‹ Œuvres dramatiquesChapitre 185 sur 346 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LE VICOMTK,»eul.

Ah! le plus fort est fait!

Oui, j'ai dû, de mes vœux cachant la hardiesse, Confesser à Verteuil mon amour pour sa nièce.... De l'amourPmoi, bon Dieu !.. Sans doute; et de nosjours Une riche héritière en inspire toujours. Soyons prudent ! Il faut, pour me livrer Pauline, Qu'Eugène maintenant rompe avec sa cousine. Déjà d'un amour pur il ne sent plus le prix. Ces Gâtons de province, arrivant à Paris, Le front encor paré des lauriers du collège , Toujours au premier choc .sont jetés dans le piège; L'air qu'ici l'on respire égare leurs désirs , Et c'est dans les excès qu'ils cherchent les plaisirs. J'ai pris soin d'y pourvoir, et sans me compromettre. De mes adroits calculs je dois tout me promettre. Mais madame d'Orthis?... Oui, cette liaison Me gêne.... Ah ! je Tespère, elle entendra raison. Un amour de deux ans ! c'est presque ridicule ! De briser ces liens n'ayons aucun scrupule: Je la sers elle-même en travaillant pour moi, Je n'en saurais douter.... C'est elle que je voi ! Profitons sans retard de cette conjoncture , Et tâchons doucement d'amener la rupture.

ACTt; I, SCKNK lli. 331

SCkNE 111.

LA BAKONNE, LE ViaJMTE.

I A liARONMfr.

Ah ! cest vous, Saiiit-I^uroiit?

LE VICOMTE

Oui, je vous attendais.

LA BARON NK.

Vous m attendiez ?

Sans doute ; et loin de vos attraits Ma vive impatience....

LA BARONNF.

Allons! quelle folie!

LE VICOMTE

D'honneur, je ne vous vis jamais aussi jolie.

LA BARONNE

Vous voilà bien galant.

LK VICOMTE

Croyez-en mes discours.

LA B A RO NICE, à part.

Est-ce que, par hasard, il m'aimerait toujours? (Haut.) Moi-même à vous revoir j'ai grand plaisir, vicomte.

LE VICOMTE

(Apart.) Ah ! vous me ravissez. Ce n'est pas là mon compte. (Haut.) J'avais craint que le temps....

LA BARONNE

Votre exemple est ma loi.

LE VICOMTE

Franchement, votre cœur n'est pas change pour moi?

LA BARONNE

Comment ! vous eu doutez ?

Non.

LA BARONNE

Est-ce que vous-même Vous n'éprouveriez plus....

LE VICOMTE

Oh ! si fait ! je vous aime.

LA BARONNE , à part.

Quel contre-temps! Eh quoi ! toujours dissimuler!

LE VICOMTE , à part.

C'est jouer de malheur! et je n'ose parler.

LA BARONNE

A notre hymen prochain ainsi rien ne s'oppose?

LE VICOMTE

Rien; c'est un joug léger que l'amour nous impose.

LA BARONNE

Et fidèles tous deux à nos engagements....

LE VICOMTE

Nous allons nous lier par les plus doux serments.

LA BARONNE

Quel instant fortuné!

LE VICOMTE

Quel moment délectable !

ACTK I, SCfeUR Ht. ^^3

LA BAftO«lll,èpi»1.

Je n*y peux ptii» tenir !

Lr. VICOMTE , à pMt.

Elle est insupportable !

LA BABOffflR, à part.

Bien ! j y suis !

LF. VICOMTE, àpMt.

Il faut rompre, et je dois tout risquer.

LA BARONNE

Ecoutez, Saint-I^aurent, il faut nous expliquer. Je ne in*at tendais point h ces ardeurs subites; Car vous ne m^aiinez pas autant que vous le dites.

LE VICOMTK.

Qui ? moi ?

LA BARONNE

Vous flattiez- vous dem*en faire un secret? A vous bien observer j'avais trop d'intérêt. Non, ce n'est plus vers moi que votre cœur incline.

LE VICOMTE

Baronne, en vérité....

LA BARONNF.

Vous adorez Pauline.

LE VICOMTB.

LA BARONNE

J'en suis sûre : osez me démentir.

LE VICOMTE

Mais.. .

LA BARONNE

Et VOUS me livrez, ingrat, au repentir.

LE VICOMTE

Ah çà, croyez-vous donc me prendre ici pour dupe? Rompre avec moi , voilà le soin qui vous occupe; C'est vous qui, d'un prétexte au hasard inventé. Cherchez à colorer votre infidélité.

LA. BARONNE

Mon infidélité? Quoi! me faire une scène!...

LE VICOMTE

Pourquoi pas, s'il vous plaît ? oui , le charmant Eugène Est aujourd'hui l'objet de vos tendres amours ; De la coquetterie employant les détours, Vous ne ménagez rien pour surprendre son âmo.

LA. BARONNE

Vous osez m'accuser....

LE VICOMTE

Ah ! j'ai des yeux , madame.

Eh bien ! oui, oui, monsieur, je le trouve charmant;

Il est l'unique objet de mon attachement ;

Je ne vois plus que lui, pour lui seul je respire.

Et captiver son cœur est le but où j'aspire.

Peu m'importe, après tout, ce que vous en direz.

LE VICOMTE

Eh bien! à votre tour, madame, vous saurez Que Pauline en effet a toute ma tendresse; Qu'elle seule me plaît, me charme, m'intéresse, Et que, pour elle seule arrêté dans ces lieux. Toute autre affection n'est plus rien à mes yeux.

LA BARONNE

Quoi! sérieusement, Pauline vous est chère?

AcrK 1, soÊNK m. as»

LB VICOJCTI.

Voun 110 plaisantez pat, Eugène a au vous plaire?

LA BàROPTNK.

J*en conviens; les détours sont ici superflus.

LB VICOSfTR.

Vous 110 nruinioz plus?

LA BARONNR.

Non. Kt vous ?

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