ACTE I, SCÈNE
MADAMI nORFEUIL.
Ah! moo neveu, quoi ton !
CHARLEft.
Qu*y pouvez vous blâmer?
HKNni.
Avec plus de respect il faudrait t'expriiner.
CHAltlJ"^.
Du respect! oui , voilà toujours ce qu'on m'objecte ! Mon père veut qu^on Paimc, et non qu'on le resperlo. Les enfants respcctaieni du temps de nos aïeux. Et devant leurs parents n'osaient lever les yeux. Nous avons réforme ce préjugé maussade : ' De son fils maintenant un père est camarade. Tous deux libres, amis, et quelquefois rivaux. Leurs devoirs sont légers, et leurs droits sont égaux. Les enfants, après tout, ne sont pas des esclaves; La raison, de nos jours, a brisé leurs entraves : Pour nous plus de rigueur, de contrainte, d'ennui; La coupe du plaisir nous enivre aujourd'hui ; Les liens, les devoirs, n'ont plus rien de sévère; Et, comme on le craint moins, on aime mieux son père.
HENRI
Quelle légèreté! Peux-tu parler ainsi?
MADAME liORFEDII..
Mon frère, en vous gâtant, a fort bien réussi; Gcirtes, votre morale est tout à fait honnête.
CHARLES
Allez- vous sermonne» ?
MADAME DORFEUIL
Il suffit, je m'arrête.
CHARLES
Que de nos entretiens ce sujet soit banni.
MADAME DORFEllIL.
Charle, avez-vous hier été chez Tortoni?
CHARLES
Mais un moment.
M ADAM F. DORFEUIL
Eh bien, à quel taux est la rente?
CHARLES
Cette matière-là m'est fort indifférente;
Les gens de bourse et moi n'avons rien de commun.
HENRI
Quoi donc? Y prenez-vous quelque intérêt?
MADAME DORFEUIL
Aucun....
C'est curiosité.... Mais je connais des dames....
HENRI
Tout le monde s'en mêle, il est vrai; jusqu'aux femmes! On les voit, se livrant à de hardis trafics, Jouer avec fureur sur les effets publics. Leur humeur maintenant suit le cours de la bourse ; De leurs secs entretiens c'est l'unique ressource. Dans nos brillants salons, d'où les plaisirs ont fui. Quel jargon dans leur bouche entend-on aujourd'hui ? Fin courant, fin prochain, reports, marchés à terme, Monsieur achète à prime, et madame vend ferme; Et cent autres propos plus baroques encor! C'est le travers du siècle, on veut, on veut de l'or: Chacun pour s'enrichir s'expose à l'indigence.
ACTK I, SCÈNE III. 165
On croirait être encore aux jours de la Régence, lx>rflquc ducs et laquais, magistrats et bourgeois. Se pressaient, confondus, au quartier Quincampoix. Mais les femmes alors demeuraient spectatrices; A présent, du hasard afîroiilant les caprices. Elles vont exposer dans Tantrc de Plutus Leur repos, leur bonheur, et souTent leurs vertus.
CIIARLKS
Peste! tu plaides bien!
MADAME OORFEVIL.
Vous êtes satirique.
(Apart.)
Saurait-il...
HENRI
Pardonnez; mais je suis véridique.
CHARLES
Ah ça, ce tilbury? Vont-ils donc en finir?
MADAME DORFEiriL.
Vous allez à Ijongchamps?
CHARLES
Voulez-vous y venir?
Je vous conduirai.
Non.
CHARLES
La matmée est belle.
Décidez- vous.
MADAMI- l>ORFEUlL.
J'attends madame de Ho^belle.
CUARLKS.
Ah ! l'inflexible objet de mes tendres amours ! C'est une ingrate; eh bien, je l'adore toujours.
HENRI
Tu prends assez gaîment ton parti, ce me semble.
CHARLES
Il le faut bien. D'ailleurs veux-tu que je ressemble A ces gens langoureux, qui n'ont d'autre souci....
MADAME DORFEUIL
Contez-lui tout cela ; justement la voici.