‹ Œuvres dramatiques (volume 2)Chapitre 34 sur 363 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

ARTAXERCE, ARTABAN, ARBAGE, gardes.

AHBACE.

Dieux puissants ! est-ce là le dernier de vos coups 1

ARTABAN

Ah! Seigneur! quelle épreuve ici m'imposez-vous!

ARTAXERCE

Je connais Artaban, sa vertu me rassure.

ARTABAN

Hé bien! Seigneur, du sang j'étouffe le murmure; Je ferai mon devoir. Puisse ma fermeté Laisser un grand exemple à la postérité !

ARBACK.

Vous pourriez!...

ARTABAJÎ.

Oui, crains tout de ma vertu sévère Ingrat; je suis ton juge el ne suis plus ton pèi'e.

60 ARTAXERCE

ARBAGE.

Mon juge! cet emploi, vous l'osez accepter! Vous!

Je le dois. Sans doute il pourra m'en coûter; Je cède en frémissant au destin qui m'opprime ; Mais s'il me faut, ingrat, prononcer sur ton crime, Ne t'en prends qu'à toi seul ; oui, c'est toi qui m'as mis Dans la nécessité de condamner mon fils. Si prenant Artaban pour guide et pour modèle, Ton cœur à ses avis eût été moins rebelle, On ne te verrait pas, chargé d'un crime affreux, Sous d'infâmes liens paraître dans ces lieux.

ARBACE.

Qu'osez- vous rappeler à ma triste pensée? De tant d'horreurs enfin ma constance est lassée! Ciel ! aux yeux des Persans, aux yeux du monde entier, Périr sur l'échafaud comme un vil meurtrier! Méprisé de mon roi, de celle que j'adore, Voir mes jours innocens tranchés à leur aurore! Me voir déshonoré ! voir un père inhumain. Lui-même me portant le couteau dans le sein , Insulter aux malheurs qui pèsent sur ma tête ! Quoi I ne craignez-vous pas qu'un dieu vengeur....

AHTABAir.

Arrête, Malheureux! quel transport vient s'emparer de toi! Tu m'oses menacer ainsi devant ton roi !

ARBACE.

Qu ai-jc dit 1... Ai» ! Seigneur, excusez mon audace !

ACTB 111, SCÈNE IV. Gl

Mon pèrt', prdonnez au inalhcurcui Arbacc! Condamnez votre fils, ordonnez son trempas, Il tombe à vos genoux et ne murmure pas.

ARTABAN à part.

O gënëreux effort! ô vertu magnanime!

Mon fils! de mes fureurs tu serais la victime! Non y tu ne mourras pas, j'en atteste les dieux.

ARTAXERCR.

Ne cachez point les pleurs qui coulent de vos yeux , Artaban ; je vous plains, je ressens vos alarmes, Et je suis prêt moi-même à répandre des larmes. Mais ne prolongeons point ces douloureux combats; Que Ton ramène Arbace : obéissez , soldats.

ARBACE.

Adieu, mon père, adieu. Puisse cette sentence. Qui va bientôt en moi condamner Tinnocence, Par des regrets tardifs, par de cruels retours. Ne pas empoisonner le reste de vos jours! Puisse mon triste sort, épouvantant la Perse, Arrêter les complots trames contre Artaxerce ; Glacer ses ennemis, témoins de mon trépas, £t refermer Fabîme entr'ouvert sous ses pas.

( n tort. ) ARTAXKRCL.

Eh! que m'importe , hélas, cette funeste vie. Quand je ne vois partout que crime et perfidie ! Mais je crains de paraîti*e en Tétat où je suis; Et vais à tous les yeux dérober mes ennuis.

(Il»ort.)

62 AHTAXERCK,

Page 1