ACTE U, 5CfeNE IV
J'offeoftais ton amour, et j'acquis son estime; 11 promit I renonçant à de coupables vœux. De respecter ma gloire, et d'éteindre ses feux. Ce n'ëtait point tiêèez. D'injustes apparences M'accusaient , détruisaient toutes mes espérances; La calomnie encor m'accablait de ses coups : Je crus la désarmer en prenant un époux Dont le nom, la vertu, le noble caractère Me fût dans ma disgrâce un appui salutaire; Qui pût, vers le bonheur me frayant un chemin , Me ramener l'estime en acceptant ma main ; Un homme respecté, que Ton sût incapable D'honorer de son nom une femme coupable. D'excuser ses erreurs, de détourner les yeux, £t de souffrir jamais un partage odieux. Vous seul vous n'aviez point encensé ma fortune. Seul je vous distinguai dans la foule commune; J'étudiai vos mœurs, vos sentiments, vos goûts. J'appris à vous connaître , et je fis choix de vous. Telle est la vérité, sans fard, sans subterfuge; Je n'ai rien déguisé, major, soyez mon juge.
FERDINAND
Et je vous accusais! j'ai pu vous condamner ! A la commune erreur me laissant entraîner, Ici même, à Tinstant, j'ai pu vous faire injure! Hélas! pardonnez-moi des soupçons que j'abjure. Oui, lorsqu'on vous connaît il faut vous admirer: Du nom de votre époux on se doit honorer; Posséder votre amour , embellir votre vie , Ce doit être en l'ffot un sort digne d'envie!...
Mais, telle est du destin Tirrévocahle loi ,
Vous m'offrez un bonheur qui n'est pas fait pour moi.
LA COMTESSE
Gomment? que dites- vous? quel langage est le vôtre?
FERDINAND
Le ciel ne nous a pas destinés l'un à l'autre ; Non, madame. Avec vous pourquoi dissimuler? Apprenez tout, mon cœur ne vous doit rien celer. J'aime; une passion dont je ne suis plus maître A captivé mes sens , ma raison , tout mon être ; Former d'autres liens n'est plus en mon pouvoir.
LA COMTESSE
Vous aimez î... Ferdinand!... Si vous pouviez savoir Combien un tel aveu.... vous venez de détruire.... Une autre!... quelle est-elle? Achevez de m'instruire.
FERDINAND
Celle à qui j'ai promis un éternel amour
Est pauvre, d'un artiste elle a reçu le jour.
Mais Louise Miller (c'est son nom)... ah! madame,
De combien de vertus le ciel para son âme !
Elle possède tout, la grâce , la beauté.
Un mélange touchant de candeur, de fierté;
Elle est bonne, sensible, aimante, généreuse....
LA COMTESSE
11 suffît !... Vous l'aimez, sans doute elle est heureuse ! Vous l'aimez!... mais du moins songez-vous à l'affront Qu'aujourd'hui vos refus impriment sur mon front ? Us confirment les bruits auxquels je suis en butte; Ils vont servir de preuve aux erreurs qu'on m'impute; Et quand on me verra l'objet de vos mépris....