SCENE PREMIERE
CORNÉUE, SEMPRONIE.
CORNÉLIR.
Non, non, tous vos efforts ne sauraient in'abnsrr ;
Votre profond chagrin ne se peut déguiser.
Ma fille. Je vous vois triste, sombre, abattue ;
Un désespoir secret vous assiège et vous tue.
Qui tnoinsque vous pourtant peut se plaindre desdieux !
Les respects, les honneurs vous suivent en tous lieux.
Femme de Scipion, fille de Cornélie,
Vous, d'un sang à jamais Torgueil de Tltalie;
Vous, la sœur de Gains, ce tribun révéré.
Qui, bravant le Sénat contre lui conjuré.
Est lappui généreux du peuple qu'on opprime,
L*espoir de l'infortune et la terreur du crime.
Enfin le ciel sur vous épuisa ses faveurs :
Frère, époux, mère, aieux, naissance, ranj^, honneurs.
104 SClPIOiN ÉMILIEN,
Tout ce qui des mortels peut exciter l'envie,
Flatte ici votre orgueil, embellit votre vie!
Cependant le malheur semble vous accabler;
Vos pleurs sont, malgré vous, toujours prêts à couler.
Ah ! ne me cachez plus votre douleur amère.
Et versez vos chagrins dans le cœur d'une mère.
SEMPRONIE
Pourrais-je, auprès de vous, ne me pas rappeler Les faveurs dont les dieux ont daigné me combler? Mais, comme leur bonté, j'ai senti leur colère! Ne m'ont-ils pas ravi Tibérius mon frère? C'est son trépas affreux qui cause ma douleur; Il poursuit ma pensée, il tourmente mon cœur. Pour ce frère chéri, l'honneur de sa famille. Mes larmes à jamais....
Vous me trompez, ma fille.
Perdre ceux que Ton aime est un coup douloureux, Et les premiers instants sans doute sont affreux. Mais le temps de nos maux adoucit l'amertume; Aux consolations notre âme s'accoutume; Et les Destins, soigneux du bonheur des mortels, Ne nous ont pas permis les regrets éternels. Tibérius n'est plus; mais enfin sa mémoire Des héros ses aïeux ne flétrit point la gloire; A nos derniers neveux son nom sera sacré. Vous, sa sœur, vous, mon sang , auriez-vous désiré Que du peuple romain trahissant la défense, Et vendant au Sénat sa coupable éloquence , Le fils des Scipions, d'opprobre revêtu,