‹ Œuvres dramatiquesChapitre 84 sur 346 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

MADAMI nORFEUIL.

Ah! moo neveu, quoi ton !

CHARLEft.

Qu*y pouvez vous blâmer?

HKNni.

Avec plus de respect il faudrait t'expriiner.

CHAltlJ"^.

Du respect! oui , voilà toujours ce qu'on m'objecte ! Mon père veut qu^on Paimc, et non qu'on le resperlo. Les enfants respcctaieni du temps de nos aïeux. Et devant leurs parents n'osaient lever les yeux. Nous avons réforme ce préjugé maussade : ' De son fils maintenant un père est camarade. Tous deux libres, amis, et quelquefois rivaux. Leurs devoirs sont légers, et leurs droits sont égaux. Les enfants, après tout, ne sont pas des esclaves; La raison, de nos jours, a brisé leurs entraves : Pour nous plus de rigueur, de contrainte, d'ennui; La coupe du plaisir nous enivre aujourd'hui ; Les liens, les devoirs, n'ont plus rien de sévère; Et, comme on le craint moins, on aime mieux son père.

HENRI

Quelle légèreté! Peux-tu parler ainsi?

MADAME liORFEDII..

Mon frère, en vous gâtant, a fort bien réussi; Gcirtes, votre morale est tout à fait honnête.

CHARLES

Allez- vous sermonne» ?

MADAME DORFEUIL

Il suffit, je m'arrête.

CHARLES

Que de nos entretiens ce sujet soit banni.

MADAME DORFEllIL.

Charle, avez-vous hier été chez Tortoni?

CHARLES

Mais un moment.

M ADAM F. DORFEUIL

Eh bien, à quel taux est la rente?

CHARLES

Cette matière-là m'est fort indifférente;

Les gens de bourse et moi n'avons rien de commun.

HENRI

Quoi donc? Y prenez-vous quelque intérêt?

MADAME DORFEUIL

Aucun....

C'est curiosité.... Mais je connais des dames....

HENRI

Tout le monde s'en mêle, il est vrai; jusqu'aux femmes! On les voit, se livrant à de hardis trafics, Jouer avec fureur sur les effets publics. Leur humeur maintenant suit le cours de la bourse ; De leurs secs entretiens c'est l'unique ressource. Dans nos brillants salons, d'où les plaisirs ont fui. Quel jargon dans leur bouche entend-on aujourd'hui ? Fin courant, fin prochain, reports, marchés à terme, Monsieur achète à prime, et madame vend ferme; Et cent autres propos plus baroques encor! C'est le travers du siècle, on veut, on veut de l'or: Chacun pour s'enrichir s'expose à l'indigence.

ACTK I, SCÈNE III. 165

On croirait être encore aux jours de la Régence, lx>rflquc ducs et laquais, magistrats et bourgeois. Se pressaient, confondus, au quartier Quincampoix. Mais les femmes alors demeuraient spectatrices; A présent, du hasard afîroiilant les caprices. Elles vont exposer dans Tantrc de Plutus Leur repos, leur bonheur, et souTent leurs vertus.

CIIARLKS

Peste! tu plaides bien!

MADAME OORFEVIL.

Vous êtes satirique.

(Apart.)

Saurait-il...

HENRI

Pardonnez; mais je suis véridique.

CHARLES

Ah ça, ce tilbury? Vont-ils donc en finir?

MADAME DORFEiriL.

Vous allez à Ijongchamps?

CHARLES

Voulez-vous y venir?

Je vous conduirai.

Non.

CHARLES

La matmée est belle.

Décidez- vous.

MADAMI- l>ORFEUlL.

J'attends madame de Ho^belle.

CUARLKS.

Ah ! l'inflexible objet de mes tendres amours ! C'est une ingrate; eh bien, je l'adore toujours.

HENRI

Tu prends assez gaîment ton parti, ce me semble.

CHARLES

Il le faut bien. D'ailleurs veux-tu que je ressemble A ces gens langoureux, qui n'ont d'autre souci....

MADAME DORFEUIL

Contez-lui tout cela ; justement la voici.

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