‹ Œuvres dramatiquesChapitre 252 sur 346 · I.A BARONNK, A part · texte numérisé non relu

I.A BARONNK, A part

Je suis vengée enfin !

ROUGEVAL.

N'impuloz qu'à vous-même I^ coup qui vous atteint; sa rigueur est extrême. Et (le vous IVpargner il mVût été bien doux; Muisqui n'est pas pour nous, monsieur,est contre nous.

PAlIMNK.

Mon oncle !

, EUGÈNE, à Rougrval.

Malheureux! votre conduite indigne....

M. DK VERTEIÎIL.

L'honnête liomme se lait, mon fils, et se résigne, laissons aux intrigants les clameurs et les cris, Eugène , imite-moi , réponds par le mépris. Cette perte, après tout, est presque indifférente; Nous possédons encor cent mille francs de iTnle. De ces messieurs, d'ailleurs, le règne sera court : A nous en délivrer aujourd'hui tout concourt! Déjà depuis longtemps ils fatiguent la France; î^e peuple n'en veut plus! Oui, j'en ai l'assurance. Bientôt nous les verrons, ces hommes triomphants... Je m'emporte!.... venez, suivez-moi, mes enf.int«;, II. 29

Sortons; et pour chasser cette lugubre image, Allons nous occuper de votre mariage.

( Il sort avec Eugène et Pauline. ) ROUGE VAL. (II passe entre le vicomte et la baronne.)

Laissons-le , mes amis, exhaler son courroux. Par les nœuds les plus saints tous deux unissez- vous; Jouissez du bonheur que le ciel vous envoie; Gardez d'abandonner jamais la bonne voie : Vous le voyez enfin, la justice a son cours, Et les honnêtes gens réussissent toujours.

COMÉDIE

NOTICE

Eli qooi t toujours cloorr une préfat-t- A tout iQe<« chant»!

8*écriait Voltaire. Je serais bien tente de dire à mon tour : Eh quoi ! écrire une notice pour chacun dv mes ouvrages!... C'est qu'en effet je me trouve ici au bout de mon rouleau. La comédie de la Favorite n'a point été représentée, elle n'a pas été défendue par la censure , aucune circonstance remarquable dr ma vie littéraire ne se rattache à cette pièce , elle ne me rappelle aucune anecdote , enfin je me suis interdit de juger moi-mt)me mes œuvres dramatiques , de sorte que je ne sais vraiment que dire <i propos do cette comédie; et, pour la première fois depuis que j'ai entrepris ce travail , je trouve un peu lourde la tâche que je me ^lis imposée. Au reste, s'il est vrai que je me suis engagé à écrire des notices, je n'ai pas promis qu'elles seraient intéressantes ; et d'ailleurs rien ne m'oblige à remplir six pages , quand je n'ai de la matière que pour deux. Je vais donc raconter tout simplement ce qui a rapport à la Fa^'oritc;

et mon récit ne sera pas long, à moins que ma plume ne s'égare sur la route, ce qui n'est pas probable, mais n'est pas cependant tout à fait impossible.

Je pourrais entrer ici dans de longs détails sur les circonstances qui ont empêché la représentation de cette comédie, lorsque déjà tous les rôles étaient copiés, et étaient en partie distribués. Mais quand j'ai dit, dans ma préface, que j'avais à me plaindre des comédiens, j'ai ajouté que je ne spécifierais aucun de mes griefs; et je dois tenir ma parole. A quoi bon en effet rappeler ce qui est passé, ce que je veux oublier, et dont je ne garde aucun ressentiment? Pourquoi verserais-je sur le papier une amertume qui n'est pas dans mon cœur? Si quelquefois, dans ces notices, j'ai critiqué la voie où s'est engagée la Comédie-Française, si j'ai signalé l'état déplorable où elle est tombée, ce ne sont pas, je le certifie, les torts qu'elle a pu avoir envers moi qui ont conduit ma plume ; je n'ai été amené à ces tristes observations que par mon amour pour l'art dramatique , et par le profond chagrin que j'éprouve de voir un théâtre qui a procuré de si nobles plaisirs à la génération dont je fais partie, marcher incessamment à sa ruine, trahir ses belles destinées, et perdre à la fois le souvenir de sa gloire et le sentiment de sa dignité.

Je laisserai donc de coté les causes qui ont tout à coup arrêté la Favorite , au moment où elle allait être représentée, et je dirai seulement ce qui m'a suggéré l'idée de cet ouvrage.

