ACTE I, SCfo^e VI. 4ft
LA MAIQDISB.
NW-il donc paf (J*cxcuse aux erreurs de Tainour?
LB VltXlMTE.
De Painour, dites-vous? Quand il serait possible
Qu'à lui seul en cfTct votre cœur fût sensible,
On croit, on dit partout que cette passion
N*est qu'un voile, un prétexte «i votre ambition.
Gardez-vous de juger Topinion publique
Sur les respects trompeurs (rnne cour politique.
Ici réloge seul élève ses accents ;
Des courtisans soumis vous respirez Tencens;
Vous voyez à vos pieds, de gloire environnée,
Des plus grands de TÊtat la fierté prosternée;
On vous craint !... Mais ailleurs savez-vous ce qu*on dit
De vous, de vos bonneurs cl de votre crédit ?
Quels nombreux ennemis tant d'éclat vous attire ?
Comme on verse sur vous Tinsulte et la satire?
Les êtres les plus vils jugent vos actions.
Signalent votre. luxe et vos profusions;
IjB femme sans honneur hautement vous outrage ;
Tous les malheurs publics sont nommés votre ouvrage;
Et le peuple irrité vous impute aujourd'hui
Les maux que le hasard a fait peser sur lui.
LA MARQUISE
Arrêtez! arrêtez !
LE VICOMTE
A rtîgret je m'explique.
LA MARQrisP..
Quoi! jo serais l'objet de la haine publique! Le peuple contre moi réunirait ses cris!
Il couvrirait mon nom d'insultes, de mépris !... Écartons cette idée , elle est épouvantable !
LE VICOMTE
Telle est de ces liens la suite inévitable; Toujours ils sont frappés d'un rigoureux arrêt: On n'y voit qu'un calcul d'orgueil et d'intérêt. Un prince rarement est aimé pour lui-même ; C'est l'éclat de son rang, c'est son pouvoir qu'on aime. Voilà ce que partout on entend sur vos pas.
LA MARQUISE
O ciel ! me supposer des sentiments si bas! A moi, dont les efforts, les soins, les sacrifices.... Mais je saurai souffrir, braver leurs injustices; A ces honteux soupçons le prince est étranger, Et son amour suffit à me dédommager.
LE VICOMTE. . ^* >î'l
Oui, son affection, je le vois trop, Hortense, Suffit h votre cœur, charme votre existence; Elle étouffe sans doute une secrète voix Qui, malgré vous, encor vous parle quelquefois. Le prince vous chérit, je le sais; mais ce rêve. Quelque brillant qu'il soit, il faudra qu'il s'achève; Des sentiments si vifs ne durent pas toujours : Un caprice, le temps, de nouvelles amours....
LA MARQUISE. ^'>]'iiif
Que dites-vpus ?. .. Eh ! quoi , trahie ?... abandonnée ?... A ce supplice affreux je serais condamnée !... Ah ! par pitié du moins laissez-moi mon erreur.
LE VICOMTE
D'un funeste abandon épargnez-vous l'horreur :
ACTK I, SCÈNE VI 4g9
Prévenir tant de maux est en votre puissance. Revenez à ces jours de paix et d*innoccnce » Ces jours où , vous créant de modestes loisirs. Au sein de vos devoirs vous trouviez vos plaisirs ; Où vous goûtiez enfin la volupté suprc^me D*étre bien avec tous, et bien avec vous-m<^roe; Fuyez Tair corrupteur qu'exhale ce séjour; Reprenez vos vertus, osez quitter la cour.
LA MARQUISE
Moi , le quitter 1 le fuir!
LE VICOMTE
Oui, quoi qu'il vous en coûte.
Ije sacrifice est grand , il est affreux sans doute ; Mais de son inconstance il vous sauve l'affront ; Il lave la rougeur qui couvre votre front. N'en doutez pas, Hortense, une telle victoire Vous ramène l'estime et vous rend votre gloire. Pour obtenir ce prix, devez-vous balancer? Il paîra tous les pleurs que vous pourrez verser î
LA MARQUISE
Hélas ! qu'exigez- vous ?
LE VICOMTK.
Par pitié pour vous-même , Écoutez un ami qui vous plaint, qui vous aime ; Un courageux effort peut vous rendre la paix; Rompez un nœud fatal qui vous perd à jamais : Songez-y, vous n'avez qu'un seul instant peut-être.
LA MAIIQUISK.
Tant d'assauts! de combats !... j'ai peine àme connaître!
Vos discours dans mon âme ont porte, malgré moi , Le doute, les regrets, la douleur et Teffroi !
LE VICOMTE
Ah ! cédez à mes vœux, au zèle qui m'inspire.
LA MARQUISE
De grâce, éloignez-vous, souffrez que je respire. Chaque moment accroît mon trouble et mes ennuis : Je ne sais que résoudre en l'état où je suis.
LE VICOMTE
Ne pensez qu'au devoir où l'honneur vous oblige ; Vous pouvez d'un seul mot....
LA MAKQUISE.
Non , laissez-moi , vous dis-je.
J'ai besoin d'être seule après cet entretien.... Tous vos discours sont là, je n'en oubîîrai rien.
LE VICOMTE
Oui, je vous obéis; adieu, je me retire. Mes efforts obtiendront le succès où j'aspire : Oui, vos yeux sont ouverts, le voile est déchiré, Mon triomphe, le vôtre est enfin assuré ! Je sors; ce doux espoir m'a rendu l'existence.
LA MARQUISE
Demain nous nous verrons.
LE VICOMTE
Adieu, ma chère Hortense.
FIW lU' rUEMIER ACTE.