I.K BARON
Permettez que je vous remercie :
Nous vous devons heaucoup; et mon cœur apprécie Tous les aimables soins dont ma fille est Tobjet.
DU PRÉ
J'ai rempli mon devoir.... laissons un tel sujet. Ma belle-sœur, toujours si vive, si pressante. Vous a-t-elle logé d'une façon décente?
De votre pied-à-terre etes-vous satisfait ?
LK BARON
Pied-à-terre ? Comment ! appartement complet ! Cinq pièces de plain-pied, de superbes tentures. Un luxe de tableaux, de glaces, de dorures! £t pour un vieux soldat par la goutte assiégé ! D'honneur, notre préfet n'est pas si bien logé.
DIIPRÉ.
(A part.) (Haut.)
Parbleu, je le crois bien! Ma joie est inBnie, Si monsieur le baron....
Que de cérémonie ! Vous vous moquez , je pense : allons , changez de ton ,
Et mettez de côté ce monsieur le baron. Croyez-vous voir en moi l'un de ces gentillâtres. Avec juste raison bernés sur nos théâtres , Qui , promenant l'orgueil de leur oisiveté , Exigent les honneurs dus à leur qualité? Je ne suis pas atteint d'un pareil ridicule : D'en agir sans façon n'ayez pas de scrupule; Traitez-moi comme ami, cela vaudra bien mieux. .
DTJPRÉ.
Votre titre pourtant, vous semble précieux : Vous y. tenez beaucoup , ni'a-t-on dit. -
Je l'avoue.
La fortune m'a mis au plus bas de sa roue ; Elle me fut contraire, elle peut l'être encor ; Mais un nom honorable est le premier trésor. Un pareil préjugé n'est point une faiblesse. Mes aïeux dans les camps ont acquis leur noblesse ; Et, depuis trois cents ans, l'histoire a signalé Qu'il n'est point de bataille où leur sang n'ait coulé. De tant de braves gens je suis fier de descendre. A servir mon pays, comme eux j'osai prétendre; Et, dans ces jours fameux de forfaits et d'exploits. Lorsqu'un nom n'ouvrait plus la route des emplois, Du simple grenadier devenu camarade, J'ai porté le mousquet , j'ai gagné chaque grade ; Au milieu des hasards , en suivant nos guerriers. Aux lauriers paternels j'ai joint quelques lauriers; Et mes nombreux travaux, du moins j'aime à le croire, D'une ancienne famille ont rajeuni la gloire.