NOrieB SUR LA FAVORITE. 466

Ce fut en arrangeant pour la scène française r Intrigue ei V Amour ^ de Schiller, que me vint la prcmière pensée de ma comédie. Dans le drame allemand, il y a une lady Mclford , maitrcsne du prince régnant. Ce personnage, qui nVst pas sur le premier plan, tient néanmoins cHsentiellemcntà faction : je ne pouvais donc m*en passer; mais j*ai dû le transformer entièrement, car on n eût pas supporté chez nous le pathos romantique, philosophique et philanthropie que que déhite cette lady, pathos qui plaît tant à nos voisins d outre-Rhin ; on n'eût pas supporté , du moins il y a quinze nns, une courtisane qui a Teffronterie de dire : J'ai vendu mon honneur au prince ; mais mon cœur , je l*ai conservé libre , ei il est encore di^ne d*un homme. J'ai donc, dans mon drame , supprimé le rôle de lady Melford , et je Tai remplacé par celui d'une jeune femme, à laquelle on ne peut reprocher que des inconséquences; rôle qui sert également à nouer l'intrigue de la pièce , mais sans blesser le goût et la délicatesse d'un public français.

En traçant ce personnage, entièrement de mon invention, et dont je me plaisais à écarter toute souillure, je me demandai s'il serait vraiment impossible de mettre sur la scène, oi^ qui me répugnait dans Schiller, la maîtresse d'un souverain. Après quelques réflexions, je conclus qu'une femme dégradée révolterait nécessairement les spet-tateurs , et je repoussai bien loin In pensée de composer une comt*-

die sur un sujet aussi scabreux. Mais celte pensée revenait sans cesse , et chaque fois je voyais s'aplanir quelqu'une des difficultés qui, au premier coup d'oeil, m'avaient paru insurmontables. D'abord, il me sembla qu'en présentant au public une femme qui n'aurait trahi aucun lien, et dont la faiblesse n'aurait eu pour cause qu'un excès d'amour, et non la cupidité ou l'ambition, cette femme, quoique coupable, ne serait point avilie, et qu'avec un peu d'adresse et de goût, je pourrais jeter sur elle une sorte d'intérêt. Je compris aussi que, si je tentais une pareille comédie, il faudrait, pour la rendre tolérable, éloigner avec soin toute idée de volupté et d'amour matériel, et conserver surtout une grande chasteté de style. £nfin je sentis qu'une Favorite serait sans doute supportée au théâtre, si je parvenais à inspirer pour elle quelque pitié; et je vis aussitôt que je devrais la peindre, au milieu de sou éclat et de sa puissance , victime de la fausse position où son cœur l'a entraînée ; la montrer malheureuse par son amour, par ses craintes, par ses humiliations; la rendre le jouet et la proie de l'égoïsme et de la duplicité; et ne l'entourer que d'intrigants qui la trompent et d'ambitieux qui la trahissent.

Ainsi mes idées «e succédaient en foule , et chacune amenait avec elle un personnage ou une situation ; de sorte que mon plan se trouva tracé, et que par conséquent ma pièce était faite, lorsque je répétaisque c'était une comédie impossible.

Ici j'ai une grando confession à faire. Le plan de la pièce était arrêté, je n'avais plus cfuà écrire le» vert, et cependant je repoussais toujours l'idée d'exécuter cet ouvrage; car il devait lui manquer, ainsi que je le dirai plus bus, deux qualités que je rrgardi: comme indispensables dans la comédie. Mais la vanité vint échauffer mon cerveau, et ce fut elle , ce fut elle seule qui me mit la pliune à la main. Je dis la va^ niiè , car Tamour- propre n'aurait pas eu tant de puissance. L'amour-propre nous répèle que nous avons du talent; la vanité nous persuade que nous en avons plus que les autres. C'est ce qui m'arriva en cette circonstance. J'avais toujours trouvé que la plupart des auteurs de notre époque, qui ont mis des gens de cour sur la scène, n'avaient pas su les faire parler, et leur avaient prêté un langage de mauvais ton et de mauvais goût. J'eus la sufGsance de croire que j'avais plus de tact et d'habileté que mes confrères, et je ne voulus pas laisser échapper celte occasion d'en donner la preuve. Je me flaltai que, sans rien dissimuler des travers et des vices (\cs personnages qu'il me fallait peindre, je saurais les revêtir de ce vernis de bonne compagnie qui n'abandonne jamais les gens de la haute société; et qu'ainsi j'étais destiné à apprendre au public, fort ignorant en ces matières, que, dans un certain monde, la bassesse même de la conduite n'exclut pas l'élégance des formes et la politesse du langage.

Je ferai observer, en passant, que ceci n'est point eu

contradiction avec l'opinion que j'ai émise ailleurs sur le tact parfait des hommes réunis dans une salle de spectacle. Oui, le public sentira très-bien si vos personnages "disent ce qu'ils doivent dire, mais il ne saura pas s'ils le disent comme ils doivent le dire, lorsque vous mettez sous ses yeux des classes de la société dont il ne connaît ni les manières, ni les habitudes.

Ce fut donc parce que je crus avoir plus de goût, ou avoir mieux observé que beaucoup de mes confrères, que je me déterminai à composer cette comédie. L'aveu d'une telle présomption m'a un peu coûté à faire , mais je ne veux pas me donner pour meilleur que je ne suis, et il faut qu'on sache que si , comme tant d'autres, je ne vante pas à tout propos mon mérite et mes ouvrages, mon silence n'est cependant pas de la modestie. Il y a des auteurs qui disent d'eux plus de bien qu'ils n'en pensent; moi, j'en pense plus que je n'en dis.

La Favorite aurait-elle réussi au théâtre? je l'ignore; mais j'ai dû le croire, puisque j'étais au moment de la faire jouer, et que la représentation n'a été arrêtée, comme on dit au Palais de Justice, que par des circonstances indépendantes de ma volonté.

Venons maintenant aux raisons qui m'ont fait hésiter longtemps avant d'entreprendre cette pièce. Elles sont faciles à déduire; car la Favorite manque essentiellement de quelques-uns des caractères qui, selon moi, constituent la vraie comédie. Et d'abord,

qu'est-ce que la Favoriti- ? à quoi bon mettre sur la scène une maîtresse en titre du souverain , quand celte charge (qu'on me passe IVxpn'ssion) quand cette charge nVxiste plus en France depuis soixante et dix ans, et ne sera sans doute jamais rétablie? à qui cette peinture peut-elle Ctre utile? à qui peutelle servir de leçon? En traitant ce sujet, j*ai donc fait une comédie pour faire une comédie, et non, comme je Taurais dû, dans le but de livrer à la risée du public un travers ou un ridicule de notre temps. Un second et très-grave inconvénient de cet ouvrage, c*est la nécessité où je me suis vu de ne point préciser Tépoqiie où se passe faction, et de rester dans un vague qui, s'il ne m'a pas empêché de tracer des caractères, ne m'a pas pennis de me livrera la peinture des mœurs. Je le répète, une roniédie doit porter le cachet de Tépoque oii elle a été écrite, et ce sont les contemporains qui doivent en être les personnages. La Favorite ne remplit pas ces conditions; je me suis donc écarté, en la composant, de ce que j'appelle la véritable comédie.

Qu'on n'aille pas cependant conclure de ces observations, que je veux dire que la Favorite est une mauvaise pièce. Dieu me préserve de me traiter moimême avec tant de rigueur ! Je blâme le sujet et le genre, mais je ne critique pas l'exécution. Peut-être cet ouvrage aurait-il réussi, peut-être aurait-il intéressé le public: c'est beaucoup sans doute; mais, à mon avis, ce n'est point encore assez. Il faut que le

poète comique jette dans l'esprit des auditeurs une pensée qu'ils emportent en sortant du spectacle, et qui leur soit chez eux un sujet d'entretien et de réflexions. La Favorite n'a point cet avantage; et si l'on peut tirer une moralité de cette pièce, c'est une moralité qui ne saurait avoir d'application.

COMKDIF

M CIKQ ACTES ET KK TBIS ,

COHPOëifi IN 1827, H^ue à \i Comé(ii«.Fria^iM l« l4 a*T«ail>r« 1839, t( non rvpréMolét.

PERSONNAGES

La marquise D'ORBELLE.

La baronjve DE MÉRANGE.

Le vicomte D'ARTIGNY.

Le duc de SAINT-ALBAIN.

M. DÉSORMEAUX

Le chevalier D'OLBIGNAC.

Le comte de VILANDRY.

La comtesse DE VILANDRY.

M. DUPERRIER

M. LAMBERT, notaire.

Un huissier de la chambre.

Ujv valet de chambre de la marquise.

Ujv maître d'hôtel de la marquise.

Domestiques de la marquise.

La scène est au château de Saint-Germain-eu-Laye , dans uo salon faisant partie des appartements de la marquise.

COMÉDIE

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