ACTE II, SCfeNK II riM
Déjà je lo préparc, et ion esprit facile....
(Haut.)
Nous verrons. £t Pauline?
IRAIfÇOIS.
Ursule, hier malin, l/a conduite, monsieur, au faubourg Saint-Martin, Chez ces dames pour qui vous avez tant d*cstime.
ROUGEVAL.
Sans doute; et je leur paie un tribut lëgitime. Elles usent leur vie en de pieux combats. Et n*ont aucune attache aux choses d'ici-bas. î^ur retraite, François, des vertus est le temple : Plût h Dieu que partout on suivît leur exemple ! Pauline fera bien d'aller souvent les voir. Poursuivons. A Lucienne ont- ils ëtë le soir?
FRANÇOIS
Non pas ; h ce projet le temps a mis obstacle : Alors ils ont été tous les trois au spectacle.
ROVGEVAL.
Voilà les mœurs du siècle ! ô coupables excès ! A quel théâtre, au moins?
FRANÇOIS
Au Théâtre- Français.
ROUGEVAL.
Que donnait-on ?
FRANÇOIS
Tartufe.
ROUGEVAL.
Oui? cet ouvrage infâme?
Y mener ses enfants! empoisonner leur âme !
Quoi ! l'autorité même, impassible témoin.... Un jour viendra, j'espère, et ce jour n'est pas loin, Oîi nous pourrons enfin , réprimant ce scandale , Par la rigueur des lois rétablir la morale. N'avez-vous plus rien ?
FRANÇOIS
Rien , autant que je puis voir.
Non.... A moins que monsieur ne veuille aussi savoir Ce qu'a fait la baronne, ou monsieur le vicomte?
R013GEVAL.
Non, non; mon jugement est fixé sur leur compte. Ce sont gens qu'on est sûr de trouver au besoin , Et de les observer épargnez-vous le soin.
FRANÇOIS
Il suffit. Mais, tenez, il faut ne rien vous taire; Et si vous permettez....
ROUGEVAL.
Parlez-moi sans mystère.
Qu'avez-vous sur le cœur? Voyons, mon cher François.
FRANÇOIS
Eh bien , de mes rapports je rougis quelquefois.
Oui ; monsieur de Verteuil me paie, il est mon maître.
Me comble de bontés; et vous faire connaître
Ce qu'on dit, ce qu'on fait ainsi dans la maison.
Il le faut avouer, c'est une trahison.
A vos ordres souvent à regret je me prête.
ROUGEVAL.
Bien, François, ce scrupule est d'un garçon honnête; Je me plais à vous voir en de tels sentiments : Fort bien!... mais je vous dois des éclaircissements.
ACTK lî, SCftNE 11. 3.V1
La trahison sans doute est vn soi (Jôt(*»lable; Mais, ainsi que Ta dit un homme rcsprctablr, On peut rtctifier le mal de V action Avec la pureté de notre intention.
Une chose devient innocente ou c onpablt* Suivant que le motif est l)on on condamnable. L*acte que Ton counnct, par lui-m^-mc n'est rien, CW le but seul qui fait ou le mal ou le bien. £t, par exemple, ici, lorsqu*avec tant de zèle Vous me venez de tout rendre un compte fidèle , Avons-nous, vous ou moi, quelque mauvais dessein? A qui rapportez-vous ce qui se passe, enfin? C*est à moi, moi, lami de la famille entière. Moi, qui veux des grandeurs leur ouvrir la carrière; Et les renseignements que par vous seul j'obtiens. De mieux servir Verteuil me donnent les moyens. Ainsi, d*un petit mal puisqu'un grand bien doit naître. Au lieu de le trahir, vous servez votre maître. Chassez donc des terreurs qui sont hors de propos. Bannissez tout scrupule, et vivez en repos.
FRANÇOIS
Comme on s'instruit pourtant !
ROUGtVAI..
Que tout le monde ignore !...
FRANÇOIS
Sans doute.
ROUGEVAL.
Allez , François.
FRANÇOIS
Je voudrais bien encore....
Car vous êtes si bon !... Si j'osais vous prier.... C'est un (le mes amis , un honnête ouvrier, Qui sort de maladie , et qui n'a pas d'ouvrage.
ROUGEVAL.
L'infortuné ! peut-être on l'insulte, on l'outrage!... Pense-t-il bien ?
FRANÇOIS
Michel? oh ! sous tous les pouvoirs....
J'entends s'il est pieux, s'il remplit ses devoirs?
FRANÇOIS
Certainement.
ROUGEVAL.
François , tous les hommes sont frères : Us se doivent sans doute aider dans leurs misères; Mais de servir le ciel pour nous montrer jaloux , Ne secourons que ceux qui pensent comme nous.
FRANÇOIS
Oh ! monsieur, mon ami, dans son malheur extrême....
ROUGEVAL.
Soit; vous me l'enverrez.
FRANÇOIS
Il est ici lui-même.
ROUGEVAL.
Eh bien ! je vais le voir; vous pouvez l'appeler.
FRANÇOIS, à Michel qui paraît.
Michel l Michel ! Monsieur consent à te parler. Il te protégera, j'en suis certain.
MICHEL
Je tremble.
ACTB II, SCÈNE m. 355
FRANÇOIS
Du courage ! Je sors, et je vous laisse ensemble.