‹ Œuvres dramatiques (volume 2)Chapitre 69 sur 363 · SCIPION, OCTAVIUS · texte numérisé non relu

SCIPION, OCTAVIUS

SCIPIOIf.

L*ai-je bien enteodu ? c'est moi que Scmprooic Ose accuser ainsi du malheur de sa vie ! G*est à moi quelle impute, en ses emportements. Le mépris du devoir et Toubli des serments !

OCTAVIUS

Il est trop vrai y Seigneur. Cornëlie elle-même , Séduite par les pleurs d'une fille qu'elle aime , A d'odieux soupçons se laissant entraîner , Est , malgré vos vertus , prête à vous condamner.

SCIPION

Fortune , à qui je dois tant d'honneurs, de couronnes. Que tu fais payer cher les biens que tu nous donnes! Lasse de me servir , a»-tu donc entrepris De me fermer le cœur de ceux que je chéris ! Pour mes concitoyens marchant à la victoire , J'ai cherché quarante ans leur bonheur et leur gloire; Rome était tout pour moi : je tâchais chaque jour Par de nouveaux efforts de fixer son amour... Eh bien , de mes travaux quelle est la récompense ! Je m'oppose à des lois qu'approuve la licence;

On m'accuse, on m'outrage, et des séditieux

Au peuple que je sers me rendent odieux !

Et lorsque la douleur dont mon âme est remplie

Par l'amitié des miens devrait être affaiblie ,

Le sort cruel , partout répandant son poison ,

M'offre des ennemis dans ma propre maison !

La haine que j'entends dans les clameurs publiques,

Trouble aussi le repos de mes dieux domestiques ;

Et des chagrins amers qu'au Forum je reçois

Une épouse égarée augmente encor le poids !

OCTAVIUS

Ne connaissez- vous pas, Seigneur, la multitude,

Et son aveuglement et son ingratitude ?

Par d'autres traitements Rome a-t-elle jamais

Honoré les vertus et payé les bienfaits?

Vile dans le danger , et fière après l'orage ,

Elle insulte au héros qui prévint son naufrage.

Mais si dans cet instant du haut de nos remparts

On voyait des Gaulois flotter les étendards ,

Ces plébéiens viendraient, pliant leur insolence,

Implorer les secours du vainqueur de Numance ;

Leur orgueil consterné fléchirait devant vous :

Goriolan banni vit Rome à ses genoux.

De ce-peuple inconstant qu'importe le caprice?

Peut-il de votre gloire ébranler l'édifice?

Ah ! sans vous occuper de ses vaines clameurs ,

Laissez-le à ses tribuns prodiguer ses faveurs.

Puisqu'il rompt les liens de la reconnaissance ,

Puisqu'à ses flatteurs seuls il donne la puissiince ,

De sou affection cessez d'être jaloux :

ACTB IL SCRNR 1. 1i3

Son amour inaiiitcnant iiVst plim digne de voti«. Quant aux chagrin!) profonds qu^une épouse fait naître. Je respecte un secret....

SCIPION

Vous allez le connaître; C'est trop vous le cacher. Je me livre à vos soins ; Quand vous saunez mes maux je les sentirai moins. Issu d\ine maison en grands hommes fertile , J'aurais dû succéder au nom fameux d'Emile ; Mais, dès mes jeunes ans, le HIs de Scipion M'adopta ; je devins l'héritier de son nom ; £t bientôt, de sa sœur en m'accordant la fille, H voulut doublement m'uuir à sa famille. J'épousai Sempronic. £n formant ce lien , Je croyais assurer son bonheur et le mien. Quelle était mon erreur ! A peine l'hyménée Au sort de Sempronie eut joint ma destinée. Je vis fuir ce bonheur dont je m'étais flatté. Ses vœux ambitieux , ses froideurs, sa fierté Étouffèrent d'abord lamour à sa naissance. Bannirent loin de nous la tendre confiance; £t l'espoir d'être aimé , pour moi si plein d'attraits , £n déchirant mon cœur le quitta pour jamais. Ce n'était rien encor. Quand l'aîné de ses freines Fit revivre la loi du partage des terres , £t qu'il trouva la mort en suivant ses projets , Son désespoir m'osa proposer des forfaits. Elle eût voulu me voir, à l'État infidèle. D'un coupable tribun embrasser la querellr ; A la rébellion outraincr mes soldats.

Et mettre Rome en feu pour venger son trépas. Mon refus indigna cette épouse hautaine : Elle ignorait l'amour, elle connut la haine. Depuis ce jour, ami, j'ai tenté vainement De calmer les transports de son ressentiment. Que dis-je? le Sénat dont je défends la cause , Les desseins de Caïus auxquels ma voix s'oppose , Tout, dans ces temps de trouble et de sédition , Fournit un alimenta son aversion.

Pour apaiser enfin l'altièrc Sempronie, lime faudrait trahir l'honneur et la patrie.... Ainsi , vous le voyez, je dois jusqu'au tombeau De son inimitié supporter le fardeau.

OCTAVIUS

Eh! qu'avez-vous besoin des efforts de mon zèle, Pour soulager des maux dont la cause est si belle ! Cependant espérez. Oui , Sempronie enfin Peut encor, du devoir retrouvant le chemin , Rappelant les leçons de son auguste mère , Réparer ses erreurs, effacer..,.

SCIPION

Que j'espère î...

Sans doute , cher ami , son cœur a des vertus ; Mais, hélas! dévouée aux desseins de Caïus, C'est par lui qu'elle agit, qu'elle sent, qu'elle pense ; 11 possède lui seul toute sa confiance : Ce frère audacieux sur elle a tout pouvoir.

OCTAVIUS

Mais peut-être ce jour va trahir son espoir.

A nommer ses tribuns Rome aujourd'hui s'apprête ;

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