SCIPION, CAÏUS, FULVIUS
FUI.VIUS.
Sans frémir pourras-tu m écouter,
(A Sdpion.) Caïus?... Mais en ces lieux qui peut vous arrêter? Ignorez-vous quel deuil au Sénat vient de naître?
CAÏUS
Que dis-tu ?
SCI PION.
Quel discours !
FULVIUS
Vous avez su peut-être Quel sort s'est attiré le vil Antyllius, Ce licteur insolent de votre Opimius?
£h bien , en ce moment , d'un funèbre cortège Les grands ont ordonné la pompe sacrilège. Les consuls, le Sénat, abjurant leur bauteur. Suivent en gémissant les restes d'un licteur! Des Romains, revêtus de dignités curules, Font retentir les airs de plaintes ridicules. Il semblerait, à voir l'excès de leurs douleurs. Que l'État est en proie aux plus affreux maîbeurs. Que nous venons de perdre un béros, un grand bomme. Ou qu'Annibal encore est aux portes de Rome.
caUis.
Oui , je le reconnais ce Sénat si vanté !
Oui, voilà sa justice et son humanité!
Pour un mortel abject , un obscur mercenaire
Qui de son insolence a reçu le salaire,
Il prodigue aujourd'hui les larmes, les honneurs;
A cet audacieux il cherche des vengeurs!
Et ce même Sénat , aux yeux de Rome entière.
Jadis au Capitole assassina mon frère ,
Le fils des Scipions , un magistrat sacré l
Que dis-je ? à quels tourments ne Tont-ils pas livré ?
Leur rage renversa cette auguste tribune
Où sa voix si souvent protégea l'infortune,
Et d'infâmes débris ils armèrent leurs mains
Pour arracher la vie au plus grand des Romains!
D'un frère infortuné , dans ces instants funestes,
En vain je réclamai les déplorables restes :
Sa mort, dont les cruels se disputaient l'honneur,
Avait lassé leurs bras, mais non pas leur fureur.
Des larmes d'une mère ils ont privé sa cendre !
Et jaloux des honneurs que nous voulions lui rendre,
Refusant au tombeau son corps ensanglanté ,
Dans les gouffres du Tibre ils l'ont précipité!
O mon frère , pardonne à Caïus qui t'honore ,
Si ton affreuse mort n'est point vengée encore !
C'est peu de succéder à tes nobles desseins ,
Je devais avant tout punir tes assassins.
Eh bien , ils périront ou je perdrai la vie:
De tes bourreaux demain j'affranchis la patrie.
C'est devant vous, Seigneur, que j'en fais le serment;
Le crime recevra son juste châtiment.
Yous verrez si Caïus sait tenir sa parole.
aCTK m, SCfeWE VI. 1>5
SCI Pion.
£h bien , je vou5 attends demain an Capitoir. Le Signât s y rendra pour abolir vos lois, Affermir sa puissance et maintenir ses droits. £t puisque la vengeance a pour vous tant de cbarmes, Puisque vous menacez de recourir aux armes , C*est moi qui tiendrai léte h la rébellion : Venez , si vous Posez, combattre Scipion.