ACTE II, SCÈME IV SOI
DUPRK.
Essaye un peu.
CHAHI.R8.
Ton fils?
Mon fils.
DUPRK.
CHARLES
Bah! hah!
DUPRÉ
Ceci n'est point un jeu.
CUARLKS.
Quoi! d'un trait aussi noir tu te rendrais coupable ? C'est une atrocité !
DUPRÉ
Dont je suis très-capable.
CHARLES
Ëh bien ! puisque sur toi la raison ne peut rien , De te désespérer je sais un bon moyen. Ton orgueil avec moi trouvait toujours son compte, Je te faisais honneur.... je veux te faire honte. J'aurai des vêtements mesquins, de mauvais goût. Dans un fiacre, en plein jour, je paraîtrai partout, Au spectacle jamais je n'irai qu'au parterre. Je fuirai mes amis, je vivrai solitaire!.... Ce changement subit, on voudra l'expliquer; On dira que de tout tu me laisses manquer; Et dans huit jours au plus, chacun, je le parie. Sera persuadé de ta lésinerie.
DIIPRIÉ.
11 a perdu l'esprit !
CHARLES
Sois raisonnable ; allons , Ne deviens pas ainsi la fable des salons. Songes-y, tu me dois bien plus que tu ne penses; Ta réputation s'accroît par mes dépenses. J'ai des chevaux de prix? mais quel affront pour toi Qu'un duc ou qu'un marquisfût mieux monté que moi! Sur mes brillants rivaux quand j'obtiens la victoire, Mes voitures , mon train , concourent à ta gloire ; C'est pour te faire honneur, pour illustrer ton nom, Que j'invente la mode et dicte le bon ton. Pour ma mise et mon goût partout on me renomme. On demande souvent : « Quel est donc ce jeune homme ? «■ — Lequel?' — Là, devant vous, ce joli cavalier? « — C'est le fils de Dupré. — -De Dupré le banquier? « —Oui. — Jeune homme charmant ! fortune colossale. Et ton nom aussitôt parcourt toute la salle. Que diable! c'est flatteur! on doit payer cela.
DUPRÉ
Est-il un étourdi pareil à celui-là ?
Qu'en dites-vous, Germain?
GERMAII«.
Mais je dis qu'à son âge Peut-être bien, monsieur, vous n'étiez pas plus sage.
C'est parler comme il faut ; car encore aujourd'hui....
DUPRÉ
Vous me conseillez donc d'avoir pitié de lui?
GERRTAm.
Sans doute; et je fais plus, monsieur, je vous en presse.