemain ne confirment pas toujours ces enthousiasmes de la veille; mais qu'importe? au premier travail l'enivrement se renouvelle; et d'ailleurs n'est-ce donc rien que d'avoir été heureux quelques instants?
NOTICE SUR ARTAXBRCE. 9
Je viens de parler, et trop longuement peut-être, des jouissances de Tauteur dramatique; je ne dirai rien de ses tribulations, car je courrais le risque de n'être pas compris. Dans la carrière des lettres, nos dégoûts et nos chagrins dépendent surtout de notre caractère personnel, du stimulnnt qui nous excite, du but auquel nous tendons. Il est des écrivains qui éprouvent une répugnance invincible pour les démarches, les précautions , les bénéfices que d'autres trouvent tout naturels ; chaque auteur a une façon de voir et de sentir qui lui est propre; ce qui blesse et afQige celui-ci, trouve celui-là indifférent; les uns regardent comme licite et de bonne guerre ce que plusieurs appellent charlatanisme , intrigue et cupidité; enfin la dignité de Thomme de lettres est aujourd'hui comme certaines phrases des langues anciennes que chacun interprète et traduit à sa manière. J'aurais beaucoup à dire sur un pareil sujet; mais a quoi bon? D'ailleurs, et malgré mon désir d'être impartial , je craindrais d'être influencé par le souvenir des ennuis et des déceptions que j'ai rencontrés sur ma route : l'intérêt particulier se glisse partout , même à notre insu; et le moi est une ornière dans laquelle nous retombons toujours. Il vaut donc mieux m'arrêter ici , en remarquant toutefois qu'on ne fait pas payer patente à tous les industriels.
Revenons à mon ArUixerce, Cet ouvrage doi l m*être cher, car il me mit en rapport avec tout ce que Bordeaux avait alors d'hommes distingués. J'étais déjà
lié avec Martignac, mais ce fut seulement après la représentation de ma tragédie que je connus M. Laine, cet homme si sincèrement vertueux, simple et presque timide dans le commerce ordinaire de la vie, mais dont l'âme était si éloquente et si énergique lorqu'il fallait combattre à la tribune pour les vrais intérêts de la patrie, ou défendre les droits de la justice et de l'humanité; M. Ravez, ce président-modèle de la chambre des députés, si imposant et si digne en dirigeant les débats , qu'il résumait ensuite avec tant de lucidité; le comte de Peyronuet, qui a été en butte à bien des haines, mais cependant cœur noble, esprit élevé, et qui, pendant six ans, au Ministère de la Justice , a montré des talents et une impartialité que ses ennemis mêmes n'ont pu s'empêcher de reconnaître. Je pourrais citer encore plusieurs hommes, aussi remarquables peut-être que ceux que je viens de nommer; mais ils n'ont pas paru sur la scène politique , et ils ne sont guère connus que dans la ville qui était fière de leurs vertus et de leurs talents. Je ne puis omettre toutefois de mentionner Joseph Despaze et Edmond Géraud; le premier, auteur des Quatre Satires y qui firent tant de bruit en Tan VIII de la République; le second, poëte élégant et pur, critique plein d'instruction et de goût. Tous ces hommes m'ont honoré de leur estime, quelques-uns de leur amitié; et j'ai pu m'écrier, en parodiant Sédaine :
O mon succès, que je vous remercie !
C'est vous qui me valez cela.
Comme mon but, en rédigeant ces notices, n'est pas de me juger moi-même et d apprécier la valeur de mes pièces de théâtre, je ne dirai rien des qualités et des imperfections qui peuvent se trouver dans Ariaxerce, C'est mon premier ouvrage, un ouvmge qui n*était point destiné à la scène , et , à ce double titre, il mérite quelque indulgence. Néanmoins, j*ai longtemps hésité à lui donner une place dans ce recueil, et je ne me suis déterminé à Ty insérer que pour marquer mon point de départ. Le succès qu'a obtenu cette tragédie n'est dû qu'aux situations dramatiques qui s'y rencontrent, et presque toutes appartiennent à Métastase.
ARTAXERCE