‹ Œuvres dramatiques (volume 2)Chapitre 80 sur 363 · SCIPION, OCTAVIUS · texte numérisé non relu

SCIPION, OCTAVIUS

SCIP ION

£h bien! le choix du peuple est-il enfin connu?

Au nombre des tribuns Caïus est maintenu.

Sans doute? et les Romains comblant son espérance,

Ont encor prolongé sa funeste puissance ?

Parlez, à ce malheur sommes-nous condamnés ?

OCTAVIUS

Les suffrages déjà sont en efTet donnés;

Mais on ignore encor Farrét qu'ils ont pu rendre.

Cependant, en secret , que vient-on de m apprendre ,

Seigneur? Le dois-je croire? on dit que le Sénat

N'ose prendre sur lui le salut de FEtat;

Qu'en ce pressant danger en vous seul il espère.

Qu'il veut vous revêtir d'un sacré caractère

Qui réunisse tout en votre seule main,

Et vous donne dans Rome un pouvoir souverain ?

SCIPION

Oui, tel est son dessein.

OCTAVIUS

C'est le ciel qui l'inspire!

Le ciel qui vous destine à sauver cet empire.

142 SCÏPION ÉMILIEN,

SCIPION

Que d'obstacles à vaincre! Ah ! dois-je me flatter... .

OCTAVIUS

Bientôt votre vertu saura les surmonter. Enfin un dictateur, en cet instant critique, Peut seul utilement servir la république. Sur de moindres moyens il ne faut plus compter. Si Caïus est tribun, on doit tout redouter ; Si ses vœux sont déçus, pourra-t-il se contraindre, Et ses ressentiments seront-ils moins à craindre? Mais sous un magistrat plus puissant que les lois. En vain les factieux élèveront la voix. Méprisant les efforts de leur haine stérile, Vous éteindrez les feux de la guerre civile; Vous saurez rappeler le bonheur et la paix. Et vaincre les Romains à force de bienfaits.

SCIPION

Ah! puissé-je remplir une tâche si belle!

Mais j'accepte en tremblant ce rang où l'on m'appelle.

C'est un fardeau pesant, il pourra m'accabler.

OCTAVIUS

Vous, Seigneur?

SCIPION

Cher ami, que sert de s'aveugler?

Dans la cité de Mars, dégradée et flétrie, Il n'est plus de Romain qui songe à la patrie. De honteux intérêts, de viles passions.

Échauffent la fureur de nos dissensions; Le nom sacré de Rome a perdu sa puissance ! D'un côté, c'est un peuple en proie à la licence.

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