‹ Œuvres dramatiques (volume 2)Chapitre 75 sur 363 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

SCÏPION, CAÏUS.

CAÏUS

Nous, agir de concert! en vain elle l'espère.

SCI PION.

Si dans ce trouble affreux Rome vous était chère, Si par ses intérêts vous vous laissiez guider, Aisément nos avis se pourraient accorder.

CAÏUS

Si Rome m^était chère ! Ah ! par plus d'un service J'ai prouvé que pour elle....

SCÏPION.

Oui, je vous rends justice.

Vous avez des vertus que Ion ne peut nier : Ce que Rome vous doit ne saurait s'oublier. Nos villes, grâce à vous, par des routes nouvelles, Aisément aujourd'hui comuuiuiqueut entre elles. La famine souvent désola nos cités:

Ses ravages affreux par vous sont arrêtés. Prévenant des saisons les funestes caprices, Vous avez élevé de vastes édifices Où les fruits des moissons, amassés par vos soins.

Des peuples rassurés attendent les besoins. Mille dons, en un mot, ornent votre jeune âge : J admire vos talents, vos mœurs, votre courage; Mais de ces qualités vous ternissez l'éclat , En soutenant des lois qui déchirent l'Etat.

CAÏUS

Aux ennemis du peuple elles semblent cruelles;

Je le sais. En effet. Seigneur , qu'ordonnent-elles ?

Que les pauvres seront par l'Etat soulagés;

Que les pays conquis leur seront partagés ;

Que le riche, arrêté par d'utiles barrières ,

N'accroîtra pas les champs qu'il reçut de ses pères.

Voilà, voilà ces lois que je veux maintenir.

Les grands possèdent tout, veulent tout retenir;

Eux seuls, par leur orgueil et leur basse avarice ,

Ont conduit la patrie au bord du précipice.

Ils méprisent nos maux, ils usurpent nos biens ,

Ils font dans les cachots gémir des citoyens!...

Le peuple n'est pas fait pour ramper sous des maîtres :

Il réclame les droits qu'il tient de ses ancêtres ,

Et veut, s'affranchissant de la cupidité ,

Ramener dans ces murs l'ancienne égalité.

SCIPION

L'égalité pouvait convenir à nos pères.

De ces premiers Romains les mœurs simples, austères.

Leur respect pour les dieux, leur noble pauvreté

De l'empire naissant faisaient la sûreté.

Mais lorsque la fortune en tous lieux nous seconde,

Quand la cité de Mars est la reine du monde ,

Quand la corruption a gagné tous les cœurs.

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