‹ Œuvres dramatiques (volume 2)Chapitre 63 sur 363 · ACTE 1 , SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE 1 , SCÈNE I

Eût prolonge sa vie au prix de sa vertu? I9on , vous n'eûtes jamais une telle pensée : L*onibrc de votre frère en serait ofTensëe ! Non, de ses beaux destins vous ne gëroitaes pas; Vous êtes, comme moi, fière de son trépas.

SFMPROIflE.

Madame, cependant....

CORlfÉLIE.

Vous me trompez, vous dis-je.

Ce silence obstine me surprend et m^afHige. Votre cœur d*un remords sent-il le poids cruel?... Ce qu*on craint d'avouer doit être criminel.

SEMPROMIE.

Ma mère , épargnez-moi. Non , jamais Sempronie Ne sentit du remords Taffreuse ignominie. Votre sang à ce point ne peut se démentir : Je connais le chagrin et non le repentir. Du sujet de mes pleurs, quoi ! vous doutez encore! Vous pouvez demander quel ennui me dévore! Ah ! jetez un moment les yeux autour de vous ; Voyez quel est mon frère et quel est mon époux. Vous le savez, Madame, à vos ordres docile. J'unis mes jours à ceux du fils de Paul Emile. J'avouerai même ici que ces illustres nœuds Plaisaient à mon orgueil et comblaient tous mes vœux : Ce héros, adopté par votre auguste frère. Déjà de sa valeur avait rempli la terre ; Aux Grecs, aux Vaccéens son bras déjà fatal Annonçait l'héritier du vainqueur d'Annibal.

£h bien , c'est par lui seul que mon âme est blessée A le haïr enfin lui-même il m'a forcée.

CORNÉLIE

Le haïr^ dites- vous I

StMPRONIE.

Et c'est là mon tourment !

Longtemps j'ai combattu cet affreux sentiment ; Mais il prend chaque jour une force nouvelle. Vers mon époux en vain !e devoir me rappelle. Des Gracques Scipion fut toujours l'oppresseur : Et des Gracques enfin Sempronie est la sœur; L'hymen à les trahir ne m'a point réservée. Sous vous yeux maternels auprès d'eux élevée, Admise à leurs leçons, à leurs jeunes essais. De vos soins avec eux partageant les bienfaits, J'appris à les aimer dès ma plus tendre enfance : Tout nous était commun, plaisir, peine, espérance. Et je romprais des nœuds si sacrés et si doux! Mon cœur s'associerait aux fureurs d'un époux !... Dans ces jours malheureux où Rome vit éclore L'hydre des factions qui la déchire encore, Tibérius périt sous les coups du Sénat: Scipion applaudit à cet assassinat!

Et son zèle implacable, à tous les miens funeste, Veut me ravir encor le frère qui me reste ! Sans cesse il le poursuit, et le nomme en tous lieux Et citoyen rebelle, et tribun factieux.

De cette inimitié je deviens la victime: Être sœur de Caïus à ses yeux est un crime ; Et par ses froids dédains je vois trop confirmés

▲GTE 1, SCÈNE I. 107

Les bruitH qui dès longtemps dans Home .nonC sem^ On dit que, fatigué d'un pesant hyménëe, Scipion veut briser sa chaîne infortunée !... Voilà quel est mon tort. Jugez de mes douleurs ! Mais ce n*est plus Tamour qui m'urracbe des pleurs. Que mon époux , s*il veut , me baisse ou m*adore , Qu'importe ? mais du moins qu'il me respecte encore. Un cœur qui de vos soins a connu tout le prix , Peut supporter la baine et non pas les mépris.

Cor H EUE.

Ma fille , vous savez combien vous mY*tes chère ; Le poids de vos chagrins accable votre mère. Je vois avec douleur votre époux et mon fils. Soutenant au Forum de contraires avis.

Diviser à la fois TEtat et ma famille. Mais je n'approuve pas, je l'avouerai, ma fille. Les reproches amers que votre affliction £q ces jours de discorde adresse à Scipion. Il condamne , il est vrai , le partage des terres , Il s'oppose à Caïus , combat les lois agraires ; Il croit ainsi de Rome assurer le bonheur : Nous devons l'estimer jusque dans son erreur. De tribun factieux il traite votre frère ! Mais Caïus n'a-t-il point de reproche à se faire ."^ Ce peuple , dont il veut terminer les tourments , Est témoin chaque jour de ses emportements. Le plus léger obstacle irrite son audace; Il prodigue d'abord l'insulte, la menace ; Jusqu'aux derniers excès prêt à s'abandonner, Il aigrit les esprits qu'il aurait pu gagner ;

Et lorsque la vertu le conduit et réclaire ,

Il semble n'écouler qu'une aveugle colère

Ënfîn sur de vains bruits accusant Scipion ,

Il prétend, dites-vous, rompre votre union.

Ce serait , je l'avoue, un affront bien sensible !

Vous répudier! vous!... non, il n'est pas possible;

Je n'en crois rien, ma fille. Il n'a point oublié

A quel illustre sang il se trouve allié.

Et quand vous n'auriez pas ces vertus révérées

Qui par mes tendres soins vous furent inspirées ;

Je vous donnai le jour , c'est assez : votre époux

Saurait , n'en doutez pas, me respecter en vous.

Cessez donc de nourrir des craintes insensées ;

Eloignez , croyez-moi , ces funestes pensées :

Se créer des tourments lorsqu'on peut être heureux ,

C'est insulter, ma fille, à la bonté des dieux.

SEMPRONIE

Lorsqu'on peut être heureux ! Le pensez-vous, Madame ? Non : vous voulez calmer les peines de mon âme ; Quand vous-même sans doute approuvez en secret Les reproches

CORNIÉLIE.

Ma fille, Octavius paraît.

Ami de Scipion, ii pourra, je l'espère , Des torts de votre époux m'expliquer le mystère.

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