ACTE V. SCENE II
LOUISE
Ne lisez pas, mon père ! A vos pieds que j*einbrassc....
MII.LKR.
Ijève-toi ; quel discours? Je frëmis î
LOIIISK.
(irâce! grâce!
Ne ne me maudissez pas... ayez pitié de moi!
MILI^R.
Qu*est-ce donc? chaque instant ajoute à mon effroi. Lisons.
(niit.)
« On vous a trompe , Ferdinand ; je ne vous ai point « trahi , je n*ai jamais cessé de vous aimer. Cette lettre « infâme qui m*accuse à vos yeux, ils me Font dictée, « ils m'ont forcée de Técrire. J*ai dû payer de ce sa- « crifice la liberté de mon père. J'avais juré de garder <c le silence sur ce complot odieux....
Mou père....
MILLER. (Il lit.)
« Mais la mort dégage de tous les serments ; et lorsque « cette lettre vous sera remise, votre Louise n'existera « plus.... »
O ciel !... toi , mourir, toi , ma fille ?
LOUISE
C'est trop de mes malheurs fatiguer ma famille. Oui, mon cœur est brisé du coup que je reçoi ; I^ fardeau de la vie est trop pesant pour moi.
122 L'IJSTRIGUE ET L'AMOUR ,
MILLER
Mourir!.... Eh! que veux-tu sans toi que je devienne? J'existe ^ar toi seule, et ta vie est la mienne.
LOUISE
Consolez-vous, mon père; un paisible avenir Vous rendra moins amer mon triste souvenir : Au milieu des dangers il vous eût fallu vivre; Des persécutions ma perte vous délivre.
Quant à moi, réservée à des touiments nouveaux, J'ai déjà trop souffert , j'ai besoin de repos.
MILLER
Louise, si ta perte est par toi résolue. Toute ma vigilance est ici superflue , Je le sens; j'aurais beau m'attacher sur tes pas, Mes efforts, malgré toi, ne te sauveraient pas : Chaque objet , secondant ta criminelle envie, Peut servir d'instrument pour terminer ta vie. Oui , tu peux de tes jours éteindre le flambeau. Mais tout n'est pas fini quand ou entre au tombeau : Ma fille, il est un Dieu; notre âme est immortelle; 11 est une justice immuable, éternelle.
Veux-tu te présenter au juge des humains C'ouverte de ton sang répandu par tes mains ? Songes-y, mon enfant, ce mot doit te confondre: Dieu t'interrogera, que pourras-tu répondre?
LOUISE
Arrêtez.... votre voix me glace de terreur!
MILLER
Eh bien, abjure donc une coupable erreur;
ACrK V, SCÈNE 11. \1%
Dans ton cœur égaré (]Ue la vëriti* brille : Cède, cède à mes pleurs, conserye-moi ma fille; Prends pitié de ton père et de ses cheveux blancs; Fuisse un dernier soutien h mes pas chancelants; Je nai que toi; ta main doit fermer ma paupière; Ne ro*abandonne pas; exauce ma prière- Délaissé, pauvre, en proie a des vœux superflus. Hélas! qui m*aimera quand tu ne sera plus? LOUISK, à part.
() ciel !
MILLER
De mes terreurs que ta voix me délivre. N'est-ce pas, mon enfant, tu me promets de vivre?
LOUISE, à part.
Quai-je fait?
MILLER
Tu seras Tappui de mes vieux jours.
LOUISE , pirnd la lettre de* maim de Miller, et la déchire.
Prolongeons son erreur ! »
MILLER
Ah ! lu m'aimes toujours!
Oui, cet écrit fatal, que ta main le détruise. Mon unique trésor, ma fille, ma Louise.... Des larmes de bonheur s'échappent de mes yeux.
LOUISE
O mon père !
MILLKR.
Bientôt nous quitterons ces lieux :
Pour te rendre le calme il n'est rien qui me coûte.
LOUISE
J'entends quelqu'un; on vient : c'est ma tante, sans dout* Ah ! dans ses bras encor.... Ciel